Matricule « 45537 » à Auschwitz

Louis Fernex le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Louis Fernex : né en 1906 à Paris 12ème  ; domicilié à Fresnes (Orne) ; syndicaliste CGT ; communiste ; arrêté le 18 octobre 1941, évadé, repris début 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 17 septembre 1942

Louis Fernex est né le 10 mai 1906 à Paris 12ème.
Il habite à Tinchebray, puis à « la Folie », à Fresnes, près de Tinchebray (Orne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Blanche, Célestine Degory, 23 ans, culottière et de Claude, Louis Fernex, 23 ans, lithographe, son époux. Sa mère se remarie à Tinchebray le 23 octobre 1922 avec Alphonse Leguidecoq.
Louis Fernex est ouvrier métallurgiste à Tinchebray.
Il est membre du Parti communiste et il est secrétaire du syndicat des Métaux CGT de Tinchebray. En 1940, il est au chômage. Son beau-père l’emploie à débiter du bois.

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 14 juin 1940, Alençon est ciblée par la Lufwaffe. Le 16 juin la 7èmePanzerdivision ravitaille à Flers, et traverse l’Orne à Alençon le 17. Flers, Vire et Coutances sont prises sans résistance. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

«A partir d’août-septembre 1940, à Tinchebray, des membres de l’ex-parti communiste et des militants syndicalistes parviennent à se « retrouver », sous l’impulsion de Faustin Merle, employé aux contributions indirectes depuis sa mutation de Creil en novembre 1939. En août 1940, alors que les industries connaissent un chômage important consécutif aux événements, Merle fait la connaissance de deux ouvriers momentanément sans travail, Alphonse Leguidecoq et son beau-fils Louis Fernex, qu’il emploie à débiter du bois » (1).
Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les syndicalistes, anciens élus, candidats ou militants communistes « notoires » et procédé à des perquisitions et des arrestations.
Courant février 1941, les premières réunions clandestines ont lieu le soir chez Faustin Merle, et des exemplaires de L’Avant-Garde sont distribués à Tinchebray. « Les 9 et 10 juin 1941, des tracts sont à nouveau distribués à Tinchebray. Dans le courant de la nuit du 16 au 17 juillet 1941, d’autres tracts sont glissés sous les portes dans quelques maisons de cette même localité » (1).

Louis Ferneix est arrêté le 18 octobre 1941, dans la même opération de police et le même jour que Lucien Blin, Justin Daguts, Maurice Denis, Eugène Garnier, Léon Leriche et Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. «Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : «Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine).  

L’Ouest Eclair du 16 janvier 1942

Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».

Louis Fernex s’évade lors de la perquisition de son domicile. Son beau-père, arrêté lors de la perquisition est condamné à un mois de prison, puis relâché, comme Léon Leriche.

Deuxième arrestation, après son évasion. 26 octobre 1941 in Le Journal de la Ferté Macé

Par la coupure de presse ci-contre (en date du 26 octobre 1941dans Le Journal de la Ferté Macé et de l’arrondissement de Domfront, nous savons qu’il est arrêté une première fois chez Alphonse Legildecocq (3) au hameau de la Folie. Et qu’il s’évade à nouveau (ce que confirme la coupure de presse de l’Ouest-Eclair (« en fuite ») en date du 16 janvier. L’enquête de gendarmerie effectuée après la Libération dans le cadre de l’attribution du titre de « Déporté politique » mentionne : « évadé à la suite d’une perquisition, repris début 1942 à son domicile lors de son arrivée pour un court séjour passager ».
Louis Fernex est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Louis Fernex est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.537 ».

Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Le supplice du bâton

D’après le témoignage d’Eugène Garnier, à bout de forces, il aurait envoyé un coup de poing à un SS. Celui-ci l’aurait alors étouffé à l’aide d’un manche de pioche, puis décapité (un supplice fréquemment utilisé par les SS, révélé par l’Amicale d’Auschwitz en 1947, dessin ci-contre).

Louis Fernex est déclaré mort à Auschwitz le 17 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 283), et cette date est celle d’une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, « sélection » au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Fresnes (Orne).
La CGT a édité une carte-photo à sa mémoire, à partir de sa photo d’immatriculation

  • Note 1 : Centre de Recherche d’Histoire Quantitative (CRHQ).La résistance communiste à Tinchebray, par Stéphane Robine.
  • Note 2: Centre de Recherche d’Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Note 3Alphonse Leguildecocq avait été arrêté fin mai 1941 en même temps que Léon
    Leriche
    et Faustin Merle (celui-ci s’était échappé, comme Louis Fernex). Leguildecoq et Leriche
    avaient été condamnés à un mois de prison, puis relâchés.
  • Note 4: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp
    d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Mairie de Tinchebray (décembre 1988).
  • Témoignage d’Eugène Garnier.
  • Dessin in « Témoignages sur Auschwitz« . Publication de l’ Amicale d’Auschwitz 1947.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007, complétée en 2010, 2015, 2018 et  2021 ; Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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