Matricule « 45542″ à Auschwitz

Mathieu Filloux à Auschwitz

Mathieu Filloux : né en1893  à Villefranche-sur-Cher (Loir-et-Cher), où il habite ; cultivateur, secrétaire de mairie ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 21 octobre 1942.

Emile, Mathieu Filloux est né 21 septembre 1893 au lieu-dit Beauchère à Villefranche-sur-Cher (Loir-et-Cher).
Il habite place de la mairie à Villefranche-sur-Cher au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Louise Ardoin, 27 ans, vigneronne et de François, Ambroise Filloux, 31 ans, vigneron son époux. Il a un demi-frère, Joseph Filloux, qui sera déporté avec lui à Auschwitz.
Mathieu Filloux est cultivateur et habite à Villefranche-sur-Cher au moment de son Conseil de révision. Il sera par la suite secrétaire de Mairie.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 64, a les cheveux et les yeux châtain, le nez cave et le visage ovale. Conscrit de la classe 1913, Mathieu Filloux est appelé au service militaire le 28 novembre 1913 et affecté au 31ème Régiment d’Infanterie. Il est blessé lors de l’assaut de la butte de Vauquois le 2 mars 1915 (plus de 600 blessés). Il est alors « réformé temporaire avec gratification » par les commissions de réforme en 1915, 1916, 1917 et 1918. Il est « réformé définitivement » avec proposition de pension de 30% permanente par la commission spéciale d’Orléans le 26 août 1920. Il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.
Mathieu Filloux est secrétaire de mairie à Villefranche de 1918 à 1941.
Il épouse Augusta, Odette Baron le 11 septembre 1920 à Romorantin.

1940, la Wehrmacht défile à Blois

Le 14 juin 1940,La Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Les 15 et 16 juin 1940, bombardements allemands sur Montrichard, Blois et Vendôme. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la« ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 1er juillet, elle passe par le département du Loir-et-Cher en suivant le cours du Cher, de Châtres jusqu’à Chissay (à l’exception de Selles-sur-Cher qui demeure en zone occupée). Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
D’après Georges Larcade (ADIRP du Loir-et-Cher), Emile Filloux a donné sa démission en 1941 de secrétaire de Mairie « pour ne pas être sous les ordres des autorités allemandes ».
Emile Filloux est arrêté à Villefranche-sur-Cher le 1er mai 1942, dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1941), rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942.  Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz, comme les trois Filloux (André Filloux, son père Joseph Filloux et son oncle Mathieu Filloux). Il s’agit de Victor BudinGustave CrochetOctave HervauxCamille ImpérialEdouard RoguetJean MatriscianoAlbert RobertIsidore PetatDaniel Pesson, et Céleste Serreau.
Sur les circonstances de l’arrestation d’Emile, de son demi-frère et de son neveu, ainsi que deux autres franvillois, la mairie de Villefranche-sur-Cher m’a communiqué les informations suivantes (la Loi d’amnistie préservant l’anonymat des personnes incriminées dans les actes de collaboration, je ne les mentionnerais que par XX). « Le maire Emile Leroy avait été suspendu de ses fonctions par la délégation spéciale aux ordres de Vichy… Me XX, notaire, faisait fonction de responsable en tant que sympathisant allemand avec MM XX et XX. Me XX devait désigner 3 personnes de tendances « communistes » pour être déportées suite au meurtre d’un gendarme Allemand à Romorantin. En fait 5 personnes furent prises en otages. Me XX fut jugé après la guerre pour collaboration, à Blois ».
Emile Filloux est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 5 ou le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis Compiègne, Emile Filloux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compièg

ne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce

Le 8 juillet 1942 à Auschwitzconvoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45542 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Emile Filloux est mort à Auschwitz, le 21 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 287).
Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération portait la mention « décédé le 1er septembre 1942 à Birkenau (Pologne). Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 18 avril 2009), ceci étant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz 

Le 13 janvier 1972, Marthe Filloux écrivait au « Patriote-Résistant » en communiquant des numéros matricules : « Je viens de lire le journal et comme je suis malheureusement en mesure de vous donner des numéros du convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz, puisque mon mari, mon fils et mon beau-frère ne sont pas revenus, voici les noms (…) ».


Une rue de Villefranche-sur-Cher porte son nom. Une autre porte celui de son frère et de son neveu. Les noms d’André Filloux, Joseph Filloux, Mathieu Filloux, Marcel Geré et Marcel Renaud sont gravés sur le monument de Villefranche-sur-Cher, à la mémoire des « victimes civiles de la guerre ».

  • Note 1: Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire dela FNDIRPle résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1ermai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. «Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans «Combattants de la Liberté – La Résistance dans le Cher» Marcel Cherrier relatant le 1erMai 1942 évoque cet évènement «le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen» et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire, les représailles décidées par les Allemands).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par la mairie de Villefranche (1990).
  • Lettre de sa belle sœur, Marthe Filloux (1972).
  • « La Résistance dans le Loir-et-Cher « , Op. édité par l’ANACR en 1964.
  • Liste et fiche établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • Site « Les plaques commémoratives, sources de mémoire ». © Photo Jean Jacques Guilloteau.
  • Plaque de rue © Street view.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires du Loir-et-Cher en ligne.

Notice biographique rédigée en février 2011, complétée en 2015, 2017et 2021, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.