Camille Impérial à Auschwitz le 8 juillet 1942

Matricule « 45.678 » à Auschwitz

Camille Impérial : né en 1896 à Paris (14°) ; domicilié à Thésée (Indre-et-Loire) ; charpentier, maçon ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 19 août 1942.

Camille Impérial est né le 14 janvier 1896 à Paris (14°). Il habite à Thésée (Indre-et-Loire, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Philomène Impérial, 26 ans, domestique.
Il est charpentier de métier.
Selon sa fiche matricule militaire Camille Impérial mesure 1m 70, a les
cheveux châtain et les yeux bleus, le front vertical et le nez vexe abaissé. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme maçon à Thésée (canton de Saint-Aignan / Loir-et-Cher).
Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire). Conscrit de la classe 1916, Camille Impérial est mobilisé par anticipation en 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre. Il est affecté au 153ème Régiment d’infanterie le 12 avril. Il arrive au corps le 14 avril 1915. Après 6 mois d’instruction militaire, il « passe » au 76ème Régiment d’infanterie le 10 octobre 1915. Du 11 décembre 1915 au 19 septembre 1919 il est « aux armées » du Nord et du Nord-Est.
Il est cité à l’ordre du régiment (O/J 33) le 15 juillet 1918 et à ce titre est récipiendaire de la Croix de Guerre 14/18 avec étoile de bronze. Le 28 mars 1919, il « passe » au 20èmerégiment du Train (section EM 175). Il est mis en congé illimité de démobilisation le 20 septembre 1919 au dépôt du Train n° 5 et « se retire » à Thésée.
Camille Impérial épouse Lucie Lévy le 22 février 1922 à la mairie de Pouillé (Loir-et-Cher).
Il est « rappelé à l’activité » lors de la mobilisation générale de 1939.
Le 7 novembre 1939, il est affecté au dépôt du Train n° 5 à Orléans, 452ème compagnie. Il part « aux armées » le 16 septembre. Malade ou blessé, il est convalescent « doit rejoindre le dépôt du Train à Orléans, à l’issue de sa convalescence RDC. (Réparation des dommages) le 5 février 1940. Il rejoint le corps le 13 février et est affecté à la 5ème compagnie mixte hippomobile du Train à Orléans. Le 24 mai, il est affecté au 21ème régional. Il est envoyé en congé libérable le 15 juillet 1940 et se retire à Pouillé (Loir-et-Cher). Il est « radié du corps » le 16 juillet 1940.

1940, la Wehrmacht défile à Blois

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Les 15 et 16 juin 1940, bombardements allemands sur Montrichard, Blois et Vendôme. Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le pays est coupé en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée et celle administrée par Vichy. Le 1er juillet, elle passe par le département du Loir-et-Cher en suivant le cours du Cher, de Châtres jusqu’à Chissay (à l’exception de Selles-sur-Cher qui demeure en zone occupée). Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Camille Impérial est arrêté à Thésée le 1er mai 1942, en même temps que  Céleste Serreau, dans le cadre de la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés lui en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Cher, Loir-et-Cher, Loiret). Elle est opérée en représailles à la mort d’un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942. Lire : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations . 13 romorantinais sont arrêtés. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Moïse Bodin,  Victor Budin, Gustave Crochet, Octave Hervaux, Edouard Roguet, Daniel Pesson.
Camille Impérial est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), probablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Dans une lettre du 2 mai au Préfet Bussière, l’épouse de Camille Impérial, écrit que « sur l’instance de la  Maréchaussée (il) a été l’objet d’une invitation à la suivre pour être remis et emmené par des délégués de l’autorité allemande, sans autre explication« . En clair, c’est la police française qui les a arrêtés. Madame Impérial réfute toute activité politique de son mari y compris avant-guerre.
Elle fait état « d’une perquisition effectuée chez eux dans le courant de l’an dernier » (vraisemblablement dans le cadre de l’opération Theoderich) qui « s’est avérée nulle« . Après avoir rappelé les états de services militaires de Camille, elle sollicite l’intervention du Préfet auprès des Allemands pour obtenir sa libération.
Le 26 mai, Madame Impérial écrit au Préfet. Elle a appris que son mari venait d’être transféré à Compiègne au « stalag 122 ». Elle lui demande de la recevoir pour lui expliquer à nouveau « l’inculpabilité » de son mari.
Le 23 juin, le préfet s’adresse une nouvelle fois à la Feldkommandatur d’Orléans pour que soit  réexaminée la situation de Camille Impérial, « un honnête ouvrier maçon charpentier, père d’un enfant de onze ans. Il n’a jamais manqué de respect aux autorités allemandes et ne s’est jamais livré à aucune activité politique« . Ainsi, comme en témoigne une lettre de Madame Impérial du 16 août, le Préfet tient régulièrement informées les familles sur l’état de ces démarches, qui bien évidemment demeurent infructueuses (textes en rouge foncé : extraits de l’étude de madame Thérèse Gallo-Villa publiée dans le n° 33 du Bulletin de février 2017).

 

Depuis le camp de Compiègne administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Camille Impérial est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45678. Ce numéro est attesté par 4 listes successives, et André Montagne,a reconnu sa photo d’immatriculation à Auschwitz. Cette photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Camille Impérial meurt à Auschwitz le 19 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 484). Il a été déclaré « Mort pour la France« .
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Thésée. Un autre déporté nommé Désiré Marteau est honoré à Thésée : il est né le 27 décembre 1897 à Thésée (et non à Amboise, comme indiqué sur d’autres sites). Il est un des oncles de Serge Marteau (45.839 à Auschwitz). Il est déporté le 27 janvier 1944 depuis Compiègne au camp de Buchenwald (matricule « 44154 »). Il est affecté au kommando de travail d’Ellrich sur des chantiers dépendants du « Sonderstab Kammler« . Il meurt à Ellrich le 28 janvier 1945.

  • Note 1 : Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRPle résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1ermai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. «Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans «Combattants de la Liberté – La Résistance dans le Cher» Marcel Cherrier relatant le 1erMai 1942 évoque cet évènement «le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen» et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire, les représailles décidées par les Allemands).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources

  • « La Résistance dans le Loir-et-Cher « , Op. édité par l’ANACR en 1964.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juillet 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site http://www.mortsdanslescamps.com/
  • Registres matricules militaires

Biographie rédigée en février 2011 (complétée en 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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