Jean Locatelli  © Archives  familiales, droits réservés

Matricule « 45.799 » à Auschwitz

Jean Locatelli est né le 9 août 1909 à Paris 11ème où il est domicilié : rectifieur-outilleur ; communiste ; arrêté le 9 octobre 1941 ; interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Jean Locatelli est né le 9 août 1909 à à Paris 11ème. Il habite à l’hôtel, au 36, boulevard Richard Lenoir à Paris à Paris 11ème au moment de son arrestation. Il est le fils d’Ermenegilda Negri, 32 ans, née le 2 mai 1895 en Lombardie (Italie) et de Charles Locatelli, 37 ans, tôlier. Il est membre du Parti communiste.
Jean Locatelli  épouse Jeanne-Marie Larvoir le 20 juin 1931 à Paris 11ème. Elle est née née le 27 juillet 1906 à Port-Brillet (Mayenne). Le couple a deux enfants. Les Locatelli habitent alors au 9,  rue Guillaume Bertrand
De juillet à fin novembre 1939, Jean Locatelli travaille aux établissements Lavalette, 36, avenue Michelet à Saint-Ouen (Seine). Puis il est embauché par la maison Neve, usine de matériel frigorifique, 176, boulevard de Charonne (Paris 20ème).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Jean Locatelli est licencié de chez Neve le 20 septembre 1940. En instance de divorce (le mariage sera dissous le 23 octobre 1942), il vient habiter chez ses parents au 7, rue Guillaume Bertrand. Sans emploi, il semble qu’alors il ait signé un contrat de travailleur volontaire en tant que tourneur pour l’Allemagne (le 24 septembre 1940) à la société Märkisher Metallbau à Oranienburg (aucun document ne certifie qu’il s’y soit ou non rendu).
D’octobre à avril 1941, il travaille aux établissements Geoffray, 185, boulevard Bineau à Neuilly (Seine). Fin mai 1941, il est arrêté sur mandat du juge d’instruction Trouillard qui instruit une plaine pour vol présumé d’outil mécanique le concernant. Il est incarcéré à la Santé en attente du jugement. A la suite d’un premier interrogatoire qui a lieu le 11 juin 1941, son avocat, maître Eugène Ravary obtient sa mise en liberté provisoire le 12 août 1941 (il est cité à comparaitre devant la 15ème chambre correctionnelle, le 28 février 1942).
Le 10 septembre 1941, il travaille à La Courneuve aux établissements SATAM (Société anonyme pour tous appareils mécaniques) à La Courneuve) comme rectifieur, carte de pointage 35689.

Jean Locatelli

A cette période, il habite au 4, cité Dupont, à Paris 11ème, puis à l’hôtel au 36, boulevard Richard Lenoir toujours à Paris à Paris 11ème .
Début octobre 1941, la police française est informée que des tracts communistes sont distribués dans le quartier Saint-Ambroise. A la suite d’une enquête et d’interrogatoires de suspects (dont René P…), les inspecteurs de la 3ème section des Renseignements généraux « acquièrent la conviction » que c’est Jean Locatelli qui en est à l’origine.
Jean Locatelli est arrêté le 9 octobre 1941 à La Courneuve sur son lieu de travail. Aucun document compromettant n’est pourtant trouvé lors des perquisitions effectuées dans sa chambre d’hôtel et dans son vestiaire à l’usine. Il est néanmoins suspect et le Préfet de police de Paris ordonne son internement administratif. Il est écroué au Dépôt de la Préfecture en attendant son placement dans un Centre de séjour surveillé. Il est jugé le 13 octobre 1941 et est placé comme interné administratif au camp de « séjour surveillé » de Rouillé le 10 novembre 1941 (1).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 22 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Locatelli est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45799 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Selon le témoignage d’un rescapé, Victor Louarn, il serait mort en décembre 1942, au Revier. Il figure en effet sur une liste de détenus soignés à l’infirmerie fin 1942. Cependant, un autre rescapé a indiqué le mois de février 1943.
L’état civil français a retenu la date fictive du 18 février 1943, mais on ignore la date réelle de son décès.

Un certificat du Parti communiste en date du 17 décembre 1946 témoigne qu’il faisait partie de la résistance dans les rangs du PC clandestin. Après un premier rejet en date du 14/11/1947 la demande de sa mère d’attribution pour son fils de la mention « Mort pour la France » est accordée le 22 janvier 1957.

  • Note 1« Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de « centre de séjour surveillé », pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.

Sources

  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale et dossier « statut » (archives des ACVG).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz » (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Documents confiés par sa sœur.

Notice biographique, complétée en 2019, rédigée en février 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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