Léon Cambillard : né en 1888 à Lille (Nord) ; domicilié à Clamart (Seine) ; typographe, chef de service à l’imprimerie nationale ; mutualiste, cégétiste et communiste ; arrêté le 28 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 septembre 1942.

Léon Cambillard est né le 3 novembre 1888 à Lille (Nord). Il habite au 36 avenue des Tilleuls à Clamart (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils de Laure, Léontine, Marie Vermeersch, 27 ans, couturière, native de Saint-Denis (Seine / Seine-Saint-Denis), domiciliée au 23, rue Ratisbonne à Lille. Il est reconnu et légitimé par le mariage de Léon, Eugène, Cambillard, avec sa mère, célébré à Lille le 8 septembre 1892.
En 1904, il est typographe, embauché à l’Imprimerie nationale, rue de la Convention à Paris.
Il épouse Jeanne, Louise Clément le 27 janvier 1912 à Paris 15ème. Elle est fourreuse, née à Saint-Père (Yonne) le 16 décembre 1889. Elle est domiciliée au 52, place Saint Charles. Il habite alors chez ses parents au 36, rue de l’Eglise. Le couple a un enfant cette même année, Roger, Marcel né à Paris 15ème le 22 juillet 1912 (décédé le 8 mars 2001 à Clamart).

Appelé du contingent 1908 et habitant la région parisienne, Léon Cambillard effectue son service militaire (matricule 1400, 2ème bureau de la Seine). A la déclaration de guerre, il est « rappelé à l’activité du 3 août 1914 au 28 juillet 1919.

Il est blessé le 10 mai 1915

Il est blessé le 10 mai 1915 au cours des violents combats – 895 blessés et 179 tués – visant à la reconquête de la crête 140 à La Targette (Neuville-Saint Vaast, engageant la 78ème brigade).

Léon Cambillard est décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille militaire. A sa
démobilisation, il est pensionné de guerre pour une invalidité de 40 %.
Le 24 octobre 1920, le journal Officiel publie sa nomination comme « commissionnaire expéditionnaire » au Ministère des finances. Il est nommé en 1922 « commis d’ordre et de
comptabilité 
» à l’Imprimerie nationale (J.O du 25 novembre 1922).

Léon Cambillard est fonctionnaire, chef de service administratif à l’Imprimerie nationale, rue de la Convention à Paris au moment de son arrestation.

Il co-dépose les statuts d’une société de secours  mutuels à l’Imprimerie nationale

Ancien combattant de la guerre 14/18, lui-même blessé de guerre, il est particulièrement sensible au sort des familles de ses camarades mutilés pendant le conflit. En février 1932, habitant alors au 26 rue des tilleuls à Clamart, il dépose en Préfecture les statuts d’une société de secours mutuels, dénommée « Caisse de solidarité de l’Association des mutilés, réformés, veuves, orphelins et ascendants de l’Imprimerie nationale« , dont il sera le président.

Il participe aux mouvements revendicatifs dans son entreprise (la grève de 1922 et le conflit de l’Imprimerie nationale en juin 1936 qui aboutit à la signature d’une convention collective le 1er février 1937). Il s’investit dans les œuvres sociales au sein de l’entreprise.

Selon son fils, Léon Cambillard est membre du Parti communiste et de la CGT (depuis 1922 selon les Renseignements généraux).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Léon Cambillard, connu des services de Police comme communiste, est arrêté le 28 juin 1941 par des agents du commissariat du XVème arrondissement  sur son lieu de travail à Paris(1), en tant que «communiste actif», pour détention de tracts. Son domicile est l’objet d’une perquisition.

Il est néanmoins probable que son arrestation ait lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêteront plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française (les préfectures ayant fourni les listes de communistes et syndicalistes à la demande des Allemands).

Avec lui sont arrêtés Gabriel Chanal, Elie Sarda et Aubouet, tous trois imprimeurs à l’Imprimerie nationale (1).

Léon Cambillard est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne fin juin ou début juillet. Ce camp («Frontstalag 122») est devenu le 27 juin
1941 un camp de détention pour les «ennemis actifs du Reich». Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. A Compiègne Léon Cambillard reçoit le matricule n°1002.
Son épouse Jeanne fait de nombreuses démarches pour obtenir sa libération.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Léon Cambillard  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 46 318 ?? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique
plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Léon Cambillard meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 157). Dans l’ignorance des dates précises de décès les services d’état civil français ont souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre à partir des témoignages de rescapés (ici, Georges Dudal et André Faudry ont témoigné de sa mort qu’ils ont située au mois d’août 1942). D’où sa date officielle de décès 15 août 1942.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 octobre 1987 paru au Journal Officiel du 11 décembre 1987). Mais l’arrêté mentionne toujours la date fictive du 15 août 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Léon Cambillard est homologué « Déporté politique« . Le titre de «Déporté Résistant» lui a été refusé dans un premier temps. Mais après le recours introduit par son épouse, il est finalement homologué «Déporté Résistant» en 1959 et reçoit le grade d’Adjudant au titre de la Résistance intérieure française (RIF) pour appartenance au Front national créé par le Parti communiste. Léon Cambillard est homologué (GR 16 P 102559) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et des Déportés et Internés Résistants (DIR) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

L’Aube 1945, journal d’obédience catholique et progressiste

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Clamart, dans le cimetière communal. Une plaque est apposée à son domicile, dans l’avenue qui porte désormais son nom depuis le 7 avril 1945.

Jeanne Cambillard a continué son combat contre les horreurs de la guerre. En 1955, elle est membre du comité de parrainage clamartois en faveur de l’appel de Vienne condamnant l’usage des armes atomiques (l’Aube Nouvelle n°55). Elle est décédée à Clamart le 10 juin 1976.

  • Note 1 : Selon René Blanche, ancien ouvrier de l’imprimerie nationale, ils seront quatre de cette entreprise à être arrêtés pendant l’Occupation : Aubouet (dont le fils André, apprenti imprimeur à l’Imprimerie nationale est fusillé le 17 avril 1942), Gabriel Chanal qui habitait Clamart (déporté à Buchenwald le 12 mai 1944, mort à Dora le 15 avril 1945), Elie Sarda lui aussi de Clamart (arrêté en décembre 1940 déporté le 21 mai 1944 et mort à Neungamme le 26 mai 1945).

Sources  

  • Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère dela Défense, Caen (dossier
    individuel consulté en 1990).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils (17 novembre 1989).
  • René Blanche, ancien de l’imprimerie nationale, témoignage recueilli par Roger Arnould en avril 1982.
  • «Le livre Parisien», organe du Syndicat du livre CGT.
  • «Le Peuple» 6 juin 1936.
  • Death Books from AuschwitzSterbebücher von Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres
    (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943,
    le décès des détenus immatriculés).
  • Archives municipales de Clamart. Sonia Lieutier, responsable des archives clamartoises
  • © Carte postale des combats de Neuville-St Vaast, 1914/1915. Bruno Baverel. http://ladecouvrance.izibookstore.com/auteur/35/Br
  • © memoiredeshommes. JMO des soldats tués ou blessés au 10/5/15.
  • © Photo des barbelés d’Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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