Matricule « 45.281 » à Auschwitz

Nicolas Boujinsky le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Nicolas Boujinsky : né en 1890 à Koursk (Russie) ; domicilié à Paris 16ème ; épicier ; arrêté sur dénonciation le 7 février 1942 pour marché noir et détention d’arme ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 7 août 1942.

Nicolas Boujinsky est né le 4 mai 1890 à Koursk (Russie). Il est le fils de Lioubov Kotliaroff et de Léonty Boujinsky. Réfugié politique, il est entré en France le 24 septembre 1925.  De nationalité russe, il est domicilié au 11, rue René-Bazin à Paris (16ème rue Pierre Ducreux jusqu’en 1937), au moment de son arrestation.
Le 16 mars 1929, à Paris 19ème , il épouse Sarra Cusnir (elle signe Cousnir),  25 ans, née en Roumanie le 16 octobre 1903 à Ovidiopol (1). Elle est couturière, et lui, âgé de 38 ans est « ébardeur », domicilié au 10, rue de Tanger. Le couple a une fille, Denise, qui naît le 13 avril 1932 à Paris 12ème .
Nicolas Boujinsky est ébardeur, guide touristique, puis épicier.
En 1934 une note blanche des Renseignements généraux fait état d’un contact de Nicolas Boujinsky avec Mayer Szejmovicz, un polonais soupçonné d’être un agent du NKVD (ex Guépéou) soviétique. Nicolas Boujinsky habite alors au 46, rue Raffet, et travaille comme guide auprès de l’agence de voyage Orbis, au 54, boulevard Berthier. Enquête sans suite, aucune activité subversive n’ayant été constatée pour Nicolas Boujinsky.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation, vivant séparé de son épouse, il est arrêté par la police allemande le 7 février 1942. Il est accusé, à la suite d’une dénonciation, de « marché noir et de détention d’armes« , ce dernier motif le rendant passible d’une désignation comme otage.
Sur sa fiche de renseignements au DAVCC, il est inscrit au motif de l’arrestation : «avoir tué des Allemands», motif improbable, car il aurait alors été  jugé par un tribunal militaire allemand. Une enquête de police diligentée le 8 juin 1951pour l’attribution du titre de « Déporté politique » à Nicolas Boujinsky fait état d’un rapport du cabinet du Préfet en date du 28 juin 1949 concernant les circonstances de la dénonciation que nous avons choisi de ne pas rapporter.
Nicolas Boujinsky est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Nicolas Boujinsky  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Nicolas Boujinsky  est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45281» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Lors de cette
immatriculation, il se déclare de religion grecque orthodoxe.

Nicolas Boujinsky meurt à Auschwitz le 7 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 123 et©Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Nicolas Boujinsky est homologué comme Déporté politique. La carte est délivrée à Madame Rapaport, habitant à La Rochefoucauld (Charente). La mention «Mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès : arrêté du 27 novembre 2009, paru au Journal Officiel du 11 mars 2010.

Note 1 : Son épouse, Sarah Boujinsky, est arrêtée le 26 juin 1943, internée à Drancy comme Juive roumaine, et déportée à Auschwitz le 18 juillet 1943 (convoi n°57). Elle est inscrite sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah (Paris IVème).

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche et dossier individuel consulté en 1993 au Val de Fontenay).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site InternetLégifrance.gouv.fr
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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