Matricule « 45.360 » à Auschwitz  Décédé en avril 1945

Cyrille Chaumette le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Camp de Dora-Mittelbau, matricule « 411.915 »
Cyrille Chaumette : né en 1915 à Saint-Omer (Pas-de-Calais), où il habite ; ouvrier du textile ; syndicaliste CGT, communiste ; arrêté le 5 février 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; Gross-Rosen, Dora, Norhausen ; mort en avril 1945. 

Cyrille Chaumette est né le 14 janvier 1915 à Saint-Omer (Pas-de-Calais).
Il habite au 50, rue Le-Sergeant à Saint-Omer au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Adèle, Marie, Louise Vasseur, 29 ans, lingère et de Charles, Henri, Chaumette, 31 ans, chauffeur, son époux.  Il a un frère aîné, Jacques, né en 1909.
Le 11 avril 1919, Cyrille Chaumette est adopté par la Nation (leur père, mobilisé au 250ème RI, est décédé de maladie en 1916 à l’hôpital militaire d’Abbeville).
Leur mère et ses deux garçons est revenue habiter chez ses parents, au 99, rue d’Arras à Saint-Omer. Elle a repris le débit de boisson anciennement tenu par sa mère. Elle se remarie en 1924.
Cyryle Chaumette est ouvrier du textile, filateur dans une filature de Saint-Omer.
« Cyrille Chaumette adhère aux Jeunesses communistes au début des années 1930 et devient secrétaire de la section des JC de Saint-Omer en 1934. Il joue un rôle actif dans les grèves des filatures audomaroises de 1936 et est placé à la tête du syndicat réunifié du textile de Saint-Omer, fonction qu’il conserve jusqu’en 1939 » (Le Maitron).
Le 29 juillet 1939, à St-Omer, Cyrille Chaumette épouse Jeanne Marcelle Billaud, née le 28 juillet 1921.

La Wehmacht occupe Lille le 1er juin 1940. Le Pas-de-Calais est placé dans la « zone rouge ». L’occupant se livre à un pillage méthodique des ressources : la majorité de la production métallurgique, chimique, minière et textile est exportée en Allemagne.

Courrier du Préfet de l’Aube

Suspecté d’activités clandestines, Cyrille Chaumette est arrêté par la Feldgendarmerie (Feldkommandantur 531 Aube), le 5 février 1941 (1) avec son épouse, 
Enceinte, Jeanne Chaumette, malgré les deux demandes que son mari et elle effectuent en juillet et septembre 1941, est internée pendant plusieurs mois à Troyes, avant d’être autorisée à habiter en ville et de pouvoir accoucher à Troyes le 22 décembre 1941.
Leur fille Ginette décédera le 8 janvier 1946.
Cyrille Chaumette est interné à la prison de Saint-Omer du 5 février au 2 mars 1941.
Puis il est transféré au centre Jules Ferry de Troyes(Aube ), une ancienne école de Troyes qui tient lieu de centre d’internement.
A la demande des autorités allemandes, le Préfet fait interner Cyrille Chaumette le 4 juillet 1941 dans le quartier allemand de la prison de Troyes.
En effet dans un courrier en date du 4 juillet 1941, le Préfet de l’Aube, Georges Hilaire répond avec célérité à un courrier – daté du même jour – du colonel commandant la Feldkommandantur 531 de Troyes : « Conformément aux instructions contenues dans
votre lettre du 4 juillet, j’ai l’honneur de vous faire connaître que le nommé Cyrille Chaumette, expulsé du Pas-de-Calais et hébergé au centre Jules Ferry, a été arrêté et conduit à la prison de Troyes où il a été écroué par les soins du chef de poste allemand. Une visite minutieuse de ses bagages restés au centre, n’a pas permis de trouver trace d’aucune documentation
 ».
Il est ensuite transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), entre le 10 et le 12 juillet 1941.
A Compiègne il reçoit le matricule n° « 1175 ». Pour comprendre la
politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du site : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Cyrille Chaumette est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Mais le numéro «45360» (2) figurait dans son dossier aux ACVG. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous les déportés du convoi sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Lire dans le site le récit des deux jours du transport :Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y
sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau,
employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le 13 juillet, raconte Pierre Monjault : « Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz-I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi« .

Cyrille Chaumette est affecté à Auschwitz-1 au Kommando des installateurs, avec Clément Coudert (45402) et Henri Marti (45842)
avec lesquels il est très lié (« les trois inséparables »). Ce Kommando a pour tâche de s’occuper des installations du camp, notamment en matière de canalisations. Un jour où les trois amis aménagent une de ces canalisations aboutissant à l’une des grandes chambres à gaz de Birkenau, ils ont l’occasion de pénétrer à l’intérieur du périmètre réservé. Le récit de leur incursion dans ces lieux interdits a été fait par Clément Coudert et Henri Marti à l’Humanité, à leur retour de déportation : Trois « 45000 » assistent à l’ouverture des portes d’une chambre à gaz.

En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres
détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres
avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de
recevoir des colis.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943,Cyrille Chaumette est en quarantaine au Block 11 avec
la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.
Le 12 décembre 1943, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.

Le 7 septembre 1944, trente « 45 000 » sont transférés d’Auschwitz à Gross-Rosen où ils sont enregistrés. Cyrille
Chaumette y reçoit le matricule « 40.986 » et Clément Coudert le « 40.988 ».
Après leur quarantaine, les « 45.000 » sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens.
Lire dans le site, « les itinéraires suivis par les survivants ».
Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué vers Dora-Mittelbau.
Cyrille Chaumette y arrive avec quatorze autres « 45.000 ».
Il y est enregistré avec le n° 116.861.

Au camp de Gross-Rosen

Roger Abada, René Besse, Clément Coudert, Pierre Monjault sont affectés à Nordhausen (un des Kommandos de Dora).
René Besse et Pierre Monjault s’en évadent, le 3 avril, Roger Abada, le 5 avril 1945, à la faveur de bombardements alliés sur le camp qui provoquent la panique chez les SS.
Cyrille Chaumette, lui, est transféré de Dora à Rotteleberode.
Selon le témoignage de Gaston Jeannin (Paris 3ème), déporté à Buchenwald, puis à Dora, Cyrille Chaumette aurait été fusillé dans la nuit du 13 au 14 avril 1945 au cours d’une tentative d’évasion à Roslau au cours de leur évacuation vers Hanovre.
Mais il est plus vraisemblablement assassiné sur la route ou dans les wagons entre Oebisfelde et Mieste : selon Klaus Agartz et Georg Schoenberner, antifascistes allemands qui ont effectué des recherche sur les victimes des évacuations dans cette région (informations transmises à Roger Arnould par l’intermédiaire de Roger Maria en 1984), il y avait encore deux détenus en provenance d’Auschwitz vivants lors de l’évacuation de Rotteleberode : Ludwig Lewin et Cyrille Chaumette : «il a fait le chemin à pieds jusqu’à la petite ville de Niedersachhswerfen (près de Norhausen, à 16 km de Rotteleberode).
Après de nombreuses recherches dans les listes manuscrites de la S.S. des assassinés sur la route ou dans les wagons avant Niedersachhswerfen, Klaus Agartz est convaincu que Cyrille Chaumette est mort entre Oebisfelde et Mieste, dans le train ou à la gare de Mieste même (il y a 80 corps non identifiés dans la fosse commune de Mieste).

La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 octobre 1987 paru au Journal Officiel du 14 novembre 1987). Cet arrêté porte toutefois un lieu inexact : « décédé le 13 avril 1945 à Auschwitz ».
Cyrille Chaumette a été homologué «Déporté politique».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Omer.

  • Note 1 : Les départements du Nord et du Pas-de-Calais sont rattachés au commandement militaire allemand de Bruxelles (Militärbefehlshaber). Pour Le Maitron, Cyrille Chaumette est arrêté en janvier 1941. Pour Jean Marie Fossier (FNDIRP 59), c’est en février.

Sources

  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Archives de l’Aube : Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la préfecture (1940-1944).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Maitron en ligne, notice Yves Le Maner.
  • ©Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site InternetMémorial-GenWeb.
  • © Site InternetLégifrance.gouv.fr
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • ©Archives en ligne de l’Aube, Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la Préfecture (1940-1944).
  • ©Archives en ligne de Saint-Omer.

Notice biographique rédigée en 2003, complétée en 2012, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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