Matricule « 45.303 » à Auschwitz

Fiche d’entre au camp de Mauthausen
Clément Brioudes le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Clément Brioudes : né à Paris 15ème en1904 ; domicilié à Bagneux ; formation d’imprimeur ; arrêté pour tentative de vol en décembre 1941, condamné à 3 mois de prison (Fresnes); interné aux camps des Tourelles et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Mauthausen, Melk ; mort à Mauthausen le le 19 avril 1945

Clément Brioudes est né à Paris 15ème le 16 août 1904. Il habite au 121, avenue Foch à Bagneux au moment de son arrestation. Il est le fils d’Elise, Jeanne Martiny, 19 ans et de Camille Brioudes, 28 ans son époux. Ses parents habitent au 16 rue Lacordaire à Paris 15ème.
En 1920, âgé de 16 ans, il est condamné pour vol à séjourner jusqu’à sa majorité dans une « colonie pénitentiaire » (1) par le Tribunal pour enfants et adolescents de la Seine (compétent en matière de délits à partir de 16 ans uniquement).
Comme cela fut démontré par la suite, ces « colonies pénitentiaires », furent de véritables écoles de la délinquance : malgré une formation d’ouvrier imprimeur, l’ex-colon Clément Brioudes sera condamné à huit reprises, dont cinq pour vols qualifiés avec peines d’emprisonnement et trois pour tentatives de vol.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le 29 décembre 1941, Clément Brioudes est condamné par la 13ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine à trois mois de prison pour tentative de vol et « défense », qu’il purge à Fresnes. Une note du directeur de la police judiciaire indique que Clément Brioudes, célibataire, n’exerce aucune profession : « individu dangereux pour la sécurité publique ».
Le 31 janvier 1942, Il est interné administrativement (2) loi du 3 septembre 1940, au « centre de séjour surveillé des Tourelles » (3).
Le 5 mai 1942, Clément Brioudes est extrait du centre de séjour surveillé des Tourelles (Paris) pour être interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Les 34 des Tourelles transférés à Compiègne le 5 mai : Alessandri, Battesti Jean, Bécet, Brioudes, Brun, Cazorla, Chvelitski, Claus, Corticchiato, Delaume, Delville, Dupressoir, Fontès, Garré, Germa, Gorgue, Guerrier, Hanlet, Jeusset, Lavoir, Legrand, Monjault, Moyen, Nozières, Piazzalunga, Pollo, Porte, Remy, Quadri, Rouyer, Salamite, Schaefer, Steff, Trébatius.

Depuis le camp de Compiègne administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Clément Brioudes est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45303» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, Clément Brioudes est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site : « les 45000 au block 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

D’après Jean Pollo, Clément Brioudes est affecté au Kommando Druckerei (l’imprimerie du camp), après la quarantaine du Block 11, avec
« Marcel » (Marcel Claus)  et « Petit Louis » (Louis Faure). Jean Pollo (« un petit maigre, dont je me souviens bien » dit-il) ».
Après le block 11, il travaille à nouveau au « Kommando imprimerie ». René Besse qui a travaillé avec lui à l’imprimerie dit de lui : « il avait un
comportement très correct
».
Il fait partie des « 45000 » qui restent à Auschwitz jusqu’en janvier 1945.

Le camp de Melk

Clément Brioudes est transféré au camp de Mauthausen le 25 janvier 1945 avec 19 autres « 45000 ». Il y est immatriculé n° « 116.593 ». Il est affecté
à Melk le 29 janvier. A l’évacuation du camp de Melk, il retourne au camp central le 11 avril.
Clément Brioudes meurt à Mauthausen le 19 avril 1945, peu avant la libération des camps
et sous-camps de Mauthausen.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 22 avril 2010, paru au Journal Officiel n°0153 du 4 juillet 2010. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Bagneux, rue de la Mairie.

  • Note 1 : Les mineurs dont la justice reconnaissait qu’ils avaient « agi sans discernement »
    étaient obligatoirement acquittés, mais l’acquittement « pour avoir agi sans discernement » n’en était pas moins une condamnation inscrite au casier judiciaire. Il y avait donc des « acquittés condamnés ». Ils n’avaient aucune peine à accomplir, mais on prenait pour eux des « mesures de sauvegarde ». À titre de prévention, ils étaient placés dans des établissements d’éducation : les « colonies pénitentiaires » !

  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé en France par le décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. L’internement administratif est décidé par arrêté du préfet. Il est purgé par placement forcé dans un « camp d’hébergement ».
  • Note 3 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et
    autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir) ».
     France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839
    février 2010. Ce Centre de séjour surveillé fonctionne dans l’ancienne caserne d’infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d’eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l’étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C’est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s’ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Liste officielle N° 1 du camp de Mauthausen.
  • Mémorial de Mauthausen, listes établies par Pierre Serge Choumoff.
  • Enregistrement audio de Jean Pollo.
  • © Melk, photo Bundes Archiv / Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, BA 1837.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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