André Flageollet Auschwitz, 8 juillet 1942

Matricule « 45.543 » à Auschwitz

André Flageollet : né en 1906 à Remiremont (Vosges) ; domicilié à Epinal (Vosges) : peintre, journaliste, permanent CGT, communiste ; arrêté le 22 novembre 1940 ; condamné à un an de prison effectué à la centrale de Clairvaux, interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt en 1942.

André Flageollet est né le 22 août 1906 à Remiremont (Vosges). Il habite à Epinal (Vosges) au moment de son arrestation. Il est le fils de Maria Tisserand, 23 ans, sans profession et de Marie, Paul, Alfred Flageollet, 27 ans, boisselier, son époux. Ses parents se sont mariés en 1905 au Val d’Ajol (Vosges). Ils sont domiciliés au 10, place Maxonrupt à Remiremont.
Il est peintre en bâtiment, puis journaliste dans la presse communiste régionale (témoignage en 1972 de son épouse). Il a été également représentant (cf l’Humanité ci-dessous). Le Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier, le signale également « forain ».

Françoise Flageollet

En mars 1930 à Remiremont (cf publication de mariage dans le Télégramme des Vosges du 14-3-1930), il épouse Françoise Flageollet, née le 5 février 1907 à Djebel-Kouif (Constantine, Algérie), dactylographe, militante communiste (voir note 1). A l’époque il est « représentant de commerce ».
André Flageollet est un militant communiste actif. Diffuseur de l’Humanité, il participe au concours du « meilleur abonneur ». Le 27 juin 1937 il est classé troisième au plan national (l’Humanité n° 14.072 du 28 juin).

L’Humanité du 31 mai 1937

Il est présenté par le Parti communiste aux élections au conseil d’Arrondissement d’octobre 1937 pour le canton de Saulxures-sur-Mosellotte (2).
Syndicaliste, il dirige comme permanent (1200 F par mois) le journal de l’Union  départementale CGT «Les Vosges ouvrières», du 1er mai 1937 au 2 juin 1939. « Pour des raisons financières, l’UD des Vosges dut alors supprimer son poste de permanent» (Le Maitron).
Il est le secrétaire départemental des « Amis de l’URSS » et membre du comité départemental du PCF

La « drôle de guerre » prend fin le 10 mai 1940 avec l’attaque allemande aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique. Après la percée allemande à Sedan, les troupes allemandes envahissent la Lorraine. Au mois de juin 1940, le génie fait sauter les ponts d’Épinal défendus par les troupes Françaises en retraite. Le 11 juin 1940, les Allemands bombardent le viaduc de Bertraménil. Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. Le département des Vosges se trouve désormais dans la « zone interdite » allemande qui s’étend de la mer du Nord à la frontière suisse, sans qu’aucune mention spécifique n’en ait été faite dans les conventions d’armistice. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). 

Dès l’été 1940, une poignée d’hommes et de femmes forment les premiers groupes de Résistance dans le contexte de la défaite militaire, de l’occupation, de la mise en place du régime de Vichy. Au PCF, dans la clandestinité depuis septembre 1939, les premières structures sont opérationnelles à l’automne 1940. La Résistance spinalienne paiera le prix fort (72 fusillés, 60 déportés).
Dans la clandestinité, André Flageollet organise la Résistance au plan régional (témoignage de son épouse Françoise Flageollet).

L’Echo de Nancy 24/11/1940

André Flageollet est arrêté le 22 novembre 1940 en gare d’Epinal : il revenait de Bussang, où il était allé organiser un groupe de résistance. D’abord incarcéré à la prison d’Epinal, jugé et condamné à un an de prison, il est à l’isolement à Clairvaux où il accomplit sa peine. «Incarcéré à la prison de la ville, accusé d’action subversive contre
l’Etat. Condamné à un an et un jour, il fut maintenu à la prison de Clairvaux, où il avait été transféré. C’est le jour-même de sa libération, alors qu’il avait été isolé des autres incarcérés, qu’il fut remis entre les mains de la
Gestapo. Selon le directeur de la prison, une circulaire du ministre de la justice ordonnait aux directeurs de prison de ne pas libérer les détenus politiques. Il fut immédiatement remis à la Gestapo, avec un autre camarade de notre groupe Noël, et dirigé au camp de Compiègne
» (Françoise Flageolet, 2 mars 1972).
Lire dans ce site : La Maison centrale de Clairvaux 

André Flageollet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 24 novembre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), à la suite de l’attentat contre le train militaire 906 à Caen (lire dans l blog) Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942), et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants qui seront déportés avec André Flageolet à Auschwitz figurent également sur ces 2 listes (Alfonse Braud, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Paillole, André Seigneur). Il est transféré après cette date au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes.

L’entrée du Tunnel à Compiègne

A Compiègne, André Flageolet reçoit le matricule « 2368 ». « Arrivé au camp de Compiègne, il organisa les camarades, et devait être parmi le second groupe qui devait s’enfuir par le souterrain qui avait été fait et par lequel le premier groupe avait réussi à s’enfuir». (Françoise Flageollet).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, André Flageollet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

André Flageollet est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz sous le matricule « 45.453 ». Le matricule sera tatoué sur les avant-bras gauches des déportés quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Robert Gaillard a témoigné des circonstances de sa mort dans une lettre à Françoise Flageollet (5 juin 1945). « J’ai été celui qui est resté le plus
longtemps avec votre mari à Birkenau, et je peux vous donner dans la mesure où ma mémoire renaît, quelques précisions sur la date et la fin de ce cher
camarade. André est tombé malade, une forte grippe, le premier novembre 1942, après avoir traîné quelques jours avec une forte fièvre, il est entré à
l’infirmerie, où je suis allé le voir deux fois. La deuxième fois André ne m’a pas reconnu. Il avait le typhus et il divaguait par la fièvre. Je suis retourné une troisième fois, mais hélas je ne l’ai pas vu, il avait changé de Block et était parti au trop fameux Block 7 (dont le camarade Dudal
(Georges Dudala dû vous parler très certainement, ayant eu lui aussi à faire avec ce Block). Là il nous était impossible de voir nos camarades, ce qui était d’ailleurs difficile
dans le Block précédent. J’ai donc été plusieurs jours sans nouvelles d’André. 

L’entrée de Birkenau

Le 11 novembre, j’ai tout de même pu voir mon camarade André et lui remettre un demi-pain à travers les fenêtres barbelées de ce Block 7. Il était, je vous assure dans un triste état, amaigri, les yeux hagards. Il croyait avoir faim, mais trop malade, il ne put manger ce jour-là. Depuis, qu’est devenu André ? Nous ne savons pas exactement – ou plutôt nous le savons trop bien.
La semaine qui suivit ma dernière visite, une commission est passée à ce triste et intenable Block 7 et un convoi pour la chambre à gaz fut préparé. Peut-être qu’André était mort avant, c’est ce que nous avons souhaité tous, et espéré
».

André Montagne, rescapé n° « 45912 », et moi-même, avons relevé son nom sur les registres de l’infirmerie de Birkenau à la date du 2 novembre 1942, ce qui confirme bien l’exactitude du témoignage de Robert Gaillard. Mais son nom ne figure pas sur le registre d’état civil des décès de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, qui publie les certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz), ce qui confirme aussi qu’il est mort dans une « sélection » pour la chambre à gaz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. L’arrêté du 20 mars 2009 (JO du 2 avril 2009) portant apposition de la mention « Mort
en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès a repris la mention de 1945 « Décédé le 25 septembre 1944 à Auschwitz (Pologne)».

André Flageollet a été homologué Déporté politique. « Nous engageâmes une procédure pour l’obtention de sa carte de Résistant, et après plusieurs mois, le tribunal administratif nous accordait la carte de « Déporté résistant », pour mon mari et moi celle « d’internée résistante ». Cela a été fait car la preuve avait été donnée que c’était pour organiser le Front national que l’un et l’autre nous avions résisté à l’occupant » (Françoise Flageollet).

André Flageollet est décoré de la Légion d’Honneur à titre posthume.

  • Françoise Flageolet

    Note 1 :  Françoise Flageollet, née Dimeglio. « Née le 5 février 1907 à Djebel-Kouif (Constantine, Algérie), dactylographe, militante communiste des Vosges puis du XIIIe arr. de Paris, elle adhère au Parti communiste en 1935 et fut secrétaire d’une cellule. Membre des Amis de la nature, du comité antifasciste, de l’Union des Femmes françaises, elle fut secrétaire du Secours populaire pour le département des Vosges, de 1936 à 1939. Au cours de cette période, elle lança de nombreux appels et souscriptions en faveur de l’Espagne républicaine, et s’efforça d’aider les réfugiés espagnols dans les Vosges. Elle siégeait au comité départemental de Front populaire des Vosges». (Le Maitron, notice Roger Martin, Claude Pennetier). En mai 1938, elle travaillait dans une usine d’impression à Épinal. Pendant la guerre, elle assura les liaisons entre les responsables clandestins dans les Vosges, la Bretagne… Arrêtée, elle fut internée dans différentes prisons, dont celles d’Epinal et Fresnes. « Elle participa activement à la libération du XIIIe arrondissement de Paris, devint une dirigeante communiste de cet arrondissement et fut conseillère municipale
    de Paris en 1945. Elle fut un temps secrétaire d’André Marty, conseillère municipale de Paris XIIIe arrondissement en 1945
     » (Le Maitron). Elle
    était membre du Comité national de la FNDIRP depuis 1972. Elle est décédée en 1981.

  • Note 2 : Jean Flageollet, coiffeur, né en 1907 à Gerardmer (peut-être un parent) également militant communiste est présenté la même année par le PC pour le canton de Corcieux (où il était déjà candidat en 1934), et non celui de Saulxures-sur-Mosellotte comme indiqué dans la notice biographique du Maitron.

Sources

  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne
  • Liste d’otages XLV 33, n° 14 de la liste.
  • Témoignages de Robert Gaillard (5 juin 1945) et Georges Dudal.
  • Témoignage de Françoise Flageollet recueilli par Roger Arnould (2/3/72).
  • Lettre de Roger Arnould à André Sester, FNDIRP Epinal, 1973.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom 1997 et tome 28, page 48.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz » (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Archives en ligne des Vosges

Notice biographique rédigée en 2011, complétée en 2016, 2018 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com.

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