Edmond Delaume en 1938
Edmond Delaume : né en 1901 à Souvigny (Allier) ; il habite à Paris 19ème ; receveur TCRP ; communiste ; arrêté le 12 juillet 1941 ; interné aux camps des Tourrelles et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 6 octobre 1942.

Edmond Delaume est né le 6 mai 1901 au domicile de ses parents rue de Queune à Souvigny (Allier). Au moment de son arrestation, il habite au 41, rue de Nantes à Paris 19ème. Il est le fils de Marie-Louise Villechenon, 31 ans, sans profession, et de Gustave Delaume, 30 ans, sabotier, son époux.
Titulaire du Certificat d’études primaires, il exerce d’abord dans les années 1920, le métier d’électricien.
Edmond Delaume est appelé sous les drapeaux au bureau de recrutement de Moulins le 5 avril 1921. Il est affecté le 17 avril 1921 au 4ème régiment de Tirailleurs Tunisiens, dépôt de Béziers. Il est rayé des contrôles d’activité avec le grade de caporal de réserve, le 30 mai 1923 (il a effectué 26 mois d’armée).
Edmond Delaume est embauché à la S.T.C.R.P. comme receveur stagiaire (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne) le 23 juin 1923.
Il va ensuite résider au 140 avenue Victor Hugo à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis). Le 9 juillet 1923, il épouse Odette, Rose Villemain, dont il divorcera (les actes de mariage d’Aubervilliers ne sont consultables en ligne que jusqu’en 1885).

Photos d’Edmond Delaume  1923, 1928, 1933, 1938 (dossier à la STCRP)

Il est titularisé à la STCRP le 1er
août 1924. Puis il y devient machiniste le 6 février 1924. Il est confirmé comme receveur en 1927 au dépôt du Hainaut. En 1927, Edmond Delaume déménage à nouveau, au 37, rue du Goulet, toujours à Aubervilliers.
Il déménage au 96, de la même rue en 1926.
A partir du 15 février 1930, il habite au 41, rue de Nantes à Paris (19ème).
Il est reçu receveur de tramway le 14 novembre 1930. Il fait une demande de mutation en 1933 pour le dépôt de Flandres, « pour suivre la ligne 50 » écrit-il (République-Aubervilliers). <
Edmond Delaume est membre du Parti communiste,  » meneur particulièrement actif  » selon sa fiche de police.
Il épouse en secondes noces Marie, Annonciation, Josephe, Pia, Lallain à Paris (19ème) le 27 octobre 1936. Elle est née à Lanvollon (Côtes-du-Nord / Côtes-d’Armor) le 24 mars 1905. 31 ans, sans profession. Domiciliée 6 place du Maroc à Paris. Le couple est domicilié au 41, rue de Nantes et a un enfant.
La STCRP affecte Edmond Delaume sur la ligne BH (Pantin-Porte Chaumont-Les Halles).
Edmond Delaume est mobilisé le 2 septembre 1939, affecté au 5ème et 53ème R.I.C. (Régiment d’Infanterie Coloniale), dépôt N° 59.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Fin octobre 1940, les services des renseignements généraux notent une recrudescence de la propagande communiste dans l’Est parisien et en particulier dans le 19ème arrondissement. Des surveillances, et filatures sont mises en place.
Une liste des militants démobilisés est établie le 5 février 1941 (Edmond Delaume est démobilisé le 16 décembre 1940).

Edmond Delaume est arrêté le 12 juillet 1941 comme « communiste » (mention portée sur sa fiche au DAVCC), le même jour que Victor Jardin, de Maisons-Alfort, lui aussi machiniste à la TCRP.  Il est inculpé et en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1) qui proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes. Un autre agent de la TCRP, Victor Jardin, est arrêté le même jour que lui.

Etat des internés communistes aux Tourrelles, montage photo

Le Préfet de police de Paris ordonne son internement administratif.
Il est placé au Centre de séjour surveillé des Tourelles (2) le 12 juillet 1941 (Etat n°2 des détenus communistes, caserne
des Tourelles
).

Caserne des Tourelles © Mauzas

Le 5 mai 1942, Edmond Delaume fait partie de la trentaine (34 ou 36) d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables »), et extraits de Centre de séjour surveillé des
Tourelles pour être conduits à la gare du Nord.
Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages. Ces « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Edmond Delaume est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

L’entrée du camp d’Auschwitz

Le numéro d’immatriculation d’Edmond Delaume lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45438 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le
convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. De
surcroît la
photo d’immatriculation à Auschwitz du déporté portant ce numéro n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Il n’était donc pas possible d’effectuer une comparaison avec les photos de la TCRP. Ce numéro ne figure plus dans mon ouvrage
Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Edmond Delaume meurt à Auschwitz le 6 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from
Auschwitz
Tome 2 page 218).

Edmond Delaume est déclaré « Mort pour la France » le 9 juillet 1947 et homologué « Déporté politique »
en 1955. Un arrêté ministériel du 28 janvier 1988 paru au Journal Officiel du 10 mars 1988, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 1er janvier 1943 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible
depuis 1995. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death
books»
et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Sa mémoire est honorée sur une plaque apposée sur le mur du 168 avenue Jean Jaurès, à l’entrée du dépôt RATP de Pantin.

  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes
  • Note 2 : Ce « Centre de séjour surveillé » fonctionne dans l’ancienne caserne d’infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. «Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables
    en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis
    dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir) ».
     France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 – février 2010.  

Sources

  • Archives Départementales de l’Allier, état civil de Souvigny.
  • Archives définitives de la RATP, Maison de la RATP, dossier personnel d’Edmond Delaume. Remerciements à Mme Laurence Loy et Mr. Thiriau.
  • Biographie d’Edmond Delaume in © AFMD de l’Allier.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • © Plaque RATP, relevé Claude Richard.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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