Edouard Driessens, © Albert Giry, © Louis et Madeleine Odru
Edouard Driessens : né en 1901 à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) où il est  domicilié ; boucher ; communiste ; conseiller municipal ; arrêté le 24 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le le 27 septembre 1942.

Edouard Driessens est né le 27 juillet 1901 à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis).
Au moment de son arrestation, Edouard Driessens habite 17, rue Gabriel Husson à Romainville.
Il est le fils de Marie-Louise Oswald, 19 ans, née le 19 juin 1882 à Ivry (Val-de-Marne), sans profession, et d’Edouard Driessens, 32 ans, né le 3 octobre 1868 à Mennecy ‘Essonne), carrier mineur, son époux.
Edouard Driessens a deux sœurs (Suzanne, née en 1900 et Raymonde, née en 1910) et trois frères (André né en 1902, Raymond, né en 1905, et Marcel, né en 1907). Leurs parents habitent au 39, rue Carnot à Romainville.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 63 a les cheveux châtains et les yeux bleus, le front ordinaire, le nez busqué, le visage ovale. Il a des brûlures au cou et aux bras.
Au moment de l’établissement de sa fiche, il est recensé (n° 4322) dans le département de la Seine, canton de Noisy. Il est mentionné qu’il travaille alors comme boucher. Il habite à Romainville au 13, rue Wassou.
Conscrit de la classe 1921, il est mobilisé au 62è Régiment d’artillerie de campagne à compter du 9 avril 1921. Cette mobilisation, alors que la « grande guerre » est terminée, est due à la décision du gouvernement français d’occuper militairement la Ruhr en mai 1921 : il s’agit de hâter l’application du traité de Versailles par l’Allemagne (signé le 28 juin 1919, et qui comporte le versement des dommages de guerre, en particulier le charbon). Le gouvernement mobilise les conscrits et rappelle les réservistes (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent alors de 100 000 à 210 000 hommes). Du 11 janvier au 20 mars 1923, Edourd Dreissens participe à l’occupation de la Sarre au sein de l’Armée du Rhin.
Il est « placé dans la disponibilité » au bout de ses 2 ans de service militaire le 1er avril 1923, mais il est maintenu au corps en application de la Loi du 21 mars 1905 en raison de l’occupation de la Ruhr (1) jusqu’au 15 mai 1923.  Il est alors « renvoyé dans ses foyers », « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » à Romainville au 13, rue Wassou.

Edouard Driessens épouse Cécile Granjean le 14 mars 1924
à Romainville. Il a 22 ans, travaille comme boucher, domicilié chez ses parents au 13, rue Vassou. Elle est bobineure, a 19 ans, née le 23 décembre 1904 à Paris 11è, domiciliée au 85, rue de Paris à Romainville.
Le couple a deux filles, Suzanne, née le 17 décembre 1925, et Raymonde, née le 20 janvier 1928, toutes deux à Romainville..
En juillet 1925, le couple Driessens habite au 85, rue de Paris, à Romainville.
De 1936 jusqu’à l’arrestation d’Edouard Driessens, la famille va habiter au 17, rue Gabriel Husson à Romainville.

En 1935, Edouard Driessens se présente aux élections municipales sur la liste du communiste Pierre Kérautret.  La liste communiste « fut élue au second tour face à la liste socialiste SFIO de Georges Fenouil, à celle de concentration républicaine et radicale du Docteur Rameau et à celle républicaine et socialiste de Pueyo » (Le Maitron Kérautret, notice par Roger Gaudy et Claude Pennetier). Conseiller municipal il s’occupe des Anciens romainvillois, de la Caisse des Ecoles et du Secours Rouge.

Le décret-loi de mobilisation générale du 1er septembre 1939, rappelle Edouard Driessens « à l’activité ». Il est mobilisé le 13 septembre 1939 à la 22ème section de commis et ouvriers militaires d’administration (C.O.A.) Père de famille de quatre enfants, il est ramené à la classe de mobilisation 1913 et de ce fait « renvoyé dans ses foyers », classé dans la position « sans affectation ».

Jusqu’au 10 juin 1940 des troupes françaises (le 401ème régiment d’artillerie de défense anti-aérienne), occupent le Fort de Romainville, qu’elles quittent sans combattre. Un détachement de la Luftwaffe l’occupe alors. Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Pantin. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). En octobre 1940, le MBF, Commandement militaire allemand installé à Paris, décide de faire du Fort de Romainville un camp d’internement. Les détenus sont officiellement enregistrés à partir du 1er novembre 1940. 3900 femmes et 3100 hommes y furent interné.e.s avant d’être déporté.e.s. ( 40% de toutes les Résistantes françaises seront internées au Fort de Romainville avant leur déportation).

Avec l’Occupation, à cause de la pénurie de viande, il ne peut continuer à exercer son métier de boucher. Pour faire vivre sa famille, il vend des légumes sur les marchés, en particulier celui de Romainville. Suivant les instructions du régime de Vichy, et devant la recrudescence de distributions de tracts et d’inscription communistes dans l’Est parisien, la police surveille systématiquement les militants communistes connus de ses services avant-guerre.

Edouard Driessens est arrêté chez lui, le 24 juin 1941 sur indication des Renseignements généraux qui le considèrent comme un « meneur communiste très actif » dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.

Fiche des RG (montage à partir de l’en-tête de la liste)

D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.

Edouard  Driessens est interné au camp de Royallieu (le «Frontstalag 122»), camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.

Dessin camp de Royallieu (Mémorial)

A  Compiègne, il reçoit le numéro matricule « 447 ». Il est affecté au Bâtiment A5.
Il écrit à sa fille Suzanne en juin 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Edouard Driessens  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Le portail du camp principal d’Auschwitz

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro « 45483 ? » f

figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence des quatre listes alphabétiques successives que j’ai partiellement reconstituées, de la persistance de lacunes pour quatre noms, mais d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Par ailleurs, la photo d’immatriculation du déporté portant ce numéro n’a pas été retrouvée et n’a donc pu être comparée avec sa photo d’avant-guerre.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Edouard Driessens meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 238 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Lire dans le site : 80 % des « 45 000 » meurent dans les six premiers mois

Un arrêté ministériel du 13 février 1989 paru au Journal Officiel du 24 mars 1989 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Edouard Driessens. Mais cet arrêté le déclare « décédé à Compiègne le 6 juillet 1942 ». Le 2 décembre 1991 un jugement « corrige » le précédent, mais porte toujours une mention erronée : « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise) », soient les 5 jours ajoutés systématiquement par le ministère pour reconnaître la mort en déportation.
Il serait néanmoins souhaitable que soit pris en compte – par un nouvel arrêté – la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45 000 » à Auschwitz.
Edouard Driessens est déclaré « Mort pour la France ».
Une plaque en Mairie, « morts dans la Résistance », due à l’initiative du Conseil municipal, porte son nom en lettres d’or. Elle a été inaugurée le 11 novembre 1948.

  • Note 1 : en mai 1921, pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), le gouvernement français ordonne la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française. Les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent alors de 100.000 à 210.000 hommes : le gouvernement rappelle les réservistes ou maintient les hommes libérables, ce qui est le cas de d’Edouard Driessens.

Sources

  • Claudine Cardon-Hamet, notice pour le 60ème anniversaire du départ du convoi des «45000», brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800, BAVCC Caen). 
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Etat civil de Romainville : jugement déclaratif de décès  (1991).
  • Photo d’Albert Driessens transmise par Albert Giry à Louis Odru pour l’ANACR 93, et courrier concernant les dates de naissance des « 45 000 » de Romainville (27 juin 2003). Ces documents m’ont été transmis par Madeleine Odru.
  • « Femmes et Hommes de Romainville », de la Résistance à la Libération. Par Guy Auzolles et Albert Giry, édité par la ville de Romainville, 1999.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin Frontstalag 122, in Mémorial de Compiègne.
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • courriel de Madame Micheline Ferrari, 28 juillet 2014.
  • Registres matricules militaires de la Seine.

Notice biographique rédigée à partir d’une notice succincte pour le 60è anniversaire du départ du convoi des « 45 000 », brochure répertoriant les “45 000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, complétée en novembre 2007 (2014,  2019, 2020, 2022 et 2024) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Autrement, Paris 2005 (dont je dispose encore de quelques exemplaires pour les familles).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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