René Royer© Andrée Ponty  et André Deslandes
René Royer le 8 juillet 1942

Matricule « 46.075 » à Auschwitz

René Royer : né en 1897 à Payroux (Vienne) ; domicilié à Paris 14ème ; facteur PTT ; communiste ; domicile perquisitionné le 9 décembre 1941 ; arrêté comme otage communiste le 28 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

René Royer est né le 19 juillet 1897 à Payroux (Vienne).  Au moment de son arrestation, René Royer habite le 14ème arrondissement de Paris au 156 rue de Vanves (actuellement rue Raymond Losserand, fusillé le 21 octobre 1942) dans une cité ouvrière HBM. Dans cet immeuble habitent également André Aubouet et Raymond Tardif, qui seront fusillés le 17 avril 1942 à l’issue du « Procès de la maison de la Chimie ».
René Royer est le fils de Marie, Joséphine, Octavie Simonet, 23 ans, lingère et de Louis, Narcisse Royer, 27 ans, cultivateur son époux. Il a deux sœurs (Marie née en 1899 et Yvonne) et trois frères (Alphonse, Narcisse, né en 1901 et Charles, né en 1902).

Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé pendant la guerre au centre de recrutement de Poitiers en janvier 1916 (toutes les classes, dont la sienne, sont appelées en avance pendant le conflit de 1914-1918), René Royer est incorporé au 136ème Régiment d’Infanterie, affecté à la 6ème armée. Il est blessé par balle à l’œil droit le 21 juillet 1918.
Il est réformé le 25 mars 1919 par la commission de réforme de Poitiers avec une pension d’invalidité de 45 %. Il est décoré de la Croix de guerre.
Le 28 décembre 1920 à Payroux, il épouse Valentine Dupaine – née le 9 août 1902 à Mauprevoir (Vienne).
Le couple aura six enfants. Yvette, naît le 23 avril 1922 à Mauprevoir et René Camille, naît le 28 décembre 1923 à Mauprevoir. Leur père entre à
l’administration des PTT en juillet 1926. Pierre naît le 14 octobre 1926 à Paris 15ème.

Les HBM rue Raymond Losserand

Le 6 janvier 1929 le couple et leurs trois enfants emménagent au 156 rue de Vanves à
Paris 14ème, « au loyer mensuel de 112 F ». Jacques naît le 20 janvier 1929 à Paris. Paul naît le 22 juillet 1935 à Paris 14ème et Danielle, naît le 21 février 1939 à Paris 14ème.

René Royer est affecté en janvier 1931 au bureau central des PTT du 14ème arrondissement, 15 bis avenue d’Orléans (devenue avenue du général Leclerc).
Militant du Parti communiste, il est secrétaire de la cellule de son bureau de poste et
adhérent à la section du 14ème.
Il est responsable du syndicat unitaire des employés des PTT du 14ème (affilié
à la CGTU) et membre du Secours ouvrier international (SOI).
Il est connu des services de police « le 12 juin 1932, il a été appréhendé, alors qu’il chantait « l’Internationale » au retour d’une fête organisée par l’ex-Parti communiste. Sans suites judiciaires » (note blanche des RG).
René Royer est « exclu de fonction pour faits de grève » en 1938 (dossier PTT).
Une note de la direction du personnel (du 28 avril 1942) signale qu’il a fait l’objet en mars 1940 d’une fiche de signalement comportant la mention suivante : « à éloigner ou à écarter du service dès les premiers symptômes de troubles ».

Enquête PTT , 15 mars 1940
note blanche des RG, juin 1942

Pendant la guerre, il est effectivement suspecté par sa hiérarchie d’avoir repris des activités militantes : une enquête interne aux PTT est diligentée et aboutit le 15 mars 1940, sans conséquence négatives pour son emploi . A la question : sa présence dans le service est-elle une cause de trouble ?  la réponse du chef de service est :  Il ne parait pas. L’intéressé se montrant dans le service absolument correct.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé.
Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Une perquisition diligentée par les Renseignements généraux a lieu à son domicile le 9 décembre 1941 : elle est négative : « aucun objet ou document suspect » (note blanche des RG), mais il est indiqué « ses sympathies semblent toujours acquises aux doctrines révolutionnaires ». Son fils, René Camille écrit : « Par précaution, mon père ne nous a jamais mis au courant de ses activités pendant l’Occupation ».
Le 28 avril 1942, René Royer est arrêté comme otage par des policiers français, à son domicile, « pour activités communistes et distribution de tracts » (DAVCC). En fait, le 28 juin, les Allemands arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).
Selon Suzanne Deslandes, il y eut ce jour là 44 arrestations dans l’arrondissement. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 (René DeslandesJean Charles Hugues, Pierre Marin, Jean NicolaïGabriel Ponty, René Royer).

René Royer est transféré à Compiègne « un ou deux jours  » après et interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).

La direction des PTT au secrétaire d’Etat aux communicatiions, 7 août 1942

En application du décret du 9 avril 1940, la direction des PTT le suspend provisoirement
de ses fonctions à la date du 28 avril 1942, et diligente une nouvelle enquête de service en juillet 1942 auprès du receveur du 14ème et de plusieurs contrôleurs : tous soulignent que, « très bien noté », « sa manière de servir est exempte de critiques », « aucune remarque défavorable », « l’intéressé se montre dans le service absolument correct ». Le directeur régional conclut (7 août 1942) « l’intéressé ne s’est, au cours de son service, livré à aucune manifestation pouvant laisser croire que ses sympathies étaient toujours acquises aux doctrines révolutionnaires ».

De leur côté les RG ont – en juin 1942, cf image ci-dessus – noté que ses « convictions sont toujours acquises aux doctrines révolutionnaires… Toutefois, ion n’apprend pas qu’il se soit livré, depuis la dissolution du parti, à aucun acte de propagande tant à son domicile que dans son entourage à son lieu de travail (note blanche).

A la suite de ces enquêtes, la suspension de fonction sera annulée par décision du secrétaire général  des PTT et le traitement de René Royer maintenu le 4 novembre 1943 (décision n° 7760).
Mais depuis le camp de Compiègne, René Royer  a déjà été déporté à destination d’Auschwitz où il est décédé.

Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Royer est en effet déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

René Royer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46075». En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé après avoir comparé la photo d’immatriculation du déporté correspondant à ce numéro et sa photo en tenue de facteur.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 16 octobre 1998 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1999 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Caron. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Toutefois aucun témoignage des rescapés n’indique que René Royer soit mort trois jours après leur arrivée.
Il est homologué comme « Déporté politique », et déclaré « Mort pour la France ».

La famille de René Royer a déposé une demande d’homologation au titre de la Résistance intérieure française (service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 526688 R), comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance (Front national). Il n’y a d’homologation à l’une
des cinq catégories de Résistants (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL) sur la base de
données du SHD.

© Département AERI Droits réservés
Une plaque commémorative a été apposée au Centre de tri postal, 115 boulevard Brune
« A la mémoire de notre camarade René Royer, facteur. Déporté et disparu, victime de la barbarie nazie« .

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative à la Bourse du Travail de Paris, rue du Château d’Eau : «A la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le
nazisme pour la libération de la France
».

Le 25 avril 2005, son nom est cité avec celui de deux autres « 45000 » (Jean Hugues et René Deslandes) par le maire du 14ème arrondissement lors de la journée de la Déportation.

  • Note 1: 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.
    Sources
  • Secrétariat général de la mairie du 14° (26 janvier 1989) : communication des renseignements recueillis par M. René Cottard, président de la Société Historique et Archéologique du 14ème.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par l’un de ses enfants, René Camille Royer, le 15 février 1992.
  • Portrait de René Royer en facteur : photo recueillie en janvier 1973 par André Deslandes auprès de « Dédée Ponty », sœur de Gabriel Ponty.
    Communication en 2004.
  • Recherches d’André Deslandes sur les déportés du 14ème (photocopies du dossier de René Royer aux Archives nationales / dossier professionnel PTT). Janvier 2004. Il m’a fourni une dizaine de photocopies de documents concernant l’enquête administrative lancée après son arrestation et la suspension de son traitement.
  • « Notes blanches » des RG, Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Revue d’Histoire du 14èmearrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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