Matricule « 46.044 » à Auschwitz

Rémi Rémy : né en 1897 à Lens (Pas-de-Calais) ; domicilié à Paris 14ème ; chauffeur de taxi ; syndicaliste et présumé communiste ; arrêté le 21 juillet 1941 ; interné aux Tourrelles, puis au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 août 1942.

Rémi Rémy est né au domicile de ses parents, au 11 rue Coulomb, le 12 septembre 1897 à Lens (Pas-de-Calais). Au moment de son arrestation, il habite au  64, avenue de Châtillon à Paris (14ème).
Il est le fils de Séraphine Lethien, 30 ans, née en 1867, ménagère et de Victor Rémy, 33 ans, né en 1866, ouvrier mineur, son époux.
En 1919 il est mineur et réside à Le Mas Saint Agnais (Lot-et-Garonne).
Conscrit de la classe 1917, Rémi Rémy est exempté par la commission de réforme de Marmande pour une atrophie du pied. Son registre militaire nous apprend seulement qu’il mesure 1m 60, a les cheveux et les yeux châtain clair et le nez gros. Il passe son permis poids-lourds et de transport en commun.

« taxis » en manifestation vers la tour Eiffel, 1934

Devenu chauffeur de taxi, chez Fame, il participe en 1934 à la grève de 25.000 chauffeurs de taxis de Paris contre une nouvelle taxe votée par le Parlement.
Il vit maritalement en 1936, au 64, avenue de Châtillon, avec Marie Francès, née en 1892 dans le Lot et Garonne.
Rémi Rémy est syndicaliste (membre de la Chambre syndicale des cochers chauffeurs du département de la Seine).
Il est présumé communiste par les services de police.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation, Rémi Rémy distribue des tracts anti-allemands et sert d’agent de liaison selon sa fiche au DAVCC.

Etat des détenus communistes à la caserne des Tourrelles, montage avec le début de la liste

Rémi Rémy est arrêté le 21 juillet 1941 et emprisonné administrativement (1) au Centre de Séjour surveillé de la caserne des Tourelles (2). La profession qu’il indique alors est « terrassier », ce qui signifie qu’il a perdu son travail à la G7.

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 5 mai 1942. Il fait partie de la trentaine d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables » (2), qui sont extraits du Centre de séjour surveillé des Tourelles pour être conduits, avec 35 autres communistes, à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles extraits du camp ce jour-là et emmenés à Compiègne, seront tous déportés le 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Sa compagne effectue en vain des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (2) au DAVCC).

Depuis le camp de Compiègne, Rémi Rémy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Rémi Rémy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46044» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz (et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Rémi Rémy meurt à Auschwitz le 17 août 1942 à Auschwitz d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes sélections et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.

Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Rémi Rémy (orthographié Rémi Rémi) en reprenant la date de décès du 17 août 1942.

Déclaré « Mort pour la France », Rémi Rémy est homologué comme « Déporté politique ».

Une plaque, apposée à son ancien domicile a honoré sa mémoire (« Aux Résistants morts pour la France « ).

Son nom est inscrit au Cimetière communal de Levallois-Perret, à gauche du rond-point précédant le monument aux Morts. « La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine – En
hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République
« . Cette plaque commémorative installée sur un monument funéraire, a été fleurie chaque année de sa mandature par
Parfait Jans, ancien métallo inscrit sur la liste noire patronale et devenu chauffeur de taxi, député-maire communiste de Levallois.

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : « Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir) ». France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 – février 2010. « Ce Centre de séjour surveillé fonctionne dans l’ancienne caserne d’infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d’eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l’étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C’est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s’ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… » © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
  • Note 3 : « Indésirables » aux Tourelles (ancienne caserne Mortier) : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et quelques « droits communs ».
  • Note 4 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». 

Sources

  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG Val de Fontenay), aujourd’hui au fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignage d’André Deslandes.
  • Revue d’Histoire du 14èmearrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Archives du Pas-de-Calais.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • ©Photo de wagon à Auschwitz, Mémorial de Langeais.
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • Photo plaque in © commons.wikimedia.org
  • Photo du monument de Levallois,  Claude Richard.
  • Relevé cimetière de Levallois : Emilie et sa copine J.C. (élèves de 3e5 du Collège Jean Jaurès). 2003.
  • Registre matricule militaire © Archives en ligne du Pas-de-Calais.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.