Collection Alain Schaefer
Lucien Schaefer : né en 1913 à Paris 6ème ; domicilié  à Paris 14ème ; plombier, imprimeur ; présumé communiste ; arrêté le 17 janvier 1942 ; interné aux Tourrelles et au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 30 septembre 1942. 

Lucien Schaefer est né le 12 mars 1913 à Paris 6ème. Il habite au 46, rue Bénard à Paris (14ème) au moment de son arrestation. Lucien Schaefer est le fils de Clémence, Louise Escaffie, 23 ans, brocheuse.  Elle habite au 52, rue Volta à Paris 3ème. Il est légitimé par le mariage de sa mère avec François, Edouard Schaefer, le 7 août 1915.
A 17 ans, il habite dans les Cités jardins à Arcueil.
Il épouse Emilienne (Aemilia dite Mila) Kuschta, femme de ménage, le 17 décembre 1935 à Cachan. Le couple aura deux garçons (André, qui naît en 1936 et Alain le 21 octobre 1941).
Plombier de métier, Lucien Schaefer travaille comme imprimeur.
Connu des services de police, il semble avoir purgé plusieurs petites condamnations (la première à 17 ans pour un cambriolage à Montrouge avec deux autres « garnements » comme les qualifie « Le Petit journal » du 2 décembre 1930, qui se termine au bord de la mer à Bacqueville en Caux).
Selon la déposition de sa famille à la Libération, il était communiste.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Lucien Schaefer est arrêté le 17 janvier 1942 à Paris (« arrêté en tant que titulaire de nombreuses condamnations » (fiche au DAVCC). Il est interné à la caserne des Tourelles. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 5 mai 1942. Il fait partie de la trentaine d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables »(1)), qui sont extraits de Centre de séjour surveillé des Tourelles pour être conduits avec 35 autres communistes à la gare du Nord.
Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Ces « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
A Compiègne, Lucien Schaefer reçoit le matricule « 5178 », et il est affecté au bâtiment C1, chambre 8.

Carte du 4 juillet 1942, deux jours avant sa déportation

A Compiègne, il envoie plusieurs cartes à son épouse, selon le format et la censure réglementaires allemands. Son fils Alain en a conservé trois, datées du 22 mai, 12 juin et 4 juillet. Dans le peu de place laissé à l’écriture (7 lignes), son père y expose sa situation au camp « je suis prisonnier chez les allemands », explique qu’il peut envoyer « 2 cartes et  2 lettres » recevoir « 1 colis par mois, à manger surtout, pas de linge, surtout du pain et du tabac » et dit avec beaucoup de tendresse « je pense et je rêve de toi et d’Alain, vous êtes toute ma vie (…)». Dans sa carte du 12 juin, il demande « des grains Miraton (laxatifs), de l’amadou », « des photos, une mèche de cheveux d’Alain » (…) qu’il appelle son « petit ange », et « Dédé, tâche d’avoir des nouvelles ».

Carte du 4 juillet 1942

Sa dernière carte est datée du 4 juillet 1942. Elle annonce le départ des internés pour une destination inconnue  (la plupart d’entre eux pensent partir travailler en Allemagne).

« (…) Je vais partir, je ne sais pas où, peut-être pour travailler. Je n’ai pas touché un seul colis depuis celui que tu m’avais fait parvenir, qui était trop gros. Il est reparti. Je n’ai plus de
tabac, rien, rien. Quand tu auras ma nouvelle adresse, fais-moi un ou deux petits colis de 3 kg, pas plus, mais tout le tabac que tu auras et une photo (…) baisers à petit Alain
 ».

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Lucien Schaefer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 46114 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de
la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date,

Lucien Schaefer meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1071) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Evangelist » (Protestant).
Ce certificat porte comme cause du décès « Beiderseitige Lungenentzündung » (pneumonie bilatérale). Cette cause est vraisemblablement fictive : l’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le site : Des causes de décès fictives.
René Petitjean, de Clichy a certifié de sa mort dans cette période.
Un arrêté ministériel du 1er avril 1998 paru au Journal Officiel du 14 juillet 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Lucien Schaeffer. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès « mort en décembre 1942 à Auschwitz ».
Sa mère, Mme Provost, tient un café (le Café du Centre) à la Libération, selon sa fiche au DAVCC.

  • Note 1 : « Indésirables » aux Tourelles (ancienne caserne Mortier) : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et quelques « droits communs ».

Sources

  • Dossier « statut » des archives des ACVG (Val de Fontenay 1992).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau
    des archives des victimes des conflits contemporains. Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste Auch 1/7.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Mel de son fils, Alain Schaefer, qui communique une photo et trois carte lettres (avril 2014).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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