Matricule 46.320 à Auschwitz

William Chouraqui : né le 11 avril 1909 à Alger ; domicilié à Paris 8ème ; représentant de commerce ; arrêté comme otage Juif ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 31 juillet 1942.

William Elis Chouraqui est né le 11 avril 1909 à Alger au domicile de ses parents, 8 rue Montaigne. Il est le fils de Camille, Emma Aboucaya (1880-1960), 28 ans et de Moïse, Maurice Chouraqui, 33 ans, son époux (né en 1875), voyageur de commerce, son époux.
Ses parents se sont mariés le 26 mai 1908 à Alger. Il a un frère, Edgar, né en 1911 et une sœur, Colette, née en 1914.
Le 12 mai 1921, William Chouraqui est adopté par la Nation (jugement du Tribunal
d’Alger). Comme son père, il travaille dans le commerce, comme représentant. Sur sa fiche à Auschwitz, il est mentionné : handelsvertreter (agent commercial ou représentant de commerce).

Le 17 rue de Berne

William Chouraqui est célibataire et habite 17, rue de Berne à Paris 8ème à la date  de son arrestation (un appartement qu’il occupe après 1936, car il ne figure pas sur la liste des locataires recensés à cette date).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

Fichage des commerçants Juifs

Pendant l’Occupation, il est recensé comme Juif par les services de la Sûreté (en application de la circulaire de Vichy du 29 juillet 1941). On ignore sa date d’arrestation, mais peut-être est-il arrêté le 14 mai 1941, comme d’autres Juifs du convoi du 6 juillet 1942 (Israël Kupferman et Chaim Blumenfeld), faisant partie des milliers de Juifs de sexe masculin résidant à Paris convoqués par la police française pour être aussitôt arrêtés (rafle dite “du billet vert” de la couleur d leur convocation) et dirigés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande (tous deux dans le Loiret), et ensuite redirigés sur le camp Juif du camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Wiliam Chouraqui est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Willam Chouraqui est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46320» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

William Chouraqui meurt à Auschwitz le 31 juillet 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 882 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Lire dans le site : Liste des déportés Juifs du convoi . 

« Les victimes les plus menacées par [les] actions criminelles [des SS et des Kapos] sont en premier lieu les Juifs. Sur les 51 « 45 000 » morts au cours du premier mois (entre le 8 juillet et le 8 août), 21 étaient des Juifs. Le 18 août au matin, 40 jours après l’arrivée, 34 d’entre eux avaient perdu la vie (soit 68 % de leur nombre total) ; dans le même temps, 142 « 45 000 », appartenant aux autres catégories d’otages, avaient disparu, soit 13 % d’entre eux. La froide éloquence de ces statistiques est confirmée par les récits des «45000» rescapés ». (Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, pages 145-146).

 Fate : 1. 1942-07-31, Auschwitz, murdered . in Sterbebücher où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Mosaisch » (Juif). Il figure sur certaines listes polonaises d’Auschwitz sous le nom de Chorubuai ou de  Choruqai Villiam.
Son nom est inscrit sur le « Mur des noms » au Mémorial de la Shoah, dalle n° 18, colonne n° 6, rangée n° 3.

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre.
  • © Archives nationales d’Outre mer (Algérie).
  • ©  Circulaire de la Direction de la police aux préfets (29 juillet 1941).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Office for Information about Former Prisoners, registres des Blocks.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Montage photo Birkenau et étoile jaune © Pierre Cardon.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.