Félix Pommier : né en 1903 à Paris 17ème ; à Paris 18ème ;  comptable ; communiste ;  arrêté le 28 juin 1941 ; interné à Compiègne, libéré ; arrêté le 28 avril 1942 comme otage ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 21 août 1942.

Félix Pommier est né le 12 décembre 1903 à Paris (17ème). Il habite au 35? rue Marc-Séguin à Paris (18ème) au moment de son arrestation. Il est le fils de Françoise Germain, 34 ans, ménagère et de Amable Pommier, 35 ans, cuisinier. Il est le fils de Françoise Germain, 34 ans, ménagère et de Amable Pommier, 35 ans, cuisinier. Ses parents, tous deux nés dans le Puy-de-Dôme, habitent au 87? rue Cardinet Paris 18ème). Il a un frère cadet, Jean, né en 1907, qui sera dessinateur.
La famille Pommier vient habiter au 35, rue Marc Seguin en 1911 dans le 18ème.
Félix Pommier travaille comme aide-comptable jusqu’à son service militaire. Conscrit de la classe 1923, il effectue un service de 18 mois. Incorporé en novembre 1923 au 1er régiment d’aérostation, puis au 2ème, il en est libéré en avril 1925. En 1926, Félix Pommier est employé comme comptable à la Banque ouvrière et paysanne (située au 106? rue Lafayette, voisine du 120, immeuble du Comité central du Parti communiste), qui est la banque du journal l’Humanité.
Il est adhérent à la Chambre syndicale des comptables et teneurs de livres de la Seine, affiliée à la CGTU.
Il est adhérent au Parti communiste, 8ème rayon de la région parisienne (18ème et 9ème arrondissements).
Le 21 avril 1928, à Paris 17ème Felix Pommier épouse Lucie Piron (née le 22 novembre 1906 dans l’arrondissement). Elle travaille comme secrétaire chez Nathan. Les jeunes époux vont habiter, seuls, dans l’ancien appartement familial du 35, rue Marc Seguin, au moins jusqu’en 1936.
Mais la Banque ouvrière et paysanne est mise en liquidation le 13 août 1929 à la suite de difficultés financières conjuguées aux lourdes amendes que le journal doit payer et à la véritable guerre contre la presse communiste que mène le ministre de l’intérieur Tardieu (Cf l’article  de Pierre Milza sur les difficultés financières du journal l’Humanité, de 1920 à 1939, in Revue d’Histoire Moderne et contemporaine, 1973).
Félix Pommier travaille alors brièvement comme comptable au siège du Parti communiste au 120, rue Lafayette.
Selon les fichiers des Renseignements généraux, Félix Pommier effectue de nombreux voyages en Allemagne, mandaté par le Parti communiste, entre les années 1930 et 1931. On peut penser que ces voyages sont à rapprocher de l’annonce, publiée par l’Humanité, des collectes effectuées auprès des organisations communistes en Allemagne (collecte de 20 rayons de Berlin pour l’Humanité : 27. 000 F, Ouvriers imprimeurs de Berlin : 3000 F, Parti communiste Allemand, 30.000 F / in article  de Pierre Milza cité plus haut).

En 1931, Félix Pommier a retrouvé du travail comme comptable à La Bellevilloise, 23, rue Boyer. Troisième société coopérative ouvrière parisienne, elle est l’auteure de la formule « du producteur au consommateur ». On y tient épicerie militante, théâtre, réunions politiques : Jean Jaurès y tint des réunions publiques.
Le 16 octobre 1934, naît Colette, la fille du couple Pommier, à Paris 12ème.
Malheureusement, la coopérative La Bellevilloise fait faillite en 1936. Félix Pommier doit à nouveau retrouver du travail. En 1936 et il est embauché dans une biscuiterie du 18ème, où il est chef-comptable (recensement).

« Le 28 mars 1938, Félix Pommier déclare auprès du tribunal de première instance de la Seine son intention de publier le journal Deutsches Volks Echo (L’Écho allemand), fabriqué à l’Imprimerie Centrale, sise au 19, rue du Croissant (1). Par ailleurs, il est dépositaire du Deutschland Information, périodique du comité central du Parti communiste allemand, alors imprimé à Anvers. Il reçoit aussi à son domicile de nombreuses brochures éditées par les éditions Antifaschistische Literatur Verlag, qu’il réexpédie par courrier. Selon la police, il est chargé d’assurer la liaison entre les militants communistes allemands à l’étranger et le comité central du Parti communiste allemand dont le siège est situé à Bâle (Suisse). Le 2 décembre suivant, il déclare la publication des mensuels Die Internationale et Deutschland Information des Zentralkomitee der KPD, devant être imprimés chez Lantos frères, rue du Faubourg-Saint-Denis. En janvier 1939, Félix Pommier est secrétaire au siège du Parti communiste, alors rue de Châteaudun. Puis il trouve un emploi de bureau à la maison d’édition Dutilleul, rue d’Alsace. Selon la police, il a des relation très étroites avec Émile Dutilleul, député communiste de la 5e circonscription de Saint-Denis (Asnières, Gennevilliers…), trésorier du groupe parlementaire. Le 27 août 1939, Félix Pommier est mobilisé comme comptable, rattaché au bataillon de l’Air n° 131 à Caen (Calvados). Le 12 septembre, il est affecté au bataillon de l’Air 41.104, près de Douai (Nord). Au cours d’une permission, les Renseignements généraux remarquent que Pommier ne fait aucune allusion aux questions politiques lors de ses conversations ; information transmise aux autorités militaires qui ont demandé une enquête à son sujet. Le 22 novembre, le commissaire de police du quartier de La Chapelle effectue une perquisition à son domicile au cours de laquelle sont saisis de nombreux documents relatifs à son (ancienne) activité l’objet d’un nouveau rapport de police. Le 23 mars 1940, il est affecté à la compagnie d’aménagement de terrain 11/201, base aérienne de Toggourt (Touggourt-Biskra), sous l’administration du bataillon de l’Air n° 201 à Blida (Algérie) (…) Le 28 mars, Félix Pommier est “mis en route” au port de Marseille. Il est démobilisé le 6 septembre 1940. Du 23 janvier au 31 mars 1941, il trouve un emploi au Centre de ravitaillement général de la Seine, sis au 112, rue de Flandre ». In site « Mémoire vive », notice de Félix Pommier.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation, Félix Pommier est arrêté comme communiste le 28 juin 1941 à la demande du commissaire de police de son quartier, qui le soupçonne de se livrer à la propagande communiste clandestine. Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les
milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»).

D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare
du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en
France sous contrôle direct de l’armée allemande. Vers la fin juillet, les militants communistes internés dans le cadre d’Aktion Theoderik  sont interrogés sur leurs antécédents politiques par une commission allemande.
Le 14 août 1941 plusieurs dizaines d’entre eux sont libérés. Félix Pommier fait partie des 45 « internés
politiques, libérés du camp de Compiègne (…) auxquels des bons de transports et des tickets d’alimentation ont été délivrés
».
Félix Pommier est arrêté à nouveau le 28 avril 1942, comme otage, dans le cadre d’une rafle concernant tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.
Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122). Felix Pommier est donc interné à nouveau au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Son épouse effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (2) au DAVCC).

Depuis le camp de Compiègne, Félix Pommier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 46000 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Félix Pommier meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 995 et le site interne t© Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 3 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1988, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Faure. Mais il comporte une date imprécise : « décédé en août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait
souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible
depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le sit l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Félix Pommier a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».

  • Note 1 : « L’Imprimerie centrale », ancienne imprimerie Paul Dupont, qui imprima pour « l’Aurore » la fameuse lettre d’Emile Zola au Président de la République, « J’accuse », avait son siège au 19, rue du Croissant. Elle était située juste en face du café où fut assassiné Jean Jaurès, le « café du Croissant », le 31 juillet 1914. Elle porta également le nom d’Imprimerie centrale du Croissant ». Après la Libération, elle fut attribuée, en 1946, au Parti communiste dans le cadre de la « dévolution des biens de presse » appartenant à des titres ayant collaboré avec l’occupant. Au n° 20, de la rue, se trouvaient les locaux des rotatives, qui imprimèrent à la Libération « Paris-Sports » et d’autres titres, dont la « Gazetta Polska », journal qui reparut après-guerre. Mon père, ouvrier rotativiste, en fut un des administrateurs ouvriers jusqu’en 1954. L’imprimerie a disparu de nos jours (Pierre Cardon).
  • Note 2 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.

Sources

  • Acte de décès.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1992 par André Montagne, Fernand Devaux).
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG).
  • Archives nationales, Monique Leblois-Péchon, chargée d’études documentaires à la section du XXe siècle : Camp de Royallieu à Compiègne : listes d’internés, registres matriculaires des internés (registres reconstitués fin 1944 par le ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés).
  • Archives en ligne de Paris, état civil, recensement, élections.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Préfecture de Police de Paris, archives.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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