Claude Chassepot

Claude Chassepot : né en 1903 à Saint-Vallier (Saône-et-Loire) où il habite ; mineur ; communiste ; arrêté le 22 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 21 septembre 1942. 

Claude Chassepot est né le 11 juillet 1903 à Saint-Vallier (Saône-et-Loire). Il habite rue du Vernois à Saint-Vallier (Saône-et-Loire) au moment de son arrestation.

La mine de Montceau. Dessin de Compiègne

Il est le fils de Jeanne Langrost, 28 ans, sans profession, née à La Guiche le 12 avril 1870 et de Philibert Chassepot, 37 ans, manœuvre-mineur, son époux. Ses parents habitent alors place Pajeot. Il a onze sœurs et frères : Antoine, né en 1896, Jean, né en 1898, Jean-Marie, né en 1899, Jeanne en 1902, Claude-Marie et Pierre, nés en 1903, Joseph, né en 1906, Berthe, née en 1908, Claude, né en 1912, Louis, né en 1913, Joanny, né en 1914, Mathilde, née en 1917. Plusieurs de ses frères sont manœuvres ou mineurs. Lui-même est manœuvre chez Guilleminot en 1931, puis il sera mineur.

La mine de Montceau dessinée par Claude Chassepot à Compiègne

La famille habite au 16, rue du Vernois en 1921, puis déménage au 3, de la même rue en 1931. Claude Chassepot effectue son service militaire au Maroc, où il souffrira de dysenterie et de paludisme. Il est célibataire et habite chez sa mère, veuve, au moment de son arrestation. 

© DAVCC / Service historique de la Défense, Caen

Il est mineur au Puits des Alouettes de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Il gagne 1600 F. par mois. Son frère cadet, Claude, également mineur touche 2000 F (Jeanne Chassepot, effectue une demande d’aide en 1942 à la suite de l’internement administratif de son fils).
Claude Chassepot est membre du Parti communiste, syndicaliste CGT.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Après l’armistice du 22 juin 1940, la Saône-et-Loire est coupée en deux par la ligne de démarcation et fait passer sous contrôle allemand toute la partie industrielle du département. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Très tôt l’hostilité au gouvernement de Pétain et à l’occupant s’y manifeste par des distributions de tracts, graffitis, sabotages. De lourdes amendes sont appliquées aux villes où ces actes sont constatés.
La grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, en mai 41 (1), puis en Saône-et-Loire le « mouvement d’humeur » des mineurs de Blanzy du 29 novembre (pénurie de pain, de vin et de beurre, amenuisement de la force physique) et pour le mêmes raison les grèves perlées des 12, 13, 14 décembre aux puits des Allouettes (où travaille Claude Chassepot), Bois-du-Verne et Plichon à Montceau-les-Mines inquiète les autorités allemandes dans cette région minière, d’autant plus que des tracts du PC clandestin soutiennent les actions. Une quinzaine de mineurs signalés comme communistes sont arrêtés par la police française : les autorités allemandes ne sont pas intervenues (2).
Claude Chassepot est arrêté le 22 juin 1941, à la Coopérative des Mineurs de Saint Vallier, par 2 policiers allemands et un inspecteur français (qui ont d’abord arrêté son frère cadet qui porte le même prénom que lui). Sa maison est perquisitionnée (recherche de tracts), et son frère Claude est un moment arrêté. A cette date, 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes (sous le nom « d’Aktion Theoderich »).
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Dijon et Chalon pour la Saône-et-Loire), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour-là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Paul Girard (de Montchanin), Alphonse Mérot (de Chalon-sur-Saône),
Charles Renaud (de Montceau) sont arrêtés le même jour.
Claude Chassepot est détenu dans les prisons de Chalon-sur-Saône et de Dijon.

Dessin du camp de Compiègne, in cahier de Claude Chassepot

Lire dans le site le Journal de Claude Chassepot, récit de son arrestation, son internement dans les prisons de Chalon et Dijon, son internement au camp allemand de Compiègne.

Avec ces mêmes camarades, il est amené à Paris par le train, puis à la Gare du Nord par le Métro. Dans le wagon qui les emmène vers Compiègne les gardiens s’endorment : « Nous aurions pu nous évader – écrit-il – mais pour aller où ? »

Il est interné à Royallieu (3) le 19 juillet 1941 sous le matricule « 1337 » (chambre 8, Bâtiment A5).  Son nom figure dans la liste des versements à la caisse de solidarité (document Charles Renaud), notamment en faveur d’un de ses camarades de Haute-Saône, Auguste Baveux, veuf et sans colis.

Claude Chassepot a fait le récit de son arrestation et de la vie à Compiègne dans son journal : les éléments qui suivent en sont extraits.
Il étudie l’italien (avec un groupe de détenus italiens antifascistes), l’espéranto, la sténo, et participe à toutes les activités culturelles.

Carnet de Claude Chassepot, p 13.

Il note : « bientôt je connaîtrai mieux la grammaire italienne que la française« . Dans le couloir du Bâtiment, une affiche. « Nous sommes considérés comme des otages. Il y aura des fusillés parmi nous« . Chacun doit en avertir sa famille : « Je m’en donnerai bien garde. Ma mère en serait affolée… ». Il passe devant la Commission « On me demande pourquoi j’étais communiste« .

Une des 37 pages de son cahier à Compiègne

Le 19 septembre 1941 il écrit : « des soldats sont venus chercher 3 camarades :Pitard, Hajje et Rolnikas » (4). Ce sont 3 avocats communistes de la région parisienne qui seront fusillés le 20 septembre au Mont-Valérien.
Ils sont alors cinq de Saône-et-Loire : mais 10 nouveaux otages sont emmenés le 8 décembre 1941, et parmi eux, Jean Marie Damichel, instituteur, secrétaire départemental du Parti communiste de Saône-et- Loire, qui est comme lui dans la chambre 8 (lire sa notice biographique dans le Maitron par Claude Pennetier: https://maitron.fr/spip.php?article21343). Il sera fusillé en même temps que 94 otages dont Gabriel Péri le 15 décembre 1941.
Pour Noël : grande exposition de travaux : le produit alimentera la Caisse de Solidarité. Les effectifs ont augmenté : « un millier de Juifs sont mis à part, gardés militairement. Une centaine d’internés, venant d’autres camps, sont mis au secret. » Le cahier s’achève le 15 février 1942.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Claude Chassepot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Claude Chassepot est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45358 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (5) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Claude Chassepot meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942, selon les registres du camp (in Death Books from Auschwitz Sterbebücher von Auschwitz (registre des morts) », tome 2 page 165). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré « Mort pour la France ». Et la mention « Mort en déportation » est apposée sur son acte de décès le 12.6.1989.
Son nom est gravé sur le monument aux Morts de Saint-Vallier.Une plaque commémorative est apposée dans l’église du bourg.

  • Note 1 : Le 27 mai à la fosse n° 7 – 7 bis de la de la Compagnie des mines de Dourges, s’étend en cinq jours à l’ensemble du bassin minier. Les mineurs, encadrés par des militants communistes, entament une grève pour protester contre la dégradation de leurs conditions de vie et de travail, revendications auxquelles se mêlent des sentiments patriotiques et anti allemands. Elle
    est violemment et rapidement réprimée. Connu comme l’un des premiers actes de résistance collective à l’occupation nazie en France, le bilan se solde par plus d’une centaine d’arrestations, des exécutions et la déportation de 270 personnes. Les autorités allemandes donnent finalement en partie gain de cause aux mineurs en leur accordant des suppléments alimentaires et des vêtements de travail.
  • Note 2 : résumé succinct des pages 438 à 440 sur les mineurs in « l’Occupation et la Résistance en Saône et Loire » d’André Jeannet et Marie-Hélène Velu. Imp. Gatheron, Pont-de-Veyle 1991.
  • Note 3 : Sur l’internement à Compiègne, lire les pages 90 à 103 de « Triangles rouges à Auschwitz ».
  • Note 4 : Le 19 septembre 1941 à 20 heures, trois soldats allemands viennent chercher Michel Rolnikas, Antoine Hajje et Georges Pitard. Les trois avocats communistes seront fusillés le lendemain au Mont Valérien avec 12 autres résistants dont 7 militants
    communistes. Les internés de Compiègne apprennent la nouvelle par les journaux, le lundi 22 septembre. (« Triangles rouges à Auschwitz », pages 95/96). 
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Indications données par Raymond Renaud, le fils de Charles Renaud (1988).
  • La mairie de Saint Vallier (1990) nous a fourni l’acte de naissance avec mention marginale et donné l’adresse de sa sœur. Madame Dol rencontrée le 16 septembre 1991, m’a communiqué les cahiers de son frère, remis à la famille « par un prêtre dijonnais » peu après la Libération. Ces carnets qui contiennent des dessins. Madame Dol, qui demeure la dernière de sa famille décide de confier ce précieux dépôt au Musée national de la Résistance (Champigny), soit un journal relatant quasi au jour le jour son arrestation, ses différents internements, et la vie à Royallieu, des cahiers d’étude : italien, espéranto, sténo. Des travaux corrigés (dictées, exercices).
  • Recherche effectuées par M. Terrenoire dans le bassin minier.
  • Recherches de Mme Marguerite Krivopissko, née Cardon, ancienne résistante et responsable politique du PCF en Saône-et-Loire avant de devenir Conseillère générale et Conseillère régionale dans le Val d’Oise. Cousine de mon mari et mère de Guy Krivopissko, ancien conservateur du Musée de la résistance
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (1991). « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948 », établie à partir des
    déclarations de décès du camp d’Auschwitz (N° 32163 et 67).

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en avril 2006, réinstallée en 2014, complétée en 2018 et  2021 ; Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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