Matricule « 45.511 » à Auschwitz

Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Georges Dupressoir : né en 1893 à Reuilly (Indre) ; domicilié à Paris 12ème ; arrêté le 10 mai 1941 pour détention d’arme ; interné au camp de Compiègne ;  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 octobre 1942.

Georges Dupressoir est né le 17 juillet 1893 à Reuilly (Indre). Il habite au 4, rue d’Aligre à Paris (12ème) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Elizabeth, Juliette Luinet, 25 ans, couturière et de Jean-Baptiste Théophile Dupressoir (mariés en 1896 à Ivry). Il fait partie d’une fratrie de quatre frères et sœurs (par M. Georges Chaumot nous connaissons les prénoms de ses deux sœurs Léonie et Jeanne).
Son registre militaire (matricule n° 4511 du 3ème bureau de la Seine) nous apprend qu’il mesure 1m 65, a les cheveux et les yeux noirs, le front ordinaire, le nez moyen et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il est orphelin de mère.
Il est indiqué comme étant sans profession (il a été envoyé à la colonie correctionnelle de Gaillon, ouverte en 1908 où l’éducation professionnelle est censée primer sur le «redressement»…). Il sera, après guerre « voyageur », puis chauffeur d’autos. Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il habite 49, rue Pernety, puis au 14 rue de Vanves à Paris 14ème. Mobilisé, il est déclaré bon pour le service après avoir été réformé en 1914 pour sclérose pulmonaire. Il est incorporé au 59ème Régiment d’artillerie et est envoyé « aux armées » (sur le front) du 4 janvier 1915 au 28 décembre 1915 et du 11 février 1916 au 1 septembre 1919.
Son registre matricule militaire porte mention de sept peines de prison pour désertion, vol ou tentative de vol, infraction à l’interdiction de séjour (dans le département de la Seine) de 1915 à 1932.
Le 17 février 1923, il épouse Germaine Sado, à Paris 14èmeEn 1926, il habite au 2, rue d’Aligre à Paris 12ème.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

 Georges Dupressoir est arrêté le 10 mai 1941 par la police française, pour détention d’arme. Vraisemblablement écroué à la Santé en attente de jugement. Le 5 mai 1942 Georges Dupressoir est extrait du Dépôt de la Préfecture avec treize autres « internés administratifs de la police judiciaire », classés comme « indésirables » (1), pour être conduit, avec 37 militants communistes, à la gare du Nord.
Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Georges Dupressoir est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Georges Dupressoir immatriculé le 8 juillet 1942

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est désormais connu.
Il s’agit du matricule n° 45.511.

Georges Dupressoir porte bien le matricule « 45511 ».

Le numéro « 45511? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules.
Or, lors de l’immatriculation, une erreur de manipulation a entraîné une confusion. Deux visages différents portaient ce numéro « 45511 » correspondant à Georges Dupressoir et à Marcel Dupuy…  et Marcel Dupuy portait deux matricules différents, le 45551 et le 4512. La reconnaissance du visage de Marcel Dupuy par comparaison avec une photo en civil permet désormais de lever la confusion. L’erreur concernait Marcel Dupuy, matricule 45512.

Georges Dupressoir meurt à Auschwitz le 18 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from
Auschwitz
Tome 2 page 246 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux
de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Sa fiche au DAVCC porte la mention « Déporté de droit commun ». Sa femme et ses sœurs n’ont jamais su quel avait été son destin après son arrestation.

  • Note 1 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « droits communs ». La plupart des « droits communs » déportés dans le convoi du 6 juillet sont apparentés par leur famille ou proches des milieux communistes.

Sources

  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1982).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • ©Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de M. Georges Chaumot, neveu de Georges Dupressoir (février 2014).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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