Matricule « 46.291 » à Auschwitz

Israël Kupferman © Laurent Kupferman
Israël Kupferman : né en 1904 à Tarnow (Pologne) ; domicilié à Paris 5ème ; ingénieur ; ancien des Brigades internationales ; arrêté comme Juif le 14 mai 1941 ; interné à Pithiviers, puis Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 août 1942.

Israël Kupferman né le 25 mai 1904 à Tarnow(Pologne) arrive en France le 14 novembre 1930. Il est domicilié au 36, rue Monge à Paris 5ème au moment de son arrestation..

Israël et Frania Kupferman

Vers 1933, il épouse Frania Rothblum-Propper (1), née le 1er juin 1905 à
Cracovie (Pologne). De leur union naît un fils, Alfred, dit Fred, le 25 janvier 1934 à Paris (2).
Israël Kupferman travaille comme ingénieur des Travaux publics.
Pendant la guerre d’Espagne, il rejoint les rangs des Brigades internationales pour soutenir la République espagnole en lutte contre la rébellion du général Franco. Il est engagé au sein de la Brigade Jaroslaw Dombrowski (du nom du révolutionnaire polonais, commandant de la place de Paris pendant la Commune) : les volontaires juifs polonais qui furent avec les volontaires italiens les premiers à combattre à Irun le 28 août 1936, furent également les derniers à quitter l’Espagne. Liste des « 45000 » ayant combattu pour l’Espagne Républicaine (1936-1938)

Le couple habite au 36, rue Monge à Paris 5ème quartier Saint Victor (3), sans doutte après le retour d’Israël Kupferman d’Espagne (ne figurent pas au recensement de 1936 à cette adresse).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

« Le couple Kupferman est actif dans un réseau de Résistance aux côtés de Simone Chaye, Sacha Segal (physicien enseignant au Collège de France) et son épouse Tedy Segal (œnologue). Le responsable de leur groupe pour l’ouest de Paris est Laborde. Après la guerre, les Segal partiront en République Démocratique Allemande, témoignant ainsi de leur engagement communiste » ( in AJPN).

Le billet vert
La Camp de Pithiviers

Le 14 mai 1941, Israël Kupferman fait partie des milliers de Juifs étrangers de sexe masculin résidant à Paris convoqués par la police française pour être aussitôt arrêtés (rafle dite “du billet vert”) (3) et dirigés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande (tous deux dans le Loiret).
Israël Kupferman est interné au camp de Pithiviers.
Le 6 juin 1942, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne  (Frontstalag 122) afin d’être déporté en tant qu’otage juif dans le convoi du 6 juillet 1942.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Laurent Kupferman est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Israël Kupferman est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46291».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.  La quasi totalité des déportés Juifs du convoi a été maintenue à Birkenau, où ils ont été rapidement été presque tous assassinés.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Israël Kupferman meurt à Auschwitz le 4 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 672) et le site internet©Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Mosaisch » (Israelite). Un arrêté ministériel du 18 mars 1995, paru au Journal Officiel du 26 avril 1995, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.
Israël Kupferman est homologué comme “Déporté politique”.
Son nom est inscrit sur le « Mar des noms » au Mémorial de la Shoah à Paris : dalle n° 61, colonne n° 21, rangée n° 1.

Après l’arrestation de son mari, Frania Kupferman (1) est active dans la Résistance, sous le pseudonyme de Claude François. Pendant cette période, son fils, Fred, vit caché dans une école catholique de Montmorency dirigée par Mlle Massard, qui héberge d’autres enfants juifs.

  • Note 1 : Frania Kupferman s’est remariée avec le chef d’Orchestre Léopold Unger et publie sous le nom de Claude François-Unger, L’Adolescent inadapté aux Presses-universitaires de France dans lequel elle témoigne de son expérience pédagogique au « Renouveau » où elle met en pratique les principes pédagogiques d’Henri Wallon et Janusz Korczak. Dès 1945, en effet, elle devient la directrice de la Maison du Renouveau, à Montmorency, qui accueille des enfants juifs victimes de la guerre. Ecrivaine et pédagogue hors du commun, elle fait de son établissement éducatif, devenu un centre d’éducation pour adolescents inadaptés, une petite république d’enfants dans une démarche similaire à celle de Janusz Korczak, qu’elle défend avec passion à la fin de sa vie. Membre du Bureau national du Groupe français d’éducation nouvelle, elle décède en 1992. Elle est enterrée à Montmorency, dont elle a été nommée Citoyenne d’honneur.
  • Note 2 : Fred Kupferman, historien, enseignant à la Sorbonne et à Sciences Po,  est l’auteur de plusieurs livres et articles. Il passe des années à écrire une biographie de Pierre Laval, un homme « qui ne l’aimait pas » (en tant qu’enfant juif). Cet ouvrage de référence, dépassionné, paraît en 1987, un an avant le décès de son auteur à cinquante-quatre ans. Sur son lit de mort, l’historien exprime encore le regret de ne pas connaître avec précision (lieux et dates) le destin de son père, Israël Kupferman. Son Pierre Laval est réédité aux éditions Tallandier en 2006. Il a également publié : Le complot du télégraphe, avec Sigrid Kupferman, son épouse, Hachette. Au pays des Soviets, le voyage français en Union soviétique, 1917-1939, Gallimard-Julliard, 1979. Les premiers beaux jours, 1944-1946, Calmann-Lévy, Questions d’actualité, Paris, 1985. La nuit des dragons, avec Sigrid Kupferman, et Yves Beaujard (illustration), éditions Hachette Jeunesse, 2002. Mata Hari : songes et mensonges, Editions Complexe, 2005. Le
    procès de Vichy : Pucheu, Pétain, Laval (1944-1945), Editions Complexe, 2006. Voyage au pays des soviets et Les premiers beaux jours seront republiés en 2007 aux éditions Tallandier terminant ainsi la réédition complète de ses œuvres.
  • Note 3 : cette adresse figure sur son certificat de décès rédigé au camp d’Auschwitz. Le certificat concernant son mari, établi par le Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre est adressé à sa veuve après-guerre, au 5 rue Jean Sicard à Paris 15ème .
  • Note 4 : « Le 14 mai 1941, les Juifs étrangers sont convoqués individuellement, pour un «examen de situation », dans cinq centres : caserne de Napoléon, caserne des Minimes, rue Edouard-Pailleron, rue de la Grange aux Belles, gymnase Japy. La lettre de convocation précise que chacun doit se présenter en personne, accompagné d’un membre de sa famille. « La personne qui ne se présenterait pas aux jours et heures fixés, s’exposerait aux sanctions les plus sévères ». Ceux qui se présentent ne sont pas libérés. L’accompagnateur est chargé de rapporter une valise et un minimum d’effets personnels. 3 710 hommes (2140 selon une autre source) sont ainsi arrêtés et internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, anciens camps de prisonniers de guerre. Parmi eux se trouvent 3 430 Juifs polonais, 123 Juifs apatrides et 157 Juifs tchèques ».
  • Laurent Kupferman, son petit-fils (témoignage, documents – septembre-octobre 2006).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
    Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
    Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des
    détenus immatriculés).
  • © Photo « le billet vert » David Diamand, Ed. Renouveau
  • © Photo du camp de Pithiviers, FNDIRP.
  • ©Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur
    Auschwitz »,
    ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz
    (1946).

Notice biographique mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

2 Commentaires

  1. laurent kupferman a ajouté un nouveau commentaire sur votre message "A propos de l'auteur du blog" :

    Chère Madame,
    je vous remercie pour l'immense travail que vous êtes en train d'accomplir . C'est un chantier immense et un bel hommage aux morts. Mon père , l'historien Fred Kupferman , aurait été extrëmement intéressé et touché par votre travail . A sa mort en effet il ignorait encore où et quand son père Israel Kupferman avait été déporté et quand il était décédé.

    Dans le précédent site , il y avait notice biographique , ainsi qu'une photo de mon grand-père. Pourriez vous me dire ce qu'elles sont devenue s?
    Vous comprendrez je l'espère, combien il est important pour notre famille , que cette présence que vous rendez possible grâce à votre travail , perdure et que son image et la trace de ses engagements ne soient pas perdus.

    Croyez, Madame, en ma très respectueuse considération,

    Laurent Kupferman

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