Georges Malbec © Familles Betrancourt et et Alquier

Matricule« 45.819 » à Auschwitz

Georges Malbec né en 1899 à Paris 20ème. ; domicilié  à Paris 15ème ; cultivateur, pâtissier , cantonnier à la ville de Paris ; communiste ; arrêté le 19 juillet 1941 ; relaxé ; arrêté comme otage  le 28 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 17 août 1942

Georges Malbec est né le 31 décembre 1899 à Paris (20ème). Il habite à la Cité HBM dite « la cité des 4 » (1) au 15, rue des Quatre frères Peignot (15ème) au moment de son arrestation. Il est le fils de Françoise
Chavinier, 33 ans et de Jean Marie Malbec, 46 ans, son époux. Ses parents sont marchands de parapluies, domiciliés au 91, rue du Pressoir (20ème). Il a 6 sœurs et frères : Antoinette (née en 1888), Maria (née en 1890), Antonin (né en 1891), Antoine (né en 1893), Jean (né en 1898) et Marcel né en 1905.

La « cité des 4 » à Paris 15ème

Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Riom-es-Montagne (Cantal) au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 64, a les cheveux châtains, les yeux gris, le front moyen, le nez droit et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il indique la profession de cultivateur, puis de pâtissier (1921). Il sera cantonnier à la Ville de Paris (il indique « paveur » à Auschwitz).
Conscrit de la classe 1919, il est incorporé en 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe en raison de
la guerre. Le 16 avril 1918 il est incorporé au 86ème Régiment d’Infanterie où il arrive le 17. Après l’instruction militaire, il « passe » au 16ème RI le 23 juillet 1918. Après l’armistice, il «repasse » au 86ème  le 9 février 1919, puis au 3ème Régiment de chasseurs à cheval le 6 août 1919. Il est maintenu au corps par mesure disciplinaire. Rayé des contrôles le 18 mai 1921, il est maintenu au corps en application de la Loi du 21 mars 1905 et réaffecté au 3ème Régiment de chasseurs le 20 mai
en raison de l’occupation de la Ruhr (2).

Georges Malbec © famille

Il participe à l’occupation des pays Rhénans du 20 mai 1921 au 30 juin. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 juin
1921, « certificat de bonne conduite refusé ». En 1924, il habite au 101,  rue Leblanc à Paris 15ème, arrondissement qu’il ne va plus quitter jusqu’à son arrestation. En mars 1928, il a déménagé au 95, rue de Lourmel à Paris 15ème.

Georges Malbec épouse Lydie, Louise Lièvre le 8 septembre 1928 à la mairie du 15ème arrondissement. Agée de 25 ans,  elle est journalière, née le 5 septembre 1903 à Saint-Germain le Prinçay (Vendée). les deux conjoints sont domiciliés à la même adresse, au 71, rue Saint Charles à Paris 15ème. Le couple a deux enfants : Suzanne, née en 1922 et Roger, né en 1929.

Suzanne et son frère Georges et Lydie Malbec son épouse © Familles Betrancourt et Alquier

Ils emménagent le même mois de septembre 1928 au 20, rue Ginoux.
En mai 1935 ils déménagent au 1,2 rue de la Rosière. Le 2 octobre1935, ils obtiennent un logement aux HBM du 15, rue des Quatre frères Peignot (1). On notera que dans cet ensemble HBM habite également le jeune Lucien Preuilly, qui sera arrêté dès mai 1940.

Georges Malbec est rattaché en 1936 à la classe de mobilisation « 1915 » comme « père de famille de deux enfants vivants ». Georges Malbec est cantonnier titulaire de la ville de Paris « au salaire mensuel moyen de 1450 francs ».
Il milite au Parti communiste avec Joseph Di Fusco (3) et son épouse, également employés municipaux à la Ville de Paris.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pv d’interrogatoire du 19 juillet 1941

Georges Malbec est arrêté une première fois le 19 juillet 1941 par la police française pour avoir collecté de l’argent (il a recueilli la somme de 25 francs) en faveur des épouses de deux de ses camarades de travail (T. et C.) détenus pour propagande communiste et d’être en relation avec un militant communiste repéré par la police.
Une note blanche de la Préfecture de police du 25 juillet 1955 le relate « pour avoir collecté de l’argent en faveur des épouses de deux de ses camarades de travail détenus pour propagande communiste et pour avoir été en relation le nommé Billot chargé de la diffusion des mots d’ordre de la IIIème internationale » .
Lors de son interrogatoire au commissariat, il nie avoir jamais été inscrit au Parti communiste (c’est la consigne que donne le Pc clandestin), mais
reconnaît avoir quelquefois participé à des réunions de ce parti lorsqu’il
était autorisé « à titre documentaire ».
Il explique « madame T. m’avait dit il y a quelques jours qu’elle était sans secours. J’ai recueilli la somme de 25 francs».

Décision du commissaire de police.

Le commissaire de police écrit « Attendu qu’il n’a été trouvé en possession d’aucun tract et qu’il ne s’est occupé que de la collecte en faveur des épouses de deux camarades, emprisonnés pour propagande communiste, disons qu’il peut être inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Le laissons libre aux charges d’usage et attendu qu’il est domicilié et offre les garanties de présentation en justice » c’est-à-dire sous la condition de se présenter à toute convocation.

Georges Malbec est de nouveau arrêté le 28 avril 1942, comme otage communiste. Il s’agit d’une rafle concernant tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).
Georges Malbec est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Georges Malbec est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Georges Malbec est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45819» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Il se déclare Pflasterer (paveur), note d’André Montagne.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Georges Malbec meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 766 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Son certificat de décès d’Auschwitz porte la mention « Fleckfieber » (typhus) comme cause de décès. Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » pour la chambre à gaz et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 9 août 1994, paru au Journal Officiel du 29 septembre 1994, porte apposition de la mention «Mort en
déportation
» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte la mention inexacte « décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Georges Malbec est homologué comme « Déporté politique » en 1956, et déclaré « Mort pour la France ».  Il est homologué  comme Résistant au titre de la résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 386420.

  • Note 1 : Un des plus beaux ensembles HBM de la capitale, 613 logement construits à partir de 1922.
  • Note 2 : en mai 1921, pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), le
    gouvernement français ordonne la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française. Les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent de 100.000 à 210.000 hommes : le gouvernement rappelle les réservistes ou maintient les hommes libérables, ce qui est le cas de Georges Malbec.
  • Note 3 : Joseph Di Fusco, né le 8 septembre 1906 à Marseille est arrêté le 19 juillet 1941. Il est fusillé le 15 décembre 1941 à Caen. Employé municipal, militant communiste de Paris, il est transféré à  la centrale de Beaulieu à Caen. Il est désigné comme otage et fusillé en même temps queLucien Sampaix et douze autres militants (d’après Le Maitron). Lucienne Di Fusco a écrit au « Patriote Résistant » en octobre 1972 à la suite de la lecture du nom de Georges Malbec dans le PR n° 395. Réfugiée dans sa famille à Marseille avec sa fille Claudette après l’arrestation de son mari, elle apprit plus tard l’arrestation de leur camarade. Elle souhaitait avoir l’adresse de sa femme « pour lui écrire, ainsi qu’à son fils que j’ai bien connu« .

Sources

  • Etat civil du 20ème © archives en ligne de la ville de Paris.
  • Témoignage de Mme Di Fusco (lettre du 8 octobre 1972 au Patriote Résistant). Elle-même et son mari militaient avec Georges Malbec dans le 15ème arrondissement.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Témoignage de Lucien Penner.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946). Courriel de M. Bernard Alquier, petit neveu de Georges Malbec (juin 2015).
  • Photo de Joseph Di Fusco © Maitron.
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux,
    registres journaliers.
  • Registres matricules militaires du Cantal.
  • © Arbre généalogique. http://gw.geneanet.org/philippe_w?n=malbec&oc=0&p=georges+antoine
  • Photo en pied de Georges Malbec, transmise à  M. Bernard Alquier par une petite fille de Georges Malbec, Mme Ghislaine Betrancourt (juillet 2017).
  • Photo de Suzanne, Georges et Lydie Malbec, envoi de M. Bétrancourt, gendre de Roger Malbec, qui m’écrit : « Mon beau-père me parlait beaucoup de son père. A chaque fois qu’il voyait un reportage sur Auschwitz il regardait en espérant voir son père« .

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Un Commentaire

  1. Merci pour ce travail de Mémoire. N'oublions pas que la démocratie est a défendre chaque jour. On peut mourir pour nos origines, nos religions, nos idées.
    Vous contribuez à perpétuer le souvenir et à nous rappeler la nécessaire vigilance.
    Merci encore, Cabirou.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.