Roland Pannetrat : né en 1923 à Paris 11ème ;  domicilié à Paris 12ème ; manœuvre ; jeune communiste ; arrêté le 24 janvier 1941 ; condamné à deux mois de prison effectués à Fresnes ; arrêté le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 2 décembre 1942.

Roland Pannetrat est né le 15 décembre 1923 à Paris (11ème). Il habite chez ses parents au 11, rue Edouard-Robert dans le 12ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marguerite, Georgette Pelle, née le 16 février 1916 à Paris, culottière à façons et de Pierre Pannetrat, né le 10 novembre 1891 à Paris, monteur en fer, son époux.
Roland Pannetrat a un frère aîné, Gilbert, né le 21 décembre 1919.
Roland Pannetrat travaille d’abord comme manœuvre (petite main ajusteur » à l’établissement des « Eaux minérales de Vic-sur-Cère » aux entrepôts de Bercy.
Son père est un militant communiste connu, trésorier de la section du Parti communiste du 12ème.

©  Maison des eaux minérales Vic-sur-Cère

En 1936, la famille habite au 11, rue Edouard-Robert. Sa mère est culottière chez Vialant, 42 avenue Philippe Auguste, son père est tourneur sur métaux chez Barbot au 5 rue Messidor. Son frère est imprimeur chez Besnard, 111 bis, rue de Ménilmontant (c’est toujours une imprimerie en 2019).
Roland Pannetrat est membre des Jeunesses communistes avant-guerre.

Roland Pannetrat travaille comme manœuvre (petite main ajusteur » à l’établissement des « Eaux minérales de Vic-sur-Cère » aux entrepôts de Bercy.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Roland Pannetrat continue à militer après l’interdiction du Parti communiste, puis sous l’Occupation. Il est au chômage au moment de son arrestation, comme son père et son frère.
Roland Pannetrat est arrêté avec 15 autres habitants (1) du 12ème arrondissement de Paris – dont son père, sa mère et son frère aîné – le 24 janvier 1941 par des inspecteurs de la Brigade Spéciale des RG (lire dans le site La Brigade Spéciale des Renseignements généraux), pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste.
Selon André Migdal, qui est arrêté en même temps que lui, le réseau aurait été dénoncé par « un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires« . Ce fut une véritable rafle : 36 personnes » dont la moitié étaient des jeunes » écrit André Migdal (un tract de l’UJRF du 12ème diffusé en 1947 avance le chiffre de «46 familles»).

PV du 27 janvier  1941 (BS1)

En consultant les archives des Brigades Spéciales on apprend que ces arrestations en nombre sont le résultat d’une série de filatures opérées par les inspecteurs des Brigades spéciales, qui conduisent dans un premier temps à l’arrestation de 16 militants.
Extrait du procès-verbal du 27 janvier 1941 : « Au terme d’une enquête ouverte à la suite de la constatation d’une certaine recrudescence de la propagande communiste clandestine dans le 12ème arrondissement et dans les communes de la banlieue est et sud de Paris, les services de la Préfecture de police viennent de mettre la main sur un important « centre clandestin » dont les éléments s’étaient donné pour tâche de
répartir et de diffuser dans cette région le matériel de propagande (tracts, papillons, placards, instructions et directives) ».
Le PV désigne comme principal responsable « chargé de la répartition du matériel » L. G., assisté de son fils R. et de Pierre Pannetrat. Ils sont tous trois accusés en outre « d‘avoir tenté de regrouper, sous le couvert d’un « comité populaire de chômeurs », des militants de l’ex Parti communiste actuellement sans travail ». L’action du fils G. « s’exerçait plus particulièrement en direction des éléments ayant appartenu à l’ex « Fédération
des Jeunesses communistes de France » et tendait à leur regroupement en vue de les faire participer à la propagande révolutionnaire clandestine 
».
« Des perquisitions aux domiciles des inculpés ont permis de saisir plusieurs milliers de tracts imprimés et ronéotypés, brochures et instructions, prêts à être distribués ».
Le PV poursuit : « treize autres militants qui avaient pris une part active au fonctionnement du centre clandestin ont été appréhendés » et il en dresse la liste (1).
Les 16 militant(e)s sont tous inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et conduits au Dépôt à disposition du Procureur de la République. Les suites de ces arrestations seront dramatiques : outre des peines de prison, 4 d’entre eux seront déportés et 2 fusillés.

Extrait du PV d’inculpation

Roland Pannetrat, mineur pénal, est condamné à 4 mois de prison par la 15ème chambre correctionnelle de Paris, le 30 mai 1941. Son père est condamné à un an d’emprisonnement  et 1000 F d’amende (il est déporté à Buchenwald le 12 mai 1944 depuis Compiègne. Il est rapatrié en 1945). Sa mère et son frère aîné sont relaxés rapidement « Il est bien apparu en effet que ceux-ci sont restés étrangers aux agissements du sieur Pannetrat » (attendus du jugement). Roland Pannetrat est transféré de la Santé au quartier des mineurs à la Maison d’Arrêt de Fresnes le même jour.
Il est placé sous le régime de la « liberté surveillée » le 26 mars 1942 par la cour d’Appel de Paris, étant mineur et considéré « comme ayant
agi sans discernement
» (note blanche au DAVCC).
Il est arrêté une seconde fois le 28 avril 1942 par la police française et la Feldgendarmerie. Le 28 avril 1942, il est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une rafle concernant tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.

Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122). Roland Pannetrat est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande.  Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Roland Pannetrat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz :
Le numéro « 45946 ?? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Roland

Pannetrat est affecté au camp de Birkenau, au Kommando « Terrasse ».

Assèchement des marais à Birkenau

Aimé Oboeuf, ancien terrassier, s’est souvenu de ce tout jeune garçon qu’il a essayé d’aider en pelletant à sa place, pendant que celui-ci « faisait le pêt » (le guêt). Cette aide l’aidera à tenir plusieurs mois dans l’enfer de Birkenau.

Roland Pannetrat meurt le 2 décembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 902 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 27 décembre 1993 paru au Journal Officiel du 18 février 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Quoique le mois du décès soit cité (sans doute grâce au témoignage d’Aimé Oboeuf), la date n’est pas mentionnée : « décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur les actes de décès français.

Roland Pannetrat est déclaré « Mort pour la France » homologué comme « Déporté politique ».

    • Armand Feldmann
      Note 1 : il s’agit de L. et R. G., Pierre Pannetrat et ses fils Gilbert et Roland, son épouse Marguerite, Henri Migdal et André Migdal, Robert Poing (fusillé au Mont Valérien), Armand Feldmann (fusillé à Nantes, le 7 mars 1942), Jean Feldmann (déporté à Auschwitz le 5 juin 1942, mort le 2 juillet 1942, matricule « 38418 »), Joseph Le Lagadec, Jean Canard, Roger Stéphan, Marcel Lozet, Louis Vadxerti (déporté à Sachsenhausen par le convoi du 24 janvier 1943. Libéré à Augsburg en 1945). Les trois premiers militants nommés sont considérés par les RG comme les principaux animateurs du « centre occulte » clandestin du 12ème.

Sources

  • Témoignage d’André Migdal sur son arrestation et celle de son frère Henri Migdal déporté à Auschwitz. Au Congrès de Royan de l’amicale d’Oranienburg / Sachsenhausen, il a rencontré Aimé Oboeuf et ils ont évoqué les arrestations de 1941 et les jeunes déportés à Auschwitz (Henri Migdal, Roland Pannetrat).
  • Archives en ligne de Paris, recensement de 1936.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires du 27 janvier 1941 (ref. 84.342).
  • Aimé Oboeuf, témoignages recueillis par Roger Arnould (feuilles volantes sans date).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Biographies des frères Feldmann et de Robert Poing in Le Maitron,Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notices Claude Pennetier, Daniel Grason.
  • Livre Mémorial (CD rom), Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
  • © Photo Maison des Eaux Minérales de Vic-sur-Cère.
  • © Photo d’Armand Feldmann in Le Maitron, qui publie des extraits de la poignante lettre de sa mère au Préfet de police.
  • © Photo du Kommando Terrasse. Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

2 Commentaires

  1. Bonjour,

    D’après le Livre-Mémorial de la FMD et le site du Musée d’Auschwitz que j’ai découvert grâce à votre article, Roland Pennetrat serait mort à Auschwitz le 2 décembre 1942. A quoi serait due la différence avec les éléments que vous citez ?

    Je me pose également une question sur la date d’arrestation des membres du réseau du centre clandestin début janvier 1941. Selon les articles, les Pennetrat, les Migdal (Henri et André) et Robert Poing auraient été arrêtés le 24 ou le 26. Mais je trouve toujours que la perquisition du centre daterait du 25, suite à laquelle Ludovic et Raymond G. auraient donné les noms de leurs complices. J’ai donc des difficultés à suivre la chronologie.

    Un grand merci d’avance pour les éclairages que vous pourrez me donner.

    1. La date de décès de Roland Pannetrat est bien celle du 2 décembre, que je cite d’ailleurs en fin d’article ! Encore un copié-collé erroné avec un autre déporté (nous avons dû faire un nouveau site, le blog ayant subi quelques suppressions intempestives de Google, ce qui nous a pris plus d’un an, et quelquefois, mon mari qui assure ce lourd travail a fait quelques erreurs).

      Concernant les dates d’arrestation de janvier 1941, je me suis fiée au témoignage d’André Migdal, survivant de ces arrestations et arrêté en même temps que son frère. Encore faut-il savoir qu’entre les mains courantes de la BS1 et les dates portées sur les PV, il peut y avoir des différences, selon que l’arrestation ait été mentionnée sur le registre de main-courante le soir même ou le lendemain ! Mais la seule date sure est celle de l’interrogatoire du 27 !
      De plus comme il s’agit d’une vague d’arrestations, il n’y a pas contradiction à ce que les dates diffèrent. Robert Poing qui est arrêté le 26 (Maitron) et peut avoir effectivement été donné. Mais de toutes façons, tous ces militants, même les plus jeunes, ne sont pas des inconnus pour la BS1 des RG.

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