Marcel Couriol, renseignements généraux (BS1)
Marcel Couriol : né en 1921 à Sainte Christine (Puy-de-Dôme) ; domicilié à Paris (19ème) ; étudiant ; sympathisant communiste ; arrêté le le 15 janvier 1941 ; condamné à 6 mois de prison (Santé, Fresnes) ; arrêté le 28 février 1942 ; interné à Compiègne ;  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 19 septembre 1942.

Marcel Couriol est né le 18 octobre 1921 à Sainte Christine (Puy-de-Dôme). Il habite chez ses parents au 40 rue de Joinville à Paris (19ème) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie-Louise Chomard et de Pierre, Jean, Marie Couriol, né en 1891 à Neuf-églises (décédé en 1968), agent administratif, son époux.

Marcel Couriol a deux sœurs aînées, Odette, née en 1916 et Lucienne, née en 1918, toutes deux dans la Puy-de-Dôme.  La famille s’installe à Paris en 1926. Leur père travaille à la perception municipale en 1931. Marcel Couriol est lycéen au Lycée Voltaire depuis 1935. Il est titulaire du Certificat d’études secondaires, puis, étudiant. En mars 1940, il est membre du « Centre laïque des Auberges de la Jeunesse » et membre du « Club des lycéens et étudiants Ajistes« (i.e. membre des Auberges de la Jeunesse).
Il est célibataire.
Il est sympathisant des idées communistes avant-guerre, et considéré comme « sympathisant des doctrines moscoutaires » selon le vocabulaire de la police de l’époque (PV d’interrogatoire des BS1), il niera avoir été adhérent aux Jeunesses communistes. Conscrit de la classe 1941, il n’est pas mobilisable (la classe 41 ne sera mobilisée que dans le cadre des « chantiers de jeunesse » de Pétain, fin 1940).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le 40 rue de Joinville
Volico Leizerovsky, dit « Leizer » ou « Fernand »

A l’hiver 1940, la recrudescence d’inscriptions à la craie, de collage de papillons gommés et de diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement a alerté les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées par la brigade spéciale de renseignements généraux (la BS1) dans les anciens milieux communistes et sympathisants. Lire dans le site La
Brigade Spéciale des Renseignements généraux
.
On sait, en recoupant son interrogatoire par les inspecteurs de la Brigade spéciale (janvier 1941), que Volico Leizerowski (1), dit « leizer » ou « Fernand », qu’il connaît depuis le Lycée Voltaire en 1936, a repris contact avec lui au mois de septembre 1940 et lui a proposé de distribuer des tracts des JC clandestines. A la suite d’un premier rendez-vous au métro Goncourt, il
lui a remis un paquet contenant une dizaine de tracts imprimés intitulés « Peuple de France ». Puis d’autres tracts intitulés « Jeunesse de France ». Marcel Couriol va déclarer à la police n’avoir fait qu’entreposer ces tracts chez lui à l’insu de ses parent, qui les ont cependant découverts, puis les ont détruits « après m’avoir sévèrement admonesté ».  Deux inspecteurs de la BS1 ont été chargés par le commissaire André Cougoule d’enquêter dans les milieux étudiants « Relatons que chargés par nous d’identifier et d’appréhender tous individus se livrant à la propagande clandestine communiste dans les milieux universitaires de la capitale, les inspecteurs C.  et M., de notre service, avaient acquis la certitude au cours de nombreuses enquêtes et surveillances qu’un sieur Leizerowiski (1) dit « Fernand », sujet roumain avait conservé une grande activité en matière de propagande clandestine et qu’il était en rapport à ce sujet avec
un ancien camarade de lycée nommé Coriol Marcel, également connu pour ses opinions communistes. Ce jour, constatons que les dits inspecteurs mettent à notre disposition le sieur Leizerowiski dit « Fernand », et le sieur Couriol Marcel. Interpellés, ils nient toute activité clandestine, puis Couriol finit par reconnaître qu’il a reçu (…), à deux reprises, des tracts imprimés clandestins. Fouillés, ils ne sont trouvés porteurs d’aucun objet suspect. 

PV d’interrogatoire signé du commissaire Cougoule

Mentionnons qu’une visite domiciliaire effectuée au domicile de Couriol n’a donné aucun résultat. Par contre chez Leizerowiski, il a été saisi deux tracts imprimés intitulés « Coup de force contre le sport traçais » et une brochure intitulée « notre Jeunesse », ainsi que deux carnets de notes. Nous avons saisi le tout ».

Marcel Couriol est arrêté par des agents de la BS1 au domicile de ses parents, 40, rue de Joinville à Paris (19ème) où il habite, le 15 janvier 1941 pour « activité
communiste
 ».

Fiche de police (BS1)

Il est inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 en même temps que quatre autres jeunes gens, par le commissaire de police.
Il est alors conduit au Dépôt de la Préfecture de police, à disposition du Procureur le 17 janvier 1941. Lors du procès qui a lieu le 3 mai 1941, son père et les parents de ses camarades sont convoqués (étant mineurs, les parents sont civilement responsables par « aide et assistance »).
Marcel Couriol est condamné à 6 mois d’emprisonnement par la 15ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il fait appel de la sentence. Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé.
Le 31 mai il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes, écroué au quartier des mineurs. Le 8 juillet, son pourvoi en appel est rejeté par la cour d’appel de Paris.
Le 9 juillet 1941 à la veille de son élargissement, le Préfet de police ordonne son  internement administratif, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).

Néanmoins Marcel Couriol signe sa levée d’écrou de Fresnes le 17 octobre 1941, dans des circonstances non établies.

Mais il est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 « à 4 heures du matin, par la Gestapo » selon les souvenirs de son cousin Raymond Chomard (3).

Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).

Marcel Couriol est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de
Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

 
 

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Couriol  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro «45405 ?» figurant dans mes deux
premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. De plus, même si nous possédons désormais un portrait de 1941, la photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Marcel Couriol meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 186 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les
témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le site : Des causes de décès fictives .
L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Pour Marcel Couriol, le certificat mentionne son décès à « 18 h 15 » et « Lungenentzündung (pneumonie).

Un arrêté ministériel du 18 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 21 janvier 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.

Marcel Couriol est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » les 9 et 24 septembre 1957.

  • Note 1 : Leizerowski Volico, dit « Fernand » est né le 17 janvier 1920 à Rascani (Roumanie). Il est sujet roumain, carte d’identité n° 39. C. S. 02641, valable jusqu’au 15 novembre 1941. Il est le fils de Abranovna Maima (née en Roumanie en 1890) et de Haïm Leizerowski (né en Roumanie en 1889) son époux. Il habite chez ses parents, 12, passage Puebla à Paris 19ème. Son père est marchand forain. Jeune communiste, il a été exclu du Lycée Voltaire, et suit des études à la Faculté des lettres en candidat libre. Il connaît Marcel Couriol, depuis 1936 au Lycée Voltaire. Arrêté en même temps que lui le 15
    janvier 1941, il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et mis à disposition du Procureur de la République (le titre est resté alors que la
    République est remplacée par l’Etat français). On sait que par la suite, arrêté et condamné pour activités communistes, il est néanmoins interné au Camp de Drancy, comme otage Juif, et déporté depuis Drancy à Auschwitz par le convoi n° 7 du 19 juillet 1942, quelques jours après son camarade, déporté le 6 juillet (sources : recensement de 1936, quartier Combat, Paris 19ème 
     et Mémorial de la Shoah).
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement sans jugement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Raymond Chomard ne se souvenait pas en 1993 (il avait 82 ans) de la date exact de cette arrestation : il m’écrit simplement « cela a été une catastrophe pour toute la famille ». Il peut donc aussi bien s’agir de la première arrestation de 1941. Toutefois comme il mentionne la Gestapo, il s’agit sans doute de la deuxième arrestation : on sait que si les polices françaises et allemandes procèdent conjointement aux arrestations du 28 avril 1942, c’est seulement la police française (commissariats ou RG) qui procède aux arrestations de communistes à l’hiver 1940-1941 à Paris.

Sources

  • Mairie du 19ème Acte de décès établi le 27 juillet 1948.
  • Lettre de son cousin germain, Raymond Chomard (7 septembre 1993).
  • Courrier à Lucienne Couriol, épouse Botton (septembre 1993).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, registre d’écrou.
  • Mairie de Sainte Christine, acte de décès.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • © Site Internet Généanet.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, BA 1774.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Brigades spéciales.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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