René Masblanc : né en 1908 à Champsanglard (Creuse) ; domicilié à Paris 16ème ; tourneur chez Renault ; arrêté le 15 juin 1941 ; condamné à 4 jour de prison ; interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt.

René Masblanc est né le 5 avril 1908 à Champsanglard (Creuse). Il est domicilié au 55, rue Claude Terrasse à Paris 16ème, au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie-Emma Petit, née en 1886, patronne couturière et de Jean Masblanc, né en 1878, « jardinier chez Léon Chagnaud ». Ses parents, ses frères cadets, Paul (né le 25 septembre 1910 – décédé en 1986) Marcel (né le 12 décembre 1911 – décédé en 2000), Albert (né le 28 juillet 1920 – décédé en 1997), tous nés à Champsanglard, habitent au bourg de Lasvy à Champsanglard, au moins jusqu’en 1928.

René Masblanc épouse Lucienne Parot le 30 décembre 1933 à Bussière-Dunoise (Creuse). elle est née le 21 juillet 1908 à Chilleurs-aux-bois, Loiret. Elle est décédée en 1978).
En 1938, René Masblanc exerce la profession de tourneur sur métaux chez Renault et il habite au 55, rue Claude Terrasse à Paris 16ème. Lire dans le site : 23 militants communistes et syndicalistes des usines Renault de Boulogne-Billancourt déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942.
Son frère habite à la même adresse que lui et il est employé à la TCRP. Tous deux sont inscrits en 1938 sur les listes électorales du 16ème. Conscrit de la classe 1928, il est mobilisé après la déclaration de guerre, dans un régiment du Génie.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

René Masblanc est arrêté le 15 juin 1941 pour « propos alarmistes ». Le 15 juin 1941, il est arrêté par des agents du commissariat du quartier d’Auteuil pour des « propos alarmistes » tenus dans une queue au marché, avenue de Versailles. Propos qu’il reconnait au cours de l’interrogatoire (1). «C’est dégoûtant, le gouvernement veut nous jeter dans la guerre : on n’avait pas à s’occuper de la Syrie, les Allemands étaient déjà dedans, tout le monde le sait».  Ces propos sur l’attitude du gouvernement de Vichy favorable aux projets d’intervention allemande en Syrie, alors contrôlée par les forces armées de l’Etat Français, font tout à fait penser au style de l’Humanité clandestine du 13 juin 1941, diffusée en région parisienne « Le sang français coule en Syrie et au Liban« .

L’Humanité clandestine du 13 juin 1941

Le 16 juin 1941, il est condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à 48 heures de prison avec sursis. Mais, le Procureur de la République fait appel de la sentence, sans doute en connaissance de la propagande communiste sur la Syrie, puisque c’est pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 (interdiction des organisations communistes) que le 15 septembre suivant, la Cour d’Appel de Paris condamne René Masblanc à quatre jours de prison ferme pour infraction au décret-loi du 26 septembre
1939. Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé jusqu’au 4 novembre. Transféré au Dépôt de la Préfecture de Paris le 6 novembre 1941, où il est maintenu entre temps en attente de transfert. François Bard, préfet de police de Paris, ordonne son internement administratif le 6 novembre 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (4).

Le samedi 3 janvier 1942, René Masblanc est transféré du dépôt au Camp de séjour surveillé de Rouillé (2), via les gares d’Austerlitz et Poitiers, au sein d’un groupe de 50 internés administratifs : 38 internés politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ) transférés du Dépôt vers le CSS de Rouillé. Une note de service du 31 décembre stipule les conditions de ce transfert :

Le camp de Rouillé © MRN Champigny

« Cinquante internés administratifs actuellement écroués au Dépôt seront transférés samedi 3 janvier 1942 au Centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne). Les internés se répartissent comme suit : 38 internés politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ). Ils quitteront Paris par la Gare d’Austerlitz à 7 h 55 (train 3). Le chef du convoi disposera d’une voiture directe avec 10 compartiments. En accord avec M. Le chef de la Gare d’Austerlitz les autocars arriveront par la rue Sauvage et  pourront pénétrer jusqu’à la voie ou sera placé le wagon (voie 23). Le départ est fixé à 7 h 55, l’arrivée à Rouillé à 18 h 51. Départ à Poitiers à 18 h 10, arrivée à Rouillé à 18 h 51(il existe aux archives de la Préfecture de Police un deuxième avis, libellé différemment, mais avec les mêmes chiffres et les mêmes horaires).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp
allemand de Compiègne (Frontstallag 122).
Le nom de René Masblanc (n° 127 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Masblanc est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur all

emandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45856 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946

René Masblanc meurt à Auschwitz le 28 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 786 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé
le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)
». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le
site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans lesite l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès
des « 45000 » à Auschwitz
.
René Masblanc est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique » en 1955.
Son nom est inscrit sur le monument de la Déportation à Aubusson et sur le Mémorial de Guéret, ainsi que sur les monuments aux morts de Bussière-Dunoise et de Champsanglard, sa commune de naissance. Son frère cadet, Albert Maurice est homologué comme Résistant au titre des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), Cf. service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 400897.

  • Note 1 : L’intervention des alliés (Britanniques et Australiens) et des Forces françaises libres aboutira à l’invasion de la Grande Syrie et à la défaite des forces de Vichy, coupant ainsi la route du canal de Suez aux allemands. L’armistice est signé le 14 juillet 1941.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. /In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François,
    Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit
    libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.

Sources

  • Dénombrement de population 1911, 1921 à Champsanglard.
  • Dénombrement de population 1936 à Paris, inscription sur les listes électorales.
  • Archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du Greffe.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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