Raymond Lamand : né en 1904 à Cailly (Seine-Inférieure) ; domicilié au Pré-Saint-Gervais (Seine) ; ouvrier salaisonnier ; syndicaliste CGT, communiste ; arrêté le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 22 octobre 1942.

Raymond, Louis, Eugène Lamand est né le 21 décembre 1904 à Cailly (Seine-Inférieure / Seine Maritime). Il habite au 1, avenue des Soupirs au Pré-Saint-Gervais (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation (aujourd’hui l’Avenue des soupirs est devenue Grande avenue).
Il est le fils d’Eugénie, Eliza Auvray, 27 ans, cuisinière et de Louis, Hippolyte Lamand, 30 ans, épicier-cafetier, coiffeur, son époux .
Raymond Lamand épouse Madeleine Deffaux le 26 décembre 1928 à Cailly. Ménagère, elle est née le 22 juillet 1906 à Saint-Germain-sous-Cailly,  Le couple a trois enfants (Christian, Jacques et Ghislaine).
En 1931, Raymond Lamand est ouvrier salaisonnier aux Etablissements « Aux Jambons français », 8, rue de Pantin au Pré-Saint-Gervais, une usine de transformation de viande très polluante (le 27 juin 1935 le conseil municipal est saisi pour que cessent les odeurs et dégagements de suies, et intervient en ce sens (1).
Son épouse Madeleine Lamand meurt le 29 mai 1936 à Paris 11ème. En 1937 il vient habiter au 1, avenue des Soupirs au Pré-Saint-Gervais.
Veuf, Raymond Lamand épouse en deuxièmes noces au Pré Saint Gervais, le 11 juillet 1938, Germaine, Marie Kerhir, biscuitière, née le 26 novembre 1909 au Havre (veuve ou divorcée de Joseph Chiappinotio, épousé en 1926, elle est décédée le 25 mai 1978 à Paris 18ème). Le couple Lamand-Kerhir a ensemble une fille, Germaine. « Selon une note du 12 août 1942 et un rapport des Renseignements Généraux, il était membre de la section du Pré-St-Gervais du PC jusqu’à sa dissolution, syndicaliste très actif, il était responsable de la Section CGT de l’usine des « Jambons français », on le trouve à la tête du mouvement de grève déclenché dans cet établissement en 1936 » (Arnaud Boulligny, AFMD Caen). Il côtoie certainement dans l’entreprise Auguste Dardenne militant communiste de Pantin, embauché en 1935.

Conscrit de la classe 1924, ramené à la classe de mobilisation 1916 (père de famille de 4 enfants), il est donc mobilisable à la déclaration de la guerre en 1939.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Au début de l’Occupation, il est membre d’un groupe de l’OS (Organisation spéciale du Parti communiste) avec Thomas Nunez, Robert et André Girard (2) (Monique Houssin op. cité).
Selon une attestation délivré par le Front National le 17 octobre 1950, il a participé au mouvement dès sa formation ; il était chargé de contacter les
éléments patriotiques susceptibles d’adhérer à l’organisation.
Sur la base collaborative « Pierfit » on trouve mention d’une activité de renseignement « chargé avec son groupe d’indiquer à Londres les lieux stratégiques à bombarder en région parisienne; il fut arrêté sur dénonciation ». Nous n’avons pu vérifier cette information, qui si elle ne correspond pas aux activités connues de l’O.S. du Parti communiste en région parisienne en 1941 est néanmoins plausible. Il est également possible qu’il s’agisse d’une attestation du « Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France » après guerre, visant à obtenir une homologation au titre de « Déporté Résistant » en faisant entrer l’activité réelle de résistance d’un militant au sein duFront national, dans les critères très restrictifs des commissions d’attribution de l’époque, qui ne reconnaissaient pas comme activités de résistance les activités des communistes au sein du « Front national » avant l’entrée en guerre de l’Union soviétique).

Militant communiste, Raymond Lamand est arrêté à 8 heures aux Etablissements « Aux Jambons français », le 28 avril 1942. Seul le motif « communiste » figure sur sa fiche au DAVCC. On sait que ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages de militants connus des services de police, ou déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés
une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres, comme Raymond Lamand sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus
parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Transféré avec les autres raflés à l’Ecole Militaire, il est interné le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
A Compiègne, Raymond Lamand reçoit le matricule « 4197 ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Sa famille effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement
français dans les territoires occupés. On trouve mention d’un dossier dit de Brinon (3) au DAVCC.

Le 19 juillet 1942, sa famille reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : « Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d’autres nouvelles du détenu« .

Depuis le camp de Compiègne, Raymond Lamand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.  Le numéro « 45723 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz 1946

Raymond Lamand meurt à Auschwitz le 22 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 687 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau), où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
L’acte de disparition dressé le 10 octobre 1949 ne donne pas la date de son décès, mais l’arrêté ministériel du 10 août 1992 qui appose la mention Mort en déportation sur son acte de décès (paru au Journal Officiel du 29 septembre 1992), porte la mention « décédé en 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d’Auschwitz, à la mort d’un détenu) ou les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article :Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Raymond Lamand est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » le 30 janvier 1959 (n° 110125680). La carte de Déporté
politique
est attribuée à Germaine, Marie Lamand.
Raymond Lamand est homologué (GR 16 P 332865) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de
Résistance.
Son nom est gravé sur une des plaques du souvenir faisant office de Monument aux morts dans le cimetière communal.
Avec celui de Raymond Avenel, la section du PCF du Pré-Saint-Gervais donne son nom à une cellule du Parti communiste (Cellule Lamand-Avenel).

  • Note 1 : Jasmine Tillam in Histoire du Pré Saint-Gervais, p 107, publié par Valérie Perlès et Christine Missilyn (2005).
  • Note 2 : Thomas Nunez est arrêté en avril 1942, libéré en 43, il reprend ses actions de résistance. Robert Avenel né le 4 avril 1911 est mort en déportation à Ebensee le 5 mai 1945. André Girard est mort en déportation.
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de
    l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.

Sources

  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 113.
  • Témoignage de Joseph Anselmet, né le 11 juillet 1907, rescapé du camp de Mauthausen.
  • Cellule Lamand-Avenel,© Fonds Waldeck Rochet, 1944-1971307 J 1-152.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Généanet, arbre « Pierfit ».
  • © Site Internet MemorialGenWeb, relevé Alain Claudeville.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Dossier individuel consulté par Arnaud Boulligny (FMD Caen), mèl du 19 juin 2014.

Notice biographique mise à jour en 2013, 2019 et 2022 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème anniversaire
du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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