Jean Pomier © Claude Pomier DR
Jean Pomier : né en 1907 à Paris 8ème ; domicilié à Drancy ; magasinier ; syndicaliste CGT et communiste ; arrêté le 27 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19  septembre 1942.

Jean Pomier naît le 11 décembre 1907 à Paris 8ème, au 208, rue du Faubourg Saint Honoré (aujourd’hui hôtel Beaujon, ancien hôpital Beaujon) et non le 7 décembre 1907 à Paris 17ème comme indiqué au DAVCC, information que j’avais reprise précédemment avant d’avoir accès à l’état civil en ligne.
Au moment de son arrestation, Jean Pomier habite un pavillon au 41 rue de la Gaité (devenue rue Jean Pomier à la Libération) à Drancy (Seine / Seine-Saint-Denis). Un plaque lui rendant hommage y est apposée.
Il est le fils d’Augustine Roubinet, 43 ans, blanchisseuse, et de Jacques Alphonse, Pierre Pomier, 33 ans, journalier, son époux. Ses parents habitent au 13 rue de l’étoile à Paris 17ème.
Il effectue son service militaire entre 1927 et 1928 (le service militaire passe de 18 ,mois à 12 mois le 31 mars 1928).

Usine du Duralumin (il est à gauche de la photo) © Claude Pomier DR

Jean Pomier est magasinier à l’Usine du Duralumin, au 3 rue de la Victoire à Blanc-Mesnil, usine installée dans la zone industrielle de la Molette (1) depuis 1927.

L’Humanité du 3 mai 1931

Le 1ermai 1931, il participe à la grève de l’Usine Duralumin-Joly, qui rassemble 90 grévistes, et aux manifestations qui opposent les ouvriers grévistes de Drancy à « la flicaille », pour le casernement de laquelle le maire le « Duchanel maire social-flic aide les gardes mobiles et provoque les ouvriers…» a réquisitionné une école (L’Humanité des 2 et 3 mai 1931). De nombreux militants sont arrêtés et « passés à tabac ».

Adhérent au Parti communiste, Jean Pomier est secrétaire de cellule, adhérent au Secours Rouge International.

Années 1930 © Claude Pomier DR

Le 10 mai 1930 à Drancy, Jean Pomier épouse Madeleine, Jeanne, Antoinette Liégeois, une modiste, née le 16 juin 1909 à Paris 14ème. Le couple a un fils, Claude, qui naît le 26 mai 1931 à Drancy.
Jean Pomier est mobilisé en septembre 1939 (rappel de sa classe, la 1927).

Le 14 juin 1940, l’armée allemande occupe Drancy et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). L’ancienne cité de la Muette est occupée dès le 14 juin par les troupes allemandes : les lieux servent de camp d’internement pour des prisonniers de guerre et des civils étrangers (Frontstalag 111). La Préfecture de police y crée le 20 août 1941 un camp destiné aux Juifs. 4.230 hommes dont 1500 Français, raflés à Paris entre le 20 et le 25 août, sont les premiers internés juifs du camp de Drancy.

Après sa démobilisation, Jean Pomier trouve du travail à l’annexe du « Petit Parisien ».
Il fait partie d’un triangle de l’Organisation Spéciale du Parti communiste clandestin, à Drancy, d’après son fils.

Le Prolétaire Drancéen 23 août 1940

Jean Pomier cache dans son pavillon une des deux ronéos du PC, avec laquelle il imprime des tracts et le « Prolétaire Drancéen » dont Anatole Descamp lui apporte les textes (témoignage de M. Tarlier).
Il diffuse également des tracts clandestins à Drancy et dans les localités voisines.
Jean Pomier est arrêté le 27 juin 1941 (témoignage de son fils confirmé par la liste des RG), par le commissaire « Pa… » du commissariat de Drancy et un inspecteur en civil.

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Jean Pomier : « Meneur communiste très actif ».

Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes connus de la police. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne
contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon, lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy, ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en
cachots.

Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste, Pierre Cardon

Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.  Jean Pomier est interné au camp de Royallieu, le 28 juin 1941 selon son fils. Il y reçoit le matricule « n° 689 ».

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Pomier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45999 ? » (2) figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier
livre Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Jean Pomier meurt à Auschwitz le 9 octobre 1942 d’après le certificatde décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 955 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé
le 20 mars 1943 à Auschwitz (Pologne)
». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le
site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz

A Drancy, Madeleine Pomier a quitté leur pavillon pour échapper à l’arrestation : sa mère, Jeanne Liégeois est arrêtée (elle est internée de septembre 1943 à mars 1944 au camp de La-Lande-de-Monts (Indre-et-Loire) avec 298 femmes communistes. Claude Pomier, âgé d’une dizaine d’années est envoyé seul en Bretagne, à Ploeuc-sur-Lié (Côtes-du-Nord / Côtes-d’Armor) où il est hébergé.
A la Libération, Madeleine Pomier prend contact avec plusieurs survivants (Eugène Garnier, Lucien Matté, Marcel Guilbert, Robert Lambotte) qui tous lui répondent rapidement en juillet ou août 1945, mais n’ont pas connu personnellement son mari et ne peuvent donc pas lui décrire les circonstances de son décès.
Madeleine Pomier-Tarlier, remariée, participe au pèlerinage à Auschwitz en 1979 (souvenir de Roger Arnould). Elle meurt le 2 avril 2006.

Jean Pomier est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». Il est homologué (GR 16 P 484727 ) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .

L’ancienne rue de la Gaité porte son nom

Son nom a été donné à une cellule du PCF de Drancy à la Libération. Il est gravé sur la plaque commémorative dédiée aux déportés et apposée dans le hall de la mairie de Drancy.

Plaque à son domicile, 41 rue Jean Pomier

Une plaque commémorative a été apposée sur le mur de son pavillon. Elle y figure toujours en 2013.

  • Note 1 : Le Duralumin est très utilisé dans la construction aéronautique. Il est probable que l’implantation de l’entreprise
    sur la zone de la Molette est en partie due à la proximité de l’aéroport du Bourget et de ses ateliers. La Société du Duralumin est reprise en 1943 par la société Cégédur.
  • Note 2 : La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce numéro n’a pas été retrouvée
    parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, rempli en février 1991 par son fils, Claude Pomier, secrétaire de la section de Drancy de la FNDIRP, membre du secrétariat départemental, du Comité national et de la commission de travail de la FNDIRP avec l’APHG. Il était domicilié au 41 rue Jean Pomier. Je l’ai moi-même rencontré. Il a été un militant actif de la FNDIRP jusqu’à son décès en mai 2012, à l’âge de 80 ans.
  • Photos de Jean Pomier transmises par son fils Claude.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd. page 390.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800). Au DAVCC.
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives en ligne de Paris, état civil.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2014,  2019, 2020 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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