Signature de René Beaulieu le 5 mai 1942 à Compiègne

Matricule « 45.213 » à Auschwitz

René Beaulieu : né en 1922 au Perreux-sur-Marne (Seine / Val-de-Marne) ; domicilié à  Rosny-sous-Bois (Seine - Seine-Saint-Denis) ; apprenti mécanicien ; membres des jeunesses communistes ; arrêté fin juillet 1941, condamné à 4 mois de prison (Santé), libéré ; arrêté le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 14 septembre 1942.

René Beaulieu est né le 22 décembre 1922 au Perreux-sur-Marne (Seine / Val-de-Marne). Il habite chez ses parents au 39, rue Hussenet à Rosny-sous-Bois (Seine / Seine-Saint-Denis), au moment de son arrestation.
Il est le fils de Christiane, Marcelle Collin, née le 6 mars 1904 à Nesles-les-Ormeaux (Seine-et-Marne) et d’Edouard Beaulieu, 33 ans, électricien, conseiller municipal communiste de Rosny-sous-Bois.

Ici habitait la famille Beaulieu

René Beaulieu est célibataire, élève mécanicien. Il est ami avec Georges Guinchan, qui travaille alors avec son père, comme peintre en lettres. Il est comme lui adhérent des Jeunesses communistes. Après l’interdiction des organisations communistes le 26 septembre 1939, il continue de militer.

Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Pantin. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Rosny dépend d’une Kommandantur installée à Nogent-sur-Marne. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

René Beaulieu est arrêté fin juillet 1940 et il est écroué du 30 juillet au 15 octobre 1940 selon sa fiche à la DAVCC (1). A propos d’Edouard Beaulieu et de son fils, on peut néanmoins lire in Résistantes et Résistants en Seine-St-Denis : « Le 1er août 1940, son fils René, militant des Jeunesses communistes, est arrêté après une distribution de tracts dans les boites aux lettres de Rosny. Il fut arrêté en même temps qu’Albert Rossé, Faustin Jouy (dit Gaston) et Eugène Omphalius…». Selon le témoignage de Mme Beaulieu et Le Maitron, René Beaulieu est arrêté le 2 août 1940.
René Beaulieu est alors très vraisemblablement retenu dans le quartier des mineurs de la Santé. Le 22 octobre 1940, il est placé sous mandat de dépôt. Le 8 février 1941, il passe en jugement devant la 15ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine, avec Gaston Jouy et Eugène Omphalius (affaire dite « des 50 »). Il est condamné à 4 mois de prison. La peine prononcée étant couverte par sa longue détention préventive et comme il est mineur, il est libéré.
On sait par sa mère qu’elle a demandé une autorisation de visite au Préfet de Seine-et-Oise, pour elle et son fils, afin de voir Edouard Beaulieu interné au camp d’Aincourt.
René Beaulieu est arrêté à nouveau à Rosny, le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont
connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). René Beaulieu est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le
Frontstalag 122).
Il est affecté au bâtiment A1, chambre 3, où se trouve son père.

Le menu du 5 mai 1942, avec les signatures

René Beaulieu participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : ci-contre, le menu d’un « repas fraternel » organisé
le 5 mai 1942, qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celle de plusieurs « 45000 » dont celles de René et son père, Gabriel Torralba (dont c’est le menu), Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris 20ème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), et celles des camarades bordelais de Gabriel Torralba, Eustache (45522 de Pessac) et Beudou (45243 de Talence), ainsi que la signature d’André Tollet qui s’évadera le 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Beaulieu est déporté à Auschwitz avec son père dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

René Beaulieu est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45213» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz (son numéro est mentionné sur le site internet du Musée).
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Edouard Beaulieu, son fils et le copain de celui-ci Georges Guinchan, retournent au camp principal. A Auschwitz 1 ils sont assignés au Block 15 et affectés au très dur Kommando des couvreurs.
René Beaulieu est atteint du typhus. Il entre à l’infirmerie le 8 septembre et y meurt le 14 septembre. Son père meurt le 18 septembre 1942. Pour Auguste Monjauvis, il n’a pas voulu quitter son fils et il est entré avec lui à l’infirmerie. Pour Georges Guinchan, Edouard Beaulieu ignore la mort de son fils lorsqu’il est pris avec cent quarante-sept autres «45000» dans une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie et envoyé à la chambre à gaz.
Un arrêté ministériel du 20 mai 1987 paru au Journal Officiel du 18 juillet 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son jugement déclaratif de décès, avec une mention erronée : décédé en octobre 1942 à Auschwitz.
René Beaulieu meurt en effet à Auschwitz le 14 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 60 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
René Beaulieu est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » le 4 mai 1948.

Plaque FNDIRP

Le conseil municipal donne le nom de son père à l’ancienne rue d’Avron. A l’entrée
de cette rue, une plaque a été apposée, qui rappelle les noms et prénoms du père et de son fils. Le nom de René Beaulieu est inscrit dans la liste des Morts civils (monument commémoratif). Une plaque apposée en mairie honore leurs mémoires.

  • Note 1 : Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993. La
    fiche porte deux dates : 3 juillet et 30 juillet. Cette dernière date correspond à la date d’arrestation d’un autre jeune communiste, Eugène Omphalius. On trouve dans le Maitron une date d’arrestation voisine dans la biographie de son père Edouard Beaulieu (notice de Jean-Pierre Besse) « son fils René, militant des Jeunesses communistes, est arrêté le 2 août 1940 après une distribution de tracts dans les boites aux lettres de Rosny. Il fut arrêté en même temps que René Rosse, Faustin Jouy (dit Gaston) et Eugène  Omphalius…» ce que confirme le témoignage de Mme Beaulieu,
    avec la date du 1er août, reprise par Monique Houssin dans « Résistantes et Résistants en Seine-Saint-Denis »).
    il est vraisemblable que le tract en question ait été le recto-verso de « l’Avant-garde » clandestine n° 16 de juillet 1940.

Sources

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Société d’Histoire de Rosny, correspondance de M. Paillot et Buisson, 19 mai 1992.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 18, page 301.  Edition informatique 2014, notice Jean-Pierre Besse.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Monique Houssin « Résistantes et Résistants en Seine-St-Denis » Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 174.
  • Liste des disparus de Rosny (1946), Mairie, avril 1992.
  • Témoignage d’Albert Rosse, de Rosny, rescapé du convoi du 6 juillet 1942.
  • Souvenirs de Georges Guinchan. Georges Guinchan, « Aides-toi, le ciel t’aidera« , brochure à compte d’auteur, Les Hôpitaux neufs.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • ©Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2013, 2019 et 2022 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème anniversaire
du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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