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Marcel Denis : né en 1921 à Rouen (Seine-Inférieure) ; domicilié à  Belbeuf (Seine-Inférieure) ; métallo ; communiste ;  arrêté le 21 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 novembre 1942

Marcel Denis est né le 4 mai 1921 à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime).
Il est le fils de Rose Marie Berthe Vitis, 18 ans,  tisseuse chez Roy, et d’Albert Louis Joseph Denis, 23 ans, docker, son époux. ses parents habitent au 4, route de Bonsecours.
En 1936, Marcel Denis commence à travailler comme manœuvre chez Picaud, à Rouen, où son père est cimentier et où son grand-père maternel, Henri Vitis, est maçon.
Célibataire, il est devenu ensuite ouvrier métallurgiste et habite sur le plateau à Belbeuf (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au hameau de Normare, avec ses parents.
Il est membre des Jeunesses communistes : « Marcel devait mesurer 1 m 60, 65, il était blond, légèrement ondulé, très coloré de visage, vivant au grand air. Toujours très sympa, très dévoué, très solide dans ses positions de pensée, déjà un homme véritable » (1).
Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet (2) réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression.

Dès le début de l’Occupation allemande, Marcel Denis appartient au même groupe de Résistance que Jean et Valère Creignou,  selon le témoignage de Valère qui l’a connu aux Jeunesses communistes deux ou trois ans avant son arrestation.
Marcel Denis est arrêté le 21 octobre 1941 par des gendarmes français, comme communiste. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés les 21 et 22 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Compiègne il reçoit le numéro matricule 2015. Marcel Denis figure sur la liste des jeunes communistes destinés à être déportés en mars 1942 en application de l’avis du 14 décembre 1941, signé par Otto von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation en France.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Denis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore son numéro d’immatriculation lors de l’enregistrement à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45455 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, de la photo d’immatriculation publiée ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve. Mais son camarade Valère Creignou n’avait pas reconnu cette
photo en 1972.
Marcel Denis meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from AuschwitzSterbebücher von Auschwitz (registre des morts) Tome 2 page 220).

Après le retour des rescapés, la famille apprendra d’un de ses camarades de déportation que Marcel Denis a été battu dans le camp et que les SS l’ont fait mordre par les chiens. Ce témoin leur a aussi dit que le jour de sa mort, Marcel Denis n’a pas pu se lever car il était trop faible et que les allemands avaient encore fait venir les chiens.
Une rue et une impasse de Belbeuf, hameau de Normare portent son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts de Belbeuf.

Monument commémoratif PCF

Son nom est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Relevé Thierry Prunier.

La mention «Mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 27 mars 1988.
« Sa mère est décédée peu de temps après la libération, minée par la perte de son fils unique » écrit Valère Creignou en 1972.

Note 1 : Mme Sandrine Viard petite cousine de Marcel Denis qui avait pris contact avec moi, a demandé à son père s’il se souvenait de son cousin germain. Agé de huit ans au moment de l’arrestation de celui-ci, son père se rappelle « juste le voir régulièrement chez lui  où les réunions se déroulaient, son père et sa mère faisant aussi partie du Parti communiste et de la Résistance. Il pense que Marcel Denis, comme son père, ont été dénoncés par un voisin qui s’était aperçu des réunions chez les parents de mon père (ce voisin a été
arrêté par les FFI à la Libération). Le seul trait physique dont il se rappelle est ses cheveux blonds ondulés, ce qui ne semble pas correspondre à la photo
« . Le déporté « 45455 » dont la photo figure ci-dessus, n’est donc sans doute pas celle de Marcel Denis, quoiqu’il semble avoir le visage coloré comme le décrit Valère Creignou.
Note 2 : René Bouffet, ancien préfet de Constantine, puis de la Manche est nommé préfet de Seine-inférieure le 4 septembre 1940 et préfet régional jusqu’en août 1942 avant d’être nommé préfet de la Seine jusqu’en août 1944.

Sources

  • Valère Creignou (lettre à Roger Arnould, 1983).
  • Mairie de Belbeuf (9 juin 1992) et mairie du Mesnil Esnard (13 juillet 1992).
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Courriel de Mme Sandrine Viard (mai 2015).

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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