Robert Bastian : né en 1921 à Paris 8ème ; domicilié  à Asnières (Seine) ; arrêté en 1942 ; interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt.

Robert Bastian est né le 21 décembre 1921 à Paris 8ème à la maternité de l’ancien hôpital Beaujon, au 208, rue du Faubourg Saint Honoré. Il habite au 17, rue Daniel à Asnières au moment de son arrestation.

Il est le fils de Françoise Boucharel, 22 ans, née le 19 juillet 1899 à St Pardoux l’Ortigier (Corrèze) décédée en 1984), ménagère et de François Bastian, 34 ans, né le 8 mars 1887 à Meitsenthal (Moselle), manœuvre, son époux demeurant alors au 3, rue d’Asnières, à Paris 8ème arrondissement. Son père est charpentier de métier. Ses parents se sont mariés le 11 septembre 1919 à Saint-Germain.

Avec son père et sa mère, ils viennent habiter au 3, rue Daniel à Asnières, une petite rue proche des quais de Seine. Au recensement de 1931, ils y habitent tous les trois avec la famille d’Aloïse Bastien, redresseur chez Chenard et Walker à Gennevilliers, lui aussi natif de Meitsenthal (29 janvier 1879), avec ses trois filles (Elizabeth, Marie et Alice) et son fils Michel. En 1936, Aloïse Bastien habite seul avec sa fille Alice, dactylo chez Autoplace à Levallois. En 1936, François Bastian, sa femme et son fils ont déménagé au n° 32, de la rue Daniel. Robert a 15 ans et il est indiqué comme chômeur sur le registre du recensement. Son père travaille comme électricien chez Nord Fermière à Asnières. Ils déménageront par la suite au n° 17 de la rue Daniel, ou Robert habite au moment de son arrestation.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

On ignore la date de son arrestation, mais il est avéré que Robert Bastian a été inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (donc suspecté de « menées communistes ») et qu’il est interné administrativement, donc sans jugement, au camp de Rouillé (1) en 1942.

On trouve en effet trace de son internement dans les documents récupérés par le CDJC à la Libération(XLI 42) : Les archives du camp de Rouillé, à partir de listes nominatives, nous donnent  des dates précises d’arrivée depuis le Dépôt de la Préfecture de Paris jusqu’au 3 janvier 1942. On peut en déduire qu’il est interné à Rouillé après cette date.

Liste de départ de Rouillé  (montage photo Pierre Cardon).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui
doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). « Robert Bastien » (n°16 de la liste) y figure avec ses prénoms et adresse exacts mais un jour de naissance différent 29 au lieu de 21 décembre (erreurs fréquentes).

Le 22 mai 1942 c’est  donc au sein d’un groupe de 168 internés qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Robert Bastian est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

En se référant à la liste d’enregistrement  du convoi, composée de  quatre listes alphabétiques successives, jamais retrouvée jusqu’ici mais que j’ai reconstituée en très grande partie,  on peut en déduire que Robert Bastian a été  immatriculé à Auschwitz sous le numéro « 45202 » qui correspond à l’ordre alphabétique des noms de la première liste. L’extrême jeunesse du visage du déporté portant ce numéro concorde bien avec son âge :  il avait 20 ans et demi le 8 juillet 1942, date d’immatriculation et de photographie des déportés du convoi.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore la date de son décès. Son acte de naissance porte la mention « décédé à Compiègne en juillet 1942« , comme ce fut le cas pour plusieurs déportés du convoi du 6 juillet 1942, le ministère des Anciens combattants à la Libération n’ayant pas eu d’autres précisions sur les circonstances et la date de sa mort.

  • Note 1 : Le CIAR, camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au
    camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles.
    In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.

Sources

  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942 des détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /© collection André Montagne.
  • Registre des naissances, état civil de Paris 8° (août 2015).
  • Recensement ville d’Asnières, 1931 et 1936.
  • Archives en ligne de Paris, élections.

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cettenotice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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