Pierre Bertolino
PV de mise à disposition (BS 1)

Matricule 45.231 à Auschwitz



Pierre Bertolino : né en 1912 à St Martin-le-Gaillard (Seine-Maritime) ; domicilié à Paris 20ème ; plombier-zingueur ; communiste ; arrêté le 18 janvier 1941 ; condamné à  un an de prison (Fresnes) ; interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt

Pierre (Albert) Bertolino est né le 28 septembre 1912 à St Martin-le-Gaillard (Seine-Maritime). Il est domicilié 144, rue d’Avon à Paris 20ème au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie, Emilie, Ambroisine Delestre née le 22 octobre 1881 à Dancourt (Seine-Inférieure), et de Pierre, Thomas Bertolino, né le 4 mai 1879 à La colle-sur-Loup (Alpes Maritimes).  Il a deux frères, Jacques DELESTRE et Jean Marie Bertolino.

Les 3 fils de Marie Delestre, tous trois morts en déportation : Jacques Delestre, Jean-Marie et Pierre Bertolino

Conscrit de la classe 1932, il effectue son service militaire au 157e régiment de chasseurs alpins à Nice.
Ses parents tient un hôtel au Tréport. Il fait la connaissance de Rolande Vonet  qui y travaille en saison hôtelière. Pierre Bertolino habite Dieppe, au 16, rue du Haut-Pas, au moment de son mariage. 
Le 31 mars 1937, il épouse Rolande, Raymonde Vonet à Dieppe
. Elle est née le 23 décembre 1912, à Saint Georges-sur-Cher, et travaille comme employée de commerce. Elle habite au 14, rue de la Halle à Dieppe..
Le couple aura une fille, Danielle, qui naît le 12 juin 1941 à Paris 4ème, alors que son père a déjà été arrêté. Elle écrit : Je n’ai jamais connu mon père, puisqu’il a été arrêté en janvier 1941 (il se trouvait en compagnie de mon oncle Robert Vonet…).

Pierre Bertolino est plombier-zingueur de profession, mais, en raison du chômage, il travaille comme manutentionnaire à la Biscuiterie Damoiseau, à Montreuil-sous-Bois (Seine-St-Denis).
Pierre Bertolino a des responsabilités au Parti communiste, comme secrétaire de la Section de Montreuil, selon Charles Pieters (de Dieppe et à Montreuil pendant la guerre).  En 1937, Il habite 16, rue du Haut Pas à Dieppe.
Après l’interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939, Pierre Bertolino a été contacté par Raymond Luauté (1) pour reprendre une activité au sein du Parti communiste clandestin dans le vingtième.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pierre Bertolino est arrêté le 18 janvier 1941 à 19 h 30 au domicile de son beau-frère Robert Vonet (2) selon le PV du 18 janvier de la BS par des inspecteurs de la Brigade spéciale : lire dans le site La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.

Pv de mise à disposition de Pierre Bertolino et de son beau frère Robert Vonet

En effet, lors des filatures suivies de perquisitions domiciliaires et de l’arrestation la veille de six militant(e)s communistes soupçonnés d’animer la propagande communiste
clandestine dans le 20ème, les inspecteurs de la BS ont trouvé une liste de noms au domicile de Raymond Luauté (2).

Ils sont dès lors certains que Pierre Bertolino a fréquenté les réunions clandestines qui se tenaient au domicile de Victor Buyse, tout comme son beau-frère, Robert Vonet.

PV d’inculpation et de mise à disposition du Procureur

Pierre Bertolino est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1, 2 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit avec trois autres inculpés (Paul Clément, Victor Buyse et Robert Vonet) au Dépôt à la disposition du procureur.
Il est écroué à Fresnes le 21 janvier 1941. Le 31 mars, il est condamné à un an de prison par la 13èmechambre correctionnelle de Paris, qu’il effectue pour l’essentiel à Fresnes. Il a fait appel de la sentence, mais celle-ci est confirmée le 3 juin 1941. Son épouse réussit à le visiter à Fresnes et à lui présenter sa fille.

Le camp de Rouillé (VRID)

A l’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, Pierre Bertolino, qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (3), en application de la Loi du 3 septembre 1940, sur décision du préfet de police de Paris, François Bard. Il est transféré à Rouillé le 10 novembre 1941 avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Pierre Bertolino (n°32 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arriveau camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
A Compiègne, où il reçoit le matricule 5834, il est affecté au batiment A7. Il y retrouve son frère, Jacques DELESTRE (lien vers sa biographie dans le site), qui a été arrêté à Dieppe (comme lui, il va être déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942. Matricule «45444», il y décédera le 1er septembre 1942).
Le 28 mai 1942, il écrit à son épouse « je peux recevoir deux colis de 2 k 500 et deux lettres, plus deux cartes » Le 29 juin 1942, il vient de reçevoir la première lettre de sa femme. Il lui écrit « Je passe les journées au soleil, à lire« .
Le 5 juillet 1942 Pierre Bertolino, écrit à sa famille une carte qu’il va jeter le lendemain sur la voie de chemin de fer et qui sera acheminée à son épouse par des cheminots : « Nous partons pour une destination inconnue (…). Nous serons mieux« .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Pierre Bertolino est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45231 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore la date exacte du décès de Pierre Bertolino à Auschwitz, mais elle est antérieure à l’été 1943.
La fiche individuelle de Pierre Bertolino portait en 1954 la mention « décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne ». Elle a été rectifiée au JO en 2003 et porte la mention « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz et non décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne« , soient les 5 jours portés par le ministère après le départ du convoi, en cas d’incertitude concernant la date de décès.
Il est déclaré « Mort pour la France » le 4 mars 1953.
Il est d’abord homologué comme « Interné politique », puis comme « Déporté politique » le 29 septembre 2003. à la suite des démarches de sa fille. Mme Danièle Laresse, sa fille, pupille de la Nation, dont la carte porte pourtant que son père est «mort en déportation» avait fait une demande de transformation en «Déporté politique» en 1954. Demande restée sans réponse en 1990, pourtant appuyée sur les témoignages de Georges Gallot et de Roger Pélissou, survivants du convoi, qui avaient connu son père à Auschwitz.
A la FNDIRP, Roger Arnould (28 décembre 1972) note que Roger Pélissou a dit à propos de Pierre Bertolino qu’il y avait aussi son frère dans le convoi.

Les trois fils de Marie Delestre (Jacques, Jean, Pierre) sont morts en déportation.

Un autre de ses frères est déporté, Jean-Marie BERTOLINO (pseudonyme sous l’Occupation : Jean Bellon) (lien avec le Maitron en ligne), secrétaire de l’union locale de Toulon, puis de l’UD CGT en avril 1939, il est arrêté en novembre 1940. Il s’évade du camp de St-Sulpice-la-Pointe en 1943. Il constitue le maquis FTP Faïta de Haute Provence. Arrêté le 26 novembre 1944, il est déporté à Mauthausen-Gusen où il meurt le 19 avril 1945.

  • Note 1 : Raymond Luauté, ouvrier typographe, adhère au Parti communiste en 1931. Il suit l’Ecole internationale léniniste pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, collaborateur du Comité central et proche de Jacques Duclos. Il sera condamné à 18 mois de prison. Déporté à Sachsenhausen, il y meurt en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
  • Hommage à Raymond Luauté

    A la Libération, un hommage solennel lui est rendu en présence de Jacques Duclos (ci-contre, photo Wikipédia).

  • Note 2 : Le beau frère d’Albert Bertholino, Robert Vonet (compagnon d’Yvonne Dumont), Robert Vonet, né le 18 novembre 1907 à Céré la Ronde (37) est charpentier et devient un responsable syndical de la Fédération du Bois de la CGTU, puis de La CGT réunifiée. Il est aussi un dirigeant du Parti communiste. Il fut instructeur des cadres du PCF dans la région atlantique. Lors de la perquisition, il est trouvé sur lui des brochures et des documents « écrits de sa main, qui ne laissent aucun doute sur le rôle important qu’il joue dans la propagande clandestine. (…) il possède des papiers au nom de Jean Duluc, dont il s’est refusé à fournir l’origine » (PV du 18 janvier 1941). Il est lui aussi condamné et interné au camp
    de Rouillé d’où il s’évade. Mais sera repris en juillet 1943 et fusillé le 26 janvier 1944 au camp de Souge en Gironde.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Questionnaire biographique (« contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942 »), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille, Madame Danièle Laresse (26 février 1990). Elle y a joint de nombreux documents (photos de famille, acte de mariage, de disparition, lettres de Compiègne (mai, juin, juillet 1942). Courriel de novembre 2016.
  • Témoignages de Roger Pélissou et Georges Gallot. Fiche avec photo établie par Charles Pieters.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires de Pierre Bertolino et Robert Vonet .
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers et dossiers affaire « Luauté, Bertolino, Clément, Vonet

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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