Le CSS de Rouillé in VRID
Le camp d’internement administratif de Rouillé, est ouvert le 6 septembre 1941 sous la dénomination de « Centre de séjour surveillé ». Il est ouvert pour pallier l’engorgement du camp d’Aincourt et recevoir 149 « internés politiques » de ce camp, arrêtés en région parisienne, des membres du Parti Communiste dissous et internés au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. Lire dans ce site : Le camp d’Aincourt

Le camp était composé d’une quinzaine de baraques en bois, sur une surface d’1,5 hectare, et entouré d’une double rangée de fils barbelés entre lesquels couraient des entrelacs de ronces, le tout dominé par deux miradors qui permettaient la surveillance. Les conditions matérielles et sanitaires y étaient tout à fait déplorables, la nourriture presque exclusivement végétarienne : carottes à vache, rutabagas et topinambours.  En novembre 1942, un rapport médical relève  « pas d’avitaminose mais quelques alcaloses par nourriture trop végétarienne qu’un quart de vin combattrait… ». Hélas ! Le vin était une denrée rarissime (In VRID MEMORIAL).
Les internés y sont répartis en quatre catégories.
1) Des  « politiques », qui sont au début les 149 communistes d’Aincourt, « internés administratifs » après avoir purgé une peine de prison ou internés sans jugement en vertu du pouvoir discrétionnaire des Préfets. En effet la loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit « l’internement administratif » sans jugement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique). On trouve également dans cette catégorie des personnes arrêtées pour avoir émis des opinions opposées aux nazis ou au régime du Maréchal Pétain, des personnes arrêtées alors qu’elles tentaient de rejoindre l’Angleterre, des Républicains espagnols.
2) Des « marché-noir », dont le séjour à Rouillé était souvent de courte durée.
3) Des  « droits-communs », dont certains étaient de célèbres gangsters ; d’autres étaient là pour « moucharder » les politiques. Quelques uns ne voulurent pas se prêter au jeu et connurent, comme les politiques, la déportation (VRID).
4) Des  « indésirables » étrangers ; en plus des Espagnols, il y eut des Russes, des Arméniens, des Italiens, des Portugais.

Maquette du camp de Rouillé réalisée par Camille Brunier, menuisier à Rouillé, ancien résistant, professeur d’atelier.

Le camp était composé d’une quinzaine de baraques en bois, sur une surface d’1,5 hectare et entouré d’une double rangée de fils barbelés entre lesquels couraient des entrelacs de ronces, le tout dominé par deux miradors qui permettaient la surveillance.
Le personnel de service, français, comprenait des gendarmes, des policiers d’Etat et des gardiens auxiliaires. Il y eut toujours un gardien pour 6 à 8 internés.  Les conditions matérielles et sanitaires du camp étaient déplorables et la nourriture presque exclusivement végétarienne : carottes à vache, rutabagas et topinambours.  En novembre 1942, un rapport médical relève  « pas d’avitaminose mais quelques alcaloses par nourriture trop végétarienne qu’un quart de vin combattrait… ». Hélas ! Le vin était une denrée rarissime (In VRID).

Internés administratifs à Rouillé. Parmi eux plusieurs seront déportés à Auschwitz. Assis, le troisième à droite : Fernand Devaux.

L’effectif total fut très variable : 149 détenus à l’ouverture (membres du Parti Communiste de la région parisienne), 654 en septembre 1942 (maximum).

Fernand Devaux : « A Aincourt, nous avions une organisation clandestine du Parti Communiste. Très vite, elle se restructura et participera au développement d’activités diverses. Nécessaire au moral mais aussi au développement intellectuel de chacun. A Rouillé nous sommes accueillis par la population, de la gare au camp, venus nous témoigner sa sympathie. Vous savez, pour un résistant, pour un prisonnier interné, cela marque. Ce soutien ne s’est jamais arrêté, y compris par les cheminots qui ouvraient le sifflet des locomotives chaque fois qu’ils passaient devant le camp. Pour nous, cela signifiait que des liens étaient possibles avec l’extérieur. Au fil des semaines s’ouvrent des cours de littérature, de philosophie, d’allemand. Des groupes de théâtre se créent, des compétitions sportives voient le jour. La solidarité est pour nous essentielle. Elle est une règle de vie dans le camp des internés politiques. Parler du camp, c’est aussi parler du docteur Cheminée, de Sœur Cherer, de Camille Lombard qui étaient les contacts directs avec nous. Des habitants nous procuraient de la nourriture, des renseignements. Les évasions des politiques étaient aidées par leur biais puis mises en liaison avec la résistance locale. J’apprendrai à mon retour de déportation, le drame de la forêt de Saint Sauvant et le massacre de Vaugeton« .

Les arrivages de « politiques » sont très encadrés, comme en témoigne la note suivante : « Cinquante internés administratifs actuellement écroués au Dépôt seront transférés samedi 3 janvier 1942 au Centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne). Les internés se répartissent comme suit : 38 internés politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ). Ils quitteront Paris par la Gare d’Austerlitz à 7h 55 (train 3). Le chef du convoi disposera d’une voiture directe avec 10 compartiments. En accord avec M. Le chef de la Gare d’Austerlitz les autocars arriveront par la rue Sauvage et  pourront pénétrer jusqu’à la voie où sera placé le wagon (voie 23). Le départ est fixé à 7h 55, l’arrivée à Rouillé à 18h51. Départ à Poitiers à 18 h 10, arrivée à Rouillé à 18 h 51 (il existe aux archives de la Préfecture de Police un deuxième avis, libellé différemment, mais avec les mêmes chiffres et les mêmes horaires).

Auguste Monjauvis  : in Monjauvis : Témoignages sur le Dépôt de la Préfecture et le camp de Rouillé . 
« Le 9 octobre 1941, un ordre de la Préfecture est arrivé de nous mettre les menottes de nous transporter en car à la gare d’Austerlitz en direction du camp de Rouillé dans la Vienne. Dans ce camp en pleine campagne du Berry, des baraquements entourés de plusieurs rangées de barbelés de plus de deux mètres de haut où vivaient (…) des centaines de prisonniers, en grand nombre des militants communistes, des socialistes, des syndicalistes (…). Nous étions entre camarades ! Chaque baraquement avait ses responsables pour les corvées, la propreté. Des cours étaient organisés avec des professeurs bénévoles : culture, physique, langues vivantes, histoire, mathématiques. Je m’inscrivis aux cours d’algèbre et maths (un militant, un résistant pense toujours dans un avenir meilleur à son utilité « parfaire ses connaissances »).(…) Le camp de Rouillé était aussi un camp d’otages. Notre organisation y cherchait les moyens d’évasion. Un jour, le commandant du camp nous proposa de faire une corvée de bois dans la forêt des environs, je fus désigné avec trois autres camarades. Notre tâche était d’étudier les possibilités d’évasion. Trois gardes avec fusils nous suivaient dans tous nos chargements. Malgré nos conversations aimables avec nos gardes, nous n’avons pu avec aucun des trois, orienter la sympathie envers les internés (cette corvée n’a pas été suivie d’autres, le commandant était devenu méfiant). (…). Au camp, nous n’étions nourris que de carottes, de rutabagas et de topinambours, nos intestins en étaient malades et cet hiver 1941/1942 a été un hiver de neige et de glace. A la fin de ce mois et au début de février, des rumeurs circulaient sur des prises d’otages dans les camps.
Le 7 ou 8 février, on nous consigna dans les baraquements avec ordre du commandant de ne pas sortir. Dans la soirée, il vint avec deux gardes l’entourant et d’autres, fusils au bras à la porte de notre baraquement qui était situé en fin de camp, il se plaça au centre de nos rangées de lits de bois à étages. Il appela cinq noms, j’étais du nombre, on le questionna, il nous dit qu’il en faisait de même dans tous les baraquements, que c’était un ordre supérieur ! Les gardes nous entourèrent pour nous amener à la salle de garde, à l’entrée du camp. Là, nous nous sommes retrouvés au nombre d’une cinquantaine, toujours des communistes et syndicalistes, des conseillers municipaux communistes venant de plusieurs municipalités communistes ouvrières de la banlieue parisienne, mon camarade André Tollet était aussi du nombre. 
Notre organisation protesta, envoya une délégation auprès du commandant afin de savoir quelles sortes de représailles nous étaient destinées. Le commandant affirma que nous étions pour être transférés dans un autre camp et non pour être fusillés. A la nuit, on nous fit monter dans un camion, direction d’un fond de gare où nous attendait un wagon à bestiaux ».

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne  (le Frontstalag 122). En fait c’est un groupe de 168 internés qui arrivera à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux sont déportés à Auschwitz. Dix-neuf internés de la liste initiale de 187 noms sont manquants le 22 mai 1942. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Les 9 premiers otages fusillés dans le département, à la butte de Biard près de Poitiers, viennent de ce camp : jeunes communistes âgés de 20 à 30 ans, ils sont emmenés par la Feldgendarmerie les 7 mars et 30 avril 1942 et fusillés (cinq d’entre eux faisaient de la liste des 187 internés mentionnée plus haut).
En 1944 ils sont encore 379 internés, avant l’attaque des FTP (Francs Tireurs et Partisans Français) qui a lieu dans la nuit du 11 au 12 juin 1944.
47 détenus rejoignent alors le maquis de Saint-Sauvant et poursuivent la lutte contre l’armée d’occupation nazie.

On lira sur le site de VRID MEMORIAL des témoignages sur le rôle de Sœur Cherer, assistante sociale, patriote qui œuvra avec quelques habitants du bourg pour améliorer les conditions de vie des internés et parvint à en faire évader quelques uns.
Lire également dans ce site l’allocution de Fernand Devaux, ancien interné à Rouillé, et l’avant-dernier survivant du convoi du 6 juillet 1942 à Auschwitz : Camp de Rouillé allocution de Fernand Devaux.

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon. Prière de mentionner ces références (auteurs et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cet  article.

Sources 

  • VRID MEMORIAL . Article et photo d’archives du camp.
    Photo des internés : Collection Fernand Devaux, reproduction par le service photographique de la FNDIRP.
    Maquette  réalisée par M. Camille Brunier, menuisier à Rouillé, ancien résistant.

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