Marcel Alizard © Jean Ricoux

Matricule « 45163 » à Auschwitz 

Marcel Alizard : né en 1901 à Chauny (Aisne) ; domicilié au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise en 1941 / Seine-Saint-Denis) ; ouvrier boucher ; conseiller municipal communiste ; arrêté le 18 janvier 1941 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 août 1942.

Marcel, Constant Alizard est né le 14 octobre 1901 à Chauny (Aisne).  Il habite au 13, rue des Ormes (actuelle rue Marx Dormoy) au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise en 1941 / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation selon l’ADIRP de Blanc-Mesnil. Il est le fils d’Eugénie Chatelain, 24 ans, manouvrière et de son époux Léopold, Eugène Alizard, 26 ans, manouvrier, né à Chauny le 7 octobre 1875. Ses parents se sont mariés à Chauny (Aisne) le 25 juin 1898 à Chauny. Il a deux frères ainés : Léopold (1896-1973) et Lucien (1898-1978).
Venu travailler en région parisienne, Marcel Alizard est recensé pour le service militaire dans le département de la Seine). Son registre militaire (matricule n° 831 du 1ème bureau de la Seine) nous apprend qu’il mesure 1m 70 a les cheveux châtains, les yeux marrons, le front ordinaire, le nez rectiligne, le visage ovale.
Il travaille comme boucher et habite au 113, avenue Jean Jaurès (Paris 19ème). Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il est appelé au service militaire le 1er avril 1921, et incorporé au 11ème Dragons. Il arrive au corps le 6 avril. Après l’instruction militaire, il « passe » au 2ème groupe de remonte le 19 octobre 1922. Il est nommé 1ère classe le 26 décembre 1922. Placé dans la disponibilité le 1er avril 1923, il est maintenu au corps en application de la Loi du 21 mars 1905 en raison de l’occupation de la Ruhr (2). Il est libéré le 30 mai 1923, et affecté dans la réserve de l’armée active au 6ème Dragons. En 1924, Marcel Alizard est domicilié avec sa mère au Blanc-Mesnil au 56, rue Albert Georges (ses parents ont divorcé en 1908 et son père s’est remarié en 1909).
Marcel Alizard épouse Arlette Palliard le 19 avril 1924 à la mairie de Paris 18ème arrondissement de Paris. Elle a 16 ans, née le 9 novembre 1907 à Paris 9ème . Domiciliée chez son père, fleuriste, rue Versigny. Le couple a deux garçons, nés au Blanc-Mesnil : Henri, né le 16 février 1908 (décédé en 1999) et Georges, né le 17 janvier 1928 (décédé en 2009).
A la veille du 1er mai 1928, il est condamné pour violences volontaires le 28 avril 1928 par le tribunal de Pontoise (3 mois avec sursis et 50 F d’amende). L’armée lui retire la « distinction » de 1ère classe et il est « remis » soldat de deuxième classe (par arrêté du commandement militaire du Génie, 13 février 1929).
D’août 1928 à 1930, il est domicilié au 258 rue des Ormes à Blanc Mesnil, puis en 1939 au n° 13 de la même rue. Il est ouvrier aux abattoirs de La Villette. Militant syndical, il est membre du secrétariat de la section syndicale CGT des travailleurs de l’industrie de la viande de La Villette, avec Georges Beaugrand son secrétaire, qui deviendra maire de Gentilly.
Militant communiste, Marcel Alizard est élu conseiller municipal du Blanc-Mesnil dès 1929. Lorsqu’en 1935, Henri Duquenne devient le premier maire communiste de la ville,  il confie la délégation à l’Aide sociale et à la Solidarité à Marcel Alizard.

Celui-ci est également responsable du « Groupe d’amis » de Blanc-Mesnil, des bénévoles qui recueillent des fonds pour « l’Avenir Social », une œuvre créée en 1906 par Madeleine Vernet, gérant l’Orphelinat ouvrier (maison d’enfants du Secours Ouvrier International), patronné par les syndicats de la CGT à partir de 1912. On trouve trace de ces versements dans les bulletins de l’association en 1931, 32 et 33.

La guerre est imminente : un jour avant le décret de mobilisation générale du 3 septembre 1939, il est rappelé à l’activité, et affecté au dépôt de guerre du Génie N° 38 où il arrive le même jour. Père de deux enfants, il fait valoir ses droits et  « passe » le 1er novembre 1939 de la classe de mobilisation 1921 à celle de 1917 en vertu de la Loi du 31 mars 1928 (2 ans de moins par enfant en cas de mobilisation générale). Son registre matricule n’indique pas s’il est alors renvoyé ou non dans ses foyers. Une mention cependant indique « B11 » le 21 février 1940.

Le jeudi 13 juin 1940, la Wehrmacht occupe Aubervilliers. Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Déchu de son mandat électoral par la commission préfectorale au début de 1940, Marcel Alizard figure en novembre 1940 sur une liste de la Préfecture de Police concernant des militants communistes de Seine-et-Oise connus, qui devront être assignés à résidence au camp d’Aincourt (2).

Le 18 janvier 1941, Marcel Alizard est arrêté par les hommes du commissaire Betchen (3). Il est transféré – avec un groupe de vingt-quatre
militants communistes – le jour même au “Centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt par arrêté du Préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier, en date du 20 janvier. Lire dans le site Le camp d’Aincourt.
Le 27 juin 1941 (4), il est remis aux autorités allemandes, à leur demande, avec quatre-vingt-sept internés d’Aincourt, qui sont transférés, via le Fort de Romainville, au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122) (mémoire de maîtrise d’Emilie Bouin). Ils ont tous été désignés par le directeur du camp, avec l’aval du Préfet de Seine-et-Oise.
A Compiègne Marcel Alizard se retrouve avec deux autres militants communistes du Blanc-Mesnil, internés eux aussi à Aincourt et transférés vers Compiègne le 27 juin 1941 : Yves Cariou, (arrêté le 1er novembre 1940) et Henri Charlier (arrêté le 1er novembre 1940).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Alizard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées orga

nisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Le 8 juillet 1942

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n’est pas  connu des historiens du Musée d’Auschwitz. Toutefois mon travail de reconstitution partielle des listes du convoi m’avait permis d’émettre l’hypothèse que le matricule « 45163 » avait pu lui être attribué.  La comparaison entre la photo d’avant-guerre de Marcel Alizard retrouvée dans les archives que Roger Arnould m’a confiées en 1987 et celle du déporté portant ce numéro est probante.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Il est de ceux qui restent à Birkenau.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Marcel Alizard meurt à Auschwitz-Birkenau  le 19 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 24 mars 1987, paru au Journal Officiel du 15 mai 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte
porte la mention fictive « décédé le 31 janvier 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Marcel Alizard est déclaré « Mort pour la France » le 2 septembre 1947 et homologué « Déporté Politique ».

La Cité Marcel Alizard

Son nom est donné à une avenue par délibération du Conseil municipal du 6 décembre 1945.

Une cité HLM (5) et un foyer municipal de
Blanc-Mesnil honorent son nom, tout comme le centre départemental de Protection
maternelle et infantile « Marcel Alizard ».

  • Plaque indiquant le centre de PMI Marcel Alizard

    Note 1 : en mai 1921, pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), le gouvernement français ordonne la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française. Les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent alors de 100.000 à 210.000 hommes : le gouvernement rappelle les réservistes ou maintient les hommes libérables, ce qui est le cas de Marcel Alizard.

  • Note 2 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des « individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy : la loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit également l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : « Ces policiers appartenaient à ce que l’on appelait alors à Aubervilliers « la brigade politique ». Cette brigade placée sous le commandement du commissaire Georges Betchen groupait 12 membres. Cet effectif doit être rapporté à celui du commissariat qui s’élevait à 225 hommes, ce qui est très important, mais il faut le rappeler le commissariat couvrait les territoires d’Aubervilliers, de La Courneuve et du Bourget. Statistiques de la « brigade politique » du commissariat ’Aubervilliers pour la période octobre 1940-décembre 1941 : 18 personnes inculpées pour propagande gaulliste, 22 pour reconstitution du Parti communiste ; 81 pour  propagande communiste ; 1334 arrestations de suspects ; 465 visites domiciliaires ; 44 arrestations en vue d’internement administratif ; constitution d’un fichier de 2139 personnes avec 124 photographies ; constitution d’un fichier d’israélites ». « GeorgesBetchen sera, à la Libération, condamné à vingt ans de travaux forcés ». Jacques James / André Narritsens / Bernard Orantin In © Blog du PCF d’Aubervilliers, 24 octobre 2010.
  • Note 4 : C’est à cette date que sont également internés à Compiègne un millier de syndicalistes et communistes raflés à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, par les Allemands avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir
    du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.
  • Note 5 : La cité Marcel Alizard se compose de cinq bâtiments gérés par l’OPHLM 93. Ils ont entre 5 et 10 étages de haut. Cet ensemble HLM de 223 logements fait partie du quartier des Tilleuls, dans le nord du Blanc-Mesnil.

Sources

  • Echange de courriers avec la mairie de Blanc-Mesnil, réponse et documentation le 1er juillet 1988 par le Maire de Blanc Mesnil, Robert Frégossy, déporté en Allemagne le 29 mars 1944. Puis de son successeur, Daniel Fleurtet, le 20 février 1992.
  • Photo de Marcel Alizard, ADIRP section de Blanc-Mesnil (Jean Ricoux à Roger Arnould, 12 mars1972).
  • © Archives en ligne de l’Aisne Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Liste des 88 internés d’Aincourt (tous de l’ancien département de Seine-et-Oise) remis le 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site InternetMemorialGenWeb.
  • Archives du CSS d’Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /© collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Cité Marcel Alizard et avenue Marcel Alizard in © Google-street view 2014.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2014,  2019, 2020 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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