Fiche navette des RG
Jean Moniotte : né en 1921 à Creil (Oise) ; domicilié à Asnières (Seine) ; ajusteur ; jeune communiste ; arrêté le 10 novembre 1941 en possession de 4000 tracts ; non-lieu, mais interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt.

Jean Moniotte est né le 31 décembre 1921 à Creil (Oise). Célibataire, il est domicilié chez ses parents au 35 boulevard Voltaire à Asnières (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils de Blanche, Eugénie Collin et de Léon Joseph Moniotte, son époux.
Célibataire, il est domicilié chez ses parents au 35, boulevard Voltaire à Asnières (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
De novembre 1936 à juin 1937, Jean Moniotte, est employé chez M. Raymond Devynck, boulanger-pâtissier au 18, rue de l’Exposition (Paris 7ème).
En 1937, la famille Moniotte vient habiter au 35, boulevard Voltaire à Asnières (Seine / Hauts-de-Seine). De juin 1938 à juin 1939, Jean Moniotte travaille au 52, avenue d’Argenteuil à Colombes, aujourd’hui la boulangerie-pâtisserie Duroc. E
n juillet 1939 et jusqu’en novembre 1940, il travaille comme ajusteur (affûteur) aux Constructions mécaniques d’Asnières, au 4 rue du Potager à Asnières, aujourd’hui disparues.  Il a été membre des Jeunesses communistes.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Selon son PV d’interrogatoire le 25 novembre 1941, il part travailler en Allemagne du 24 mars au 13 septembre 1941. Il est embauché à son retour comme ajusteur à la Manufacture d’Armes de Levallois.

Ancien membre des Jeunesses communistes, Jean Moniotte est arrêté le 10 novembre 1941, quai de Clichy, à l’angle du Pont d’Asnières, en possession de « 4000 tracts » qui appellent à manifester le lendemain « Jeunes, tous à l’Étoile le 11 novembre ».

Tract du FNJF (© MRN)

La Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire dans le site La Brigade Spéciale des Renseignements généraux) enquêtera en vain jusqu’au 25 novembre pour essayer de « loger » les militants avec lesquels il est en relation au sein de la JC clandestine et qui lui fournissaient le matériel de propagande.

« Bien que l’intéressé n’ait jusqu’ici autrement attiré l’attention de nos services et qu’il se soit défendu d’avoir au préalable milité au sein du Parti communiste, n’en avait pas moins des sympathies aux doctrines moscoutaires » (PV du 25 novembre 1941).

Au cours de son interrogatoire, Jean Moniotte refuse « d’indiquer la provenance des écrits subversifs et toutes indications utiles sur l’individu qui lui aurait remis les tracts ». « Confondu de propagande clandestine », Jean Moniotte est inculpé d’infraction au décret du 26
septembre 1939.

PV d’interrogatoire du 25 novembre 1941

Il est écroué au Dépôt de la Préfecture de police de Paris. Le 14 novembre, le juge « L. G. » délivre une commission rogatoire à un des hommes du commissaire David, l’inspecteur « D » de la BS1, pour « rechercher et identifier les personnes avec lesquelles il était en relation au sein de l’organisation clandestine ». Le 25 novembre, le commissaire David transmet un rapport négatif au juge d’instruction. Le 9 décembre 1941, ce juge d’instruction du Tribunal de première instance de la Seine prononce un non-lieu.
Mais Jean Moniotte n’est pas libéré pour autant : il est maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris. Le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne alors son internement administratif sans jugement pour le « Centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé (1), en application de la Loi du 3
septembre 1940.
Le 3 janvier 1942, Jean Moniotte fait donc partie d’un groupe de 50 internés administratifs (38 internés politiques (RG) et 12 indésirables (PJ) transférés du Dépôt vers le CSS de Rouillé. Un avis du 31 décembre stipule les conditions de ce transfert : Ils seront conduits en autocars par la rue Sauvage jusqu’à la gare d’Austerlitz, où ils pourront pénétrer jusqu’à la voie 23 au train de voyageurs n° 3. Le chef du convoi disposera d’une voiture avec 10 compartiments. Le départ est fixé à 7 h 55, l’arrivée à Rouillé à 18 h 51, après un arrêt de 45 minutes à Poitiers.

Rouillé. Liste des RG : internés à transférer à Compiègne

Début mai 1942, les autorités allemandes
adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Jean Moniotte (n° 134 de la liste) y figure.
Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Moniotte est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore la date exacte de son décès à Auschwitz. Le registre d’état civil a retenu la date de fin septembre 1942 avancée par le ministère des Anciens combattants.

Le 17 octobre 1947, ses parents ont fait une demande d’inscription pour la mention « mort pour la France ». La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 19-02-1997).

  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 

Sources

  • Tract du Front National de la Jeunesse de France (collection MRN, Musée national de la résistance). Le FNJF, tout comme le Front National créé en 1941, n’a aucune parenté avec le FN des Le Pen créé en 1972 par le groupuscule « Ordre Nouveau ».
  • Rouillé. Liste du 22 mai 1942 Archives du CDJC (XLI-42).
  • Archives municipales d’Asnières : la demande d’inscription de la mention : »Mort pour la France » effectuée par ses père et mère, en date du 16 octobre 1947 indique les circonstances de son arrestation. Acte de décès (4 octobre 1947).
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cettenotice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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