Lucien Pierson : né en à Frouard (Meurthe-et-Moselle), où il habite ; lamineur ; communiste ; arrêté le 18 août 1940, interné 15 jours à Ecrouves : arrêté comme otage communiste le 7 avril 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942 

Lucien Pierson est né au domicile de ses parents le 21 décembre 1901 à Frouard (Meurthe-et-Moselle).
Il habite au 36, rue de l’Hôtel de Ville à Frouard au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise Lahaye, 42 ans, sans profession et de Jean-Baptiste Pierson, bateleur en fer, 47 ans, né en 1854 à Bertrambois (Meurthe-et-Moselle). Ses parents se sont mariés à Frouard le 16 août 1879. Son père qui travaille aux Forges et Aciéries de Pompey (usine de Frouard) reçoit en 1908 la médaille d’honneur du ministère du commerce et de l’industrie. En 1911 la famille habite Pompey selon le répertoire des ouvriers des Forges et Aciéries de Pompey (sans doute dans les Cités Saint-Eulaire).
Le registre matricule militaire de Lucien Pierson indique qu’il habite Frouard, où il travaille comme ouvrier d’usine au moment du conseil de révision.

Registre matricule de Lucien Pierson

Il mesure 1m 70 (taille « rectifiée » à 1m 67), a les cheveux blonds, les yeux bleus, le front bas, le nez ordinaire et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Son père est décédé au moment de l’établissement de la fiche du registre matricule militaire de Lucien Pierson.
Il est classé dans la cinquième partie de la liste en 1921 (ajourné pour « faiblesse ») et dans la première partie en 1922.
Le registre matricule ne donne aucune autre information concernant un éventuel parcours militaire et une éventuelle mobilisation en 1939-1940 (si, père de famille de trois enfants vivants, il est ramené de ce fait à la classe 1915, il est néanmoins mobilisable).
Le 16 octobre 1926 à Frouard, il épouse Alice, Joséphine Mathieu (1903-1988). Elle est née le 7 mars 1903 à Frouard. Le couple aura 3 enfants, Roger, né en 1928, André, né en 1932, et Henri tous trois nés à Frouard.
En 1931, selon le recensement, il est ouvrier à l’usine Fould de Pompey.
Métallurgiste, Lucien Pierson est employé comme lamineur aux Forges et Aciéries de Pompey (usine de Frouard) en 1936. La famille habite au 36, rue de l’hôtel de ville (recensement de 1936).
Adhérent du Parti communiste depuis sa création (1920), il est délégué syndical (CGT) au moins depuis 1936 et membre du Bureau syndical (information de la police municipale de Frouard, recueillie auprès de son fils Roger Pierson).
Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Le 18 août 1940, Lucien Pierson est arrêté à son domicile, en tant qu’ancien militant communiste, par deux gendarmes de la brigade de Frouard en exécution d’un arrêté du Préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 14 août. Il est interné au Centre de séjour surveillé d’Écrouves du 19 août au 3 septembre 1940, date à laquelle il est libéré.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251).
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le site : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d’Auboué (février 1942).
Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations.
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre. Une importante prime à la délation est annoncée (20.000 F des autorités et 10.000 de la direction de l’usine) : pour comparaison, le salaire horaire moyen d’un ouvrier de l’industrie est à l’époque de 6 F, 30 (in R. Rivet « L’évolution des salaires et traitements depuis 1939 »).

Lucien Pierson va faire partie de la seconde vague d’arrestations, commencée dès le 5 février.
Le 7 avril 1942, à 4 heures du matin, la Gestapo l’arrête à son domicile, alors qu’il revenait du travail. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent en même temps que Ferdinand Bigaré et Charles Jacquet au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation :
La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Lucien Pierson est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

© Dessin de Franz Reisz, 1946

Lucien Pierson meurt le 18 septembre 1942 d’après les registres du camp. Sa mort à Auschwitz, aurait été annoncée à  sa famille par la Gestapo (1942). Selon le témoignage de Ferdinand Bigaré, son corps « fut brûlé dans le camp « . Il faut entendre que son corps a été brûlé dans un des crématoires du camp de Birkenau à la suite d’une grande « sélection » des inaptes au travail dans le camp, qui l’avait conduit à mourir dans une chambre à gaz.
Il est déclaré « Mort pour la France » et « Mort en déportation » J.O. du 14 décembre 1997

Son nom est également gravé sur le monument aux Morts du cimetière communal.

Plaque dans le hall de la mairie de Frouard

Une plaque commémorative dans le hall de la Mairie rappelle son souvenir et celui de quatre autres déportés. Son fils l’a représenté au sein de l’Association des déportés de Pompey et des environs (site internet).

Sources

  • Témoignage de Fernand Bigaré, dit « coco », auprès de la famille en 1945.
  • M. C. Wild, Maire de Frouard, et le Brigadier de police A.Wojciak : enquête du 23 avril 1991.
  • Death Books from Auschwitz,Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de Meurthe et Moselle en ligne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo de la plaque in Memorial genweb © Bernard Legendre
  • Recensement de la population en 1936 à Frouard.
  • Répertoire des ouvriers des Forges et Aciéries de Pompey.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997, salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et
le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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