Gaston Gié © envoi de son fils
Gaston Gié à Auschwitz, le 8 juillet 1942

Matricule « 45.598 » à Auschwitz


Gaston Gié : né en 1888 à Fontainebleau (Seine-et-Marne) ; domicilié à La Garenne Colombes (Seine) ; machiniste ; communiste ; arrêté le 20 janvier 1941, interné à la Santé et à Clairvaux , interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ;  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 10 septembre 1942.

Gaston Gié est né le 7 mai 1888 à Fontainebleau (Seine et Marne). Il habite au 35, rue Voltaire à La Garenne Colombes (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Antoinette Milbert, 19 ans, femme de chambre, et d’Eugène, Louis Gié, 23 ans, cocher.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 64, a les cheveux et sourcils châtains, les yeux marrons, le front ordinaire, le nez et la bouche moyens, le visage ovale. Au moment de l’établissement de la fiche, il est sculpteur-sur-bois. Il a un niveau d’instruction n° 2 pour l’armée (sait lire et écrire).
Il habite au 46, rue du Chemin de fer à Courbevoie en 1908. Conscrit de la classe 1908, il est appelé sous les drapeaux le 7 octobre 1909, et incorporé au 162ème Régiment d’Infanterie. Il est libéré de ses obligations militaires le 24 septembre 1911, « certificat de bonne conduite accordé ».

En 1913, Gaston Gié est sculpteur sur bois. Il est domicilié au 37, rue du Chemin de fer à Courbevoie. Le 14 juin 1913 il épouse à Courbevoie, Renée Ernestine Beuve. Sans profession, elle est née le 20 décembre 1889 au Havre (Seine-Inférieure), et habite avec son père, veuf, au 81, rue Étienne Caron à Courbevoie. En avril 1914, le couple habite au 37, rue du Chemin de fer à Courbevoie. Le 1er août 1914 la mobilisation générale est décrétée.

Médaille militaire

Il est « rappelé à l’activité et mobilisé au 153ème RI le 3 août 1914. Il est blessé à la tête à Noviant-aux-Prés (combats de Lérouville, près de Commercy, Meuse), le 23 septembre 1914, par une balle de Shrapnel (invention anglaise de l’obus à balles).
Il subit une « petite perte de substance pariétale gauche » et doit être trépané. Il en garde une « brèche complète de la région pariétale » selon sa famille (il obtiendra une pension de 50% en 1938… qui n’est concédée qu’à 15% en 1919 lors de sa réforme définitive).
Par décision du général commandant le corps d’armée, il est renvoyé « aux armées » après sa convalescence. Et comme c’est l’habitude dans l’armée, il est transféré dans un autre régiment, le 76ème RI le 24 avril 1915. Le 25 septembre 1915, il est blessé par une balle à la cuisse à Ville-sur-Tourbe (Marne). Il est alors classé service auxiliaire par la commission de réforme de Versailles en 1916.
Gaston Gié est « détaché du corps » le 7 août 1917 au titre du Dépôt des métallurgistes de Toulouse,19 rue d’Estrées. Il est muté au 140èmeRI le 17 août 1917, « au titre des usines de la Société Electro-chimie à Brignoud (Isère) ».
Démobilisé le 24 mars 1919, il retourne à la vie civile et habite au 37, rue de Paris à Courbevoie. Il est décoré de la Médaille militaire le 28 août 1938 pour 10 années de service, 3 campagnes, 2 blessures et une citation à l’ordre de sa division.
Le couple Gié a deux enfants : Roger, Gaston, Henri né le 10 août 1919 à Courbevoie (décédé à Tours en 1997) et Geneviève, née à Paris 8ème le 6 janvier 1924 (décédée à Créteil en 1997).
En 1925, le couple s’installe à La Garenne-Colombes : il exerce alors la profession de machiniste et s’inscrit sur les listes électorales de la commune.
En 1931, il est menuisier chez Peugrumer.
En avril 1935 ils habitent toujours au 35, rue Voltaire à La Garenne. Militant communiste, il est trésorier de l’ARAC de la ville de 1935 à 1938.
Il est menuisier, sculpteur sur bois, puis pour cause de chômage, gardien à l’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes. Il quitte ce poste à l’arrivée des troupes allemandes, refusant de collaborer.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Durant l’Occupation, il s’engage dans la Résistance et sera homologué adjudant dans la RIF le 29 décembre 1948 (document ci-contre).

Liste de Clairvaux

Après 2 perquisitions à son domicile, sans résultat, le commissaire de police de Courbevoie l’arrête chez lui le 20 janvier 1941 (afin d’assister aux funérailles de son père, il était rentré chez lui pour changer de vêtements).
Il est emprisonné à la Santé, puis à Clairvaux le 21 janvier 1941. A Clairvaux sa fiche renseignée par les RG indique « militant notoire. Homme de confiance de l’ex-député Etienne Fajon. Meneur particulièrement actif« .

Liste du camp de Rouillé

Il est interné au camp de Rouillé (1) le 25 septembre 1941.  Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne  (le Frontstalag 122). Le nom de Gaston Gié (n° 88) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Le 22 mai 1942, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Il y est enregistré sous le matricule « 5877 ». 

Lettre type du camp de Compiègne 122 adressée à son épouse

Ci-contre la lettre adressé à son épouse par l’administration du camp de Compiègne postée le 17 octobre 1942 : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles ». 

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gaston Gié est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45598 »

Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gaston Gié meurt à Auschwitz le 10 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 347). 

La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 juin 1993 paru au Journal Officiel du 17 juillet 1993). Cet arrêté porte
néanmoins une mention erronée : décédé le 28 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (carte N° 1101 14340). Il est homologué comme adjudant.

  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A laLibération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Fiche établie par Roger Arnould, archiviste de la FNDIRP

    Lettre, photo et photocopies envoyées par son son fils (mai 1972) et lettre de sa veuve.

  • Documents : attestation médicale, circonstances des blessures, état de santé analysé par la Commission de Réforme (8 février 1935), homologation au Front National (29 décembre 1948). Carte de combattant.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division ou Pôle des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de la Préfecture de police. Clairvaux, internés le 21 janvier 1941.

Notice biographique rédigée en novembre 2005, complétée en 2017 et 2019 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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