Paul Hardy à Auschwitz le 8 juillet 1942
Paul Hardy en 1935 à Vincelles

Matricule « 45.654 » à Auschwitz

Paul Hardy : né en 1907 au Havre (Seine- Inférieure) ; domicilié à Courbevoie (Seine) ; mécanicien, monteur ; communiste ; arrêté le 9 décembre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt, de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 2 septembre 1942.

Paul Hardy est né le 26 mai 1907 au Havre (Seine Inférieure / Seine Maritime).
Il habite au 22, rue Danton à Courbevoie(Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 

Il est le fils de Pauline Armandine Retout née le 28 janvier 1870 à Fécamp et de Paul Marie Jules Hardy né le 08 mars 1854 à Canouville, son époux.
Le 29 décembre 1928 Paul Hardy se marie au Havre avec Augustine, Victoire Forget (elle est née le 13 juin 1909 au Havre). Le couple a une fille : Liliane, Paule, Alphonsine , qui naît le 23 août 1934 à Courbevoie.
La photo ci-dessous a été prise à Vincelles par le beau-frère de Paul Hardy «… mon père avait l’habitude, quand on partait en vacances, d’embarquer tout le monde de la famille de sa femme et après nous avoir déposé dans ce village, repartait au travail ; il était chirurgien au Havre et on sait que les malades n’attendent pas ». Jean-Louis Pechin.

De gauche à droite : Paul Hardy et sa mère Pauline, un de ses neveux, sa nièce et Marthe (la sœur de Paul), et entre elles deux son neveu Jean-Louis tout petit, Augustine l’épouse de Paul Hardy et Liliane, leur fille

Paul Hardy exerce le métier de mécanicien (régleur) aux établissements Cadum à Courbevoie (13 rue de la Sablière, les bureaux sont communs à ceux de Colgate, boulevard de la mission Marchand), où son épouse est également employée.
Il est délégué du personnel chez Cadum, à partir de 1937.
La police considère qu’il est un « propagandiste très actif« , membre du Parti communiste, responsable de la cellule d’entreprise, même s’il le niera au cours des interrogatoires de police en 1940.

Paul Hardy est rappelé sous les drapeaux avant la déclaration de guerre.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
Il n’est démobilisé qu’en septembre 1940. Il est surveillé par le commissariat de Courbevoie, et son domicile est perquisitionné dès son retour.
Paul Hardy est arrêté le 9 décembre 1940 et interné administrativement le même jour au « Camp de séjour surveillé » d’Aincourt, dans le cadre des grandes rafles organisées, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes et syndicalistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt.
Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940 jusqu’à la mi-décembre.
Lire dans le site Le camp d’Aincourt. Trois autres militants de Courbevoie sont arrêtés avant lui, le 6 décembre (Gabriel Pépin, René Rivière et Michel Soret)

Le 18 février 1942, son nom est cité dans un pli confidentiel (1) adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police).

Une curieuse note confidentielle…(1)

Le Préfet de police de Paris, Roger Langeron l’informe d’un projet révélé par ses services « en
vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement
convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure
». Paul Hardy est le seul du camp d’Aincourt (1).

Paul Hardy est interné à Aincourt à la chambre n° 41. Les « internés administratifs » à Aincourt en 1940 et 1941 n’ont pas été condamnés : une « révision trimestrielle » de leurs dossiers est donc censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont « amendés »… Le commissaire Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnaît la plupart du temps la bonne tenue de l’interné !
Pour Paul Hardy il ne fait pas exception à cette règle ! Le 25 février 1941 il émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « est resté communiste et son internement n’a pas modifié ses

Extrait de la liste adressée au Préfet Caumont

opinions », lui reconnaissant une « attitude correcte ».

Le sanatorium d’Aincourt en 1939, futur CSS

Les 27 février et 4 mars, Madame Hardy écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter une autorisation de visite pour elle et sa fille. Celui-ci lui répond en expliquant que son mari « ayant
fait l’objet d’un arrêté de M. le Préfet de Police, ce haut fonctionnaire est seul qualifié pour statuer sur [cette] demande ». Le 11 août, le commissaire spécial commandant le camp transmet un rapport concernant plusieurs détenus dans lequel il donne un avis favorable à la libération de Paul Hardy « jamais puni, attitude correcte » 
in Généanet G. Bath.

Après avoir fait en vain des démarches pour obtenir un droit de visite pour sa femme, Paul Hardy est transféré au camp de Voves le 5 mai 1942 (numéro de dossier d’internement 400.471) au sein d’un groupe de 149 internés.

Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Arthur Lepetit figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique que « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Le directeur du camp a fait supprimer auparavant toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».
Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 10 mai 1942.
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne avec 80 autres détenus, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Hardy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé à son arrivée au camp d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45654» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro a pu être validé en août 2013 suite à un mail de son neveu, M. Jean-Louis Pechin, qui m’a transmis une photo de Paul Hardy en famille, à partir de laquelle on peut identifier le matricule et la photo de Paul Hardy à Auschwitz, comme étant celle du déporté « 45.654 » photographié le 8 juillet 1942 (2).

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Paul Hardy meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (inDeath Books from Auschwitz Tome 2 page 427), consultable sur le site du Musée d’Auschwitz. La date du 15 janvier 1943 inscrite au Journal officiel JO1994p02803-02809 est une date fictive inscrite – pour permettre l’accès aux pensions par les familles – au lendemain de la Libération par le Ministère des ancien combattants, la plupart du temps à partir de témoignages de rescapés.

Courbevoie : l’hommage des survivants des camps

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 18 février 1994.

Pancarte portée par d’anciens déportés courbevoisiens lors d’une commémoration

Son nom figure sur la plaque commémorative en Mairie de Courbevoie.

  • Note 1 : Cette curieuse note nous semble fort peu vraisemblable. Car si les RG ont incontestablement eu dans cette période des informations au niveau de la direction communiste, il s’agit plus vraisemblablement d’un « coup » monté par le préfet Langeron, qui est alors en disgrâce (il sera destitué par Vichy le 26 février 1941) afin de redorer son blason. En effet la plupart des militants nommés dans cette fameuse liste ne sont pas de tout premiers responsables de l’appareil clandestin du Pc, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait pourtant logique dans le cadre d’une évasion collective destinée à un « mouvement insurrectionnel ».  Néanmoins, on notera que a plupart de ces militants ont une trentaine d’années et ont été mobilisés en 1939. L’un d’entre eux, Marcel Boyer, d’Ivry, est un ancien commissaire politique des BI en Espagne et on trouve sur la liste les noms de 8 militants d’Ivry ou Vitry internés à Gaillon, qu’il connaît bien. Par ailleurs on note les noms de 5 militants de Suresnes et Colombes. Georges Le Bigot, ex-maire d’Ivry qui est le plus âgé, a l’expérience militaire des deux conflits.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Courriel avec photo de famille de Paul Hardy à Vincelles en 1935. Envoi de son neveu, M. Jean-Louis Pechin (août 2013). Grâce à cette photo, nous avons pu identifier le matricule et la photo de Paul Hardy à Auschwitz, comme étant celle du déporté « 45.654 » photographié le 8 juillet 1942.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives municipales de Courbevoie.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 – mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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