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LE CARPENTIER Gérald

Gérald Le Carpentier est né le 13 juin 1895 à Ste-Honorine-des-Pertes (Calvados). 

Gérald Le Carpentier © Catherine Godefroy

Il habite au 20, rue Saint Patrice à Bayeux (Calvados) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie Françoise Thomasset, née le 28 juin 1860 à Cottun (Calvados), servante et de Gustave, Marie Le Carpentier, né en 1862, journalier, son époux (1).  Ses parents se sont mariés le 10 juillet 1887 à Crouay. Il a une demi-sœur, Léa Lecarpetier, née en 1881 et deux frères, Gaston, son aîné de deux ans et Maxime.

Dans plusieurs documents, dont le J.O. le document allemand et la
lettre du Comité de  Libération de Bayeux ci-après, leurs fils ont été inscrits sous le nom de « Lecarpentier ».

Il est journalier, puis maçon.

Chasseurs et un peu braconniers, Gérald Le Carpentier et son frère aîné Gaston ont maille à partir avec un garde chasse privé en 1913. Gérald a 18 ans, et son frère Gaston 20 ans. 

Le 6 décembre 1913, Gérald écope d’une amende de 30 F pour « chasse sans permis » et son frère de 15 jours de prison et 30 F d’amende pour « outrages et voies de fait sur un garde particulier » (in L’indicateur de Bayeux du 12/12/1913).

Conscrit
de la classe 1915, Gérald Le Carpentier est mobilisé par anticipation, comme
tous les jeunes hommes de sa classe. Il arrive au 28ème Régiment d’infanterie
le 19 décembre 1914.

Il passera successivement aux 403ème RI (21
mars 1915), au 239ème RI (le 22 septembre 1916) et revient au 403ème
le 9 juillet 1917.

Il
est démobilisé le 14 octobre 1919, et se retire à Bayeux, au 5, rue Saint-Patrice.

Gérald
Le Carpentier a eu plusieurs fois maille à partir avec les instances
disciplinaires de l’armée. Il est plusieurs fois condamné par le Conseil de
Guerre (« sommeil pendant la garde« , « retour différé de permission » considéré comme
des actes de désertion, mais amnistiés, car il s’est présenté volontairement au
Régiment). Mais il a aussi été décoré de la Croix de Guerre avec étoile de
bronze : « Soldat courageux et
plein d’entrain, a participé volontairement à un coup de main qui a permis de
ramener 21 prisonniers
 ».

En
mai 1921 Gérald Le Carpentier déménage à Cottun, au hameau Croisette, à 6 km à
l’ouest de Bayeux. 
Le 15 octobre 1921, il épouse Eloïse,
Ernestine Paris (1900-1980) à Cairon (Calvados).
Elle est 
née le 16 août 1900 à Cairon. En novembre de la même année, ils habitent chez M. Cassigneul à
Sommervieu (à 5 km à l’est de Bayeux).

En
mai 1922, il reviennent à Cottun. En janvier 1922 ils déménagent à Tour-en- Bessin.
En novembre 1926, ils habitent à Vienne-en-Bessin. Au début de 1935, l’épouse de son frère Gaston, en instance de divorce, accuse les trois frères d’être responsables de l’assassinat de deux gendarmes, en 1934, lors d’une partie de chasse. Interrogés, les frères nient et sont remis en liberté. En 1935, il travaille avec son frère Gaston au chantier du Casino de Luc-sur-Mer. A cette occasion ils se battent avec un autre maçon. Le cimentier porte plainte et ils sont condamnés à 18 F d’amende.

En octobre 1935 Gérald et sa famille ont déménagé
pour Vaucelle. En février 1936, il est condamné à un mois de prison pour rébellion à plusieurs gendarmes, venus lui signifier une contrainte par corps.

Il quitte Vaucelles en novembre 1938 pour revenir à Bayeux, rue Saint
Patrice, mais au n° 20.

En
mars 1938, Gérald Le Carpentier travaille aux Ateliers de fabrication d’armement de Caen
(un complexe pyrotechnique dédié à la fabrication des munitions, ce qui vaut au site le nom de «Cartoucherie»). Il est alors «Rappelé
à l’activité», mobilisable le 2 septembre 1939. Père de 5 enfants, il
est classé « Affecté spécial » aux ateliers de fabrication de Caen, le
17 novembre 1939.

Il est radié de cette affectation
spéciale le 27 décembre 1939, comme sont radiés à cette époque les militants syndicalistes ou communistes. Mais il est néanmoins laissé sans affectation militaire.

Le 14 juin 1940, l’armée
allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population.
La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du
commandement militaire allemand en France. Le 18 juin 1940, les
troupes allemandes occupent la ville de Caen, et
toute la Basse Normandie le 19 juin.
En août, 8 divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger –
cantonnent dans la région.
L’heure allemande remplace l’heure
française. 

 

Arrestations
dans la nuit du 1er au 2 mai sur demande de la Kreiskommandanturen.
Montage © Pierre Cardon
 

 

Il est arrêté dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 par des gendarmes français de Bayeux et des Feldgendarmen. Son nom a en effet été porté sur la liste émanant de la Préfecture du Calvados des militants communistes, arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 par des gendarmes français de Bayeux et des Feldgendarmen

Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril.

Lire dans le blog : Le
double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai
1942)
et la note du Préfet de
Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : 
Collaboration de la Police français
(note du Préfet de police, François Bard
).

Il est transféré à la Gendarmerie de Bayeux. Après deux jours 2 jours passés à
la gendarmerie de Bayeux, il est emmené en camion pour Caen à la demande des
autorités allemandes, le 3 mai, avec ses camarades de Bayeux arrêtés en même
temps que lui, au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont
regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par
la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés
mais déportés.

Après
interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare
de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de
Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122
(témoignage d’André
Montagne
, rescapé). Gérald Lecarpentier y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.

Liste des matricules de la chambre 7
du bâtiment A5

Il y reçoit le matricule « 5258 ». Il est dans un premier temps affecté au bâtiment A5,
chambre 7, dont le chef de chambre estOlivier Souef. A la date du 29 mai 1942, celui-ci
a rayé son nom de la liste de la chambrée, ce qui signifie que Gérald
Lecarpentier a été transféré dans une autre chambre.

Pour comprendre la politique de
l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du
blog : La
politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
 et «une
déportation d’otages
».

Cf Article du
blog : Les wagons de la Déportation

Depuis le camp de Compiègne, Gérald Lecarpentier est
déporté à Auschwitz par le convoi du 6 juillet 1942. Ce convoi est
composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages
communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus
du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel
d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants –
de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits
communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées
à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables,
aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste
clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le
récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet
1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet
1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au 
Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros
« 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des
45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce
matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute
demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans
le blog : 
Le
KL Aushwitz-Birkenau
.

 

L’entrée du camp d’Auschwitz

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45746 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Lire
dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942.
et 8
juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Gérald Le Carpentier meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 158 où il est orthographié sous le nom Le Carpentier). Comme cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates, il est vraisemblable qu’ils aient été tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.

 

 

Lettre du Comité de Libération 

de Bayeux à André Montagne

Après la Libération, le Comité de libération de Bayeux s’adresse le 16 juillet 1945 à un rescapé, André
Montagne
 afin de lui demander s’il peut donner des nouvelles de plusieurs déportés de cette ville, dont Le Carpentier.

Le titre de «Déporté politique» a été attribué à Gérald Le Carpentier. Selon son registre matricule militaire il a été homologué comme « Déporté Résistant » le 25 mars 1949.

Il a été déclaré « Mort pour la France ».

Son épouse a demandé à André Montagne une attestation du décès de son mari à Auschwitz (avril 1946), attestation demandée par le Ministère des anciens combattants.

Monument aux morts de Bayeux

Points rouges,
les « 45.000 » 

Son nom et celui de ses camarades
déportés à Auschwitz est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

 

Une
plaque commémorative collective a été apposée le 26 août 1987 à la demande
de David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du
convoi. Le nom de Gérald Lecarpentier est inscrit sur la stèle à la mémoire
des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle
a été apposée à l’initiative de l’association « Mémoire Vive », de la municipalité
de Caen et de l’atelier patrimoine du collège d’Evrecy. Elle est honorée
chaque année. 

  • Note 1 : Par la suite d’une erreur du secrétaire de mairie de Saint-Honorine des Pertes, son inscription sur le registre des naissances avait été omise en 1895. Elle figure par jugement du tribunal sur le registre de l’année 1900. Cette erreur explique sans doute qu’il n’y ait pas eu d’inscription de son mariage sur son acte de naissance. Y figure seulement sa date de décès à Auschwitz.

Sources

  • Registre matricule militaire, archives en ligne du Calvados.
  • Lettre de sa veuve à André Montagne (15 avril 1946).
  • Témoignage d’André Montagne et de Charles Lelandais.
  • Lettre du Comité de Libération de Bayeux (18 juillet 45).
  • Fiche FNDIRP (n° 21450).
  • Renseignements fournis par Jean Quellien, historien. (février 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés) N°31792.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. 1993.
  • Photo envoyée par sa petite fille Mme Catherine Godefroy.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2015, 2017 et 2020) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.

Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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