Matricule « 45.748 » à Auschwitz

Maurice Lechevalier : né en 1902 à Cherbourg-Octeville (Manche) ; domicilié à Puteaux (Seine) ; ajusteur-outilleur ; militant CGT et communiste ; arrêté le 31 août 1940 ; interné aux camps d’Aincourt, de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 2 novembre 1942.

Maurice, Louis, Victor Lechevalier est né le 26 octobre 1902 à Cherbourg-Octeville (Manche). Il habite au 74, Boulevard Richard Wallace à Puteaux (ancien département de la Seine / Hauts de Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Albertine Joret, 35 ans et d’Alexis Lechevalier, 37 ans, charpentier de marine. Il est issu d’une fratrie de sept enfants. Conscrit de la classe 1922, il a le matricule « 481 » lors du conseil de révision à Cherbourg. Il s’engage en 1921 dans l’infanterie coloniale. Avec le 1er Régiment d’Infanterie coloniale il participe à l’occupation des pays rhénans. Puis il sert en Indochine jusqu’en 1926. En juin 1931, Maurice Lechevalier habite au 233, rue du Vieux-Pont-de-Sèvres à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine), puis à Suresnes en 1937 au 40, rue des Couvaloux.
Il vit maritalement avec Marie Ernestine Henriette Farque, crémière, née le 13 novembre 1894 à Traves (Haute-Saône). Elle est veuve de Gérard Primaux, tué à l’ennemi le 23 mai 1916. Le couple a un enfant, âgé de sept ans au moment de l’arrestation de Maurice Lechevalier.
Celui-ci est métallurgiste, outilleur-ajusteur chez Morane-Saulnier, société d’aéronautique, au 3, rue Volta à Puteaux.
Il est militant communiste actif et syndicaliste. En 1939, il s’inscrit sur les listes électorales de Puteaux au 74, Boulevard Richard Wallace.
A la déclaration de guerre, il est mobilisé comme « affecté spécial » à son poste de travail, l’entreprise d’aéronautique Morane-Saulnier travaillant pour la défense nationale.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Maurice Lechevalier est arrêté le 31 août 1940 par des policiers français, à Puteaux, pour distribution de tracts.
Il est écroué au dépôt de la Santé puis il est transféré comme « interné administratif » le 9 novembre 1940 au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val D’Oise), près de Mantes, camp ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Lire dans le site : Le camp d’Aincourt 

Fiche du camp d’Aincourt avec le motif d’internement notifié par les Renseignements généraux

Le motif indiqué par les Renseignements généraux pour son internement : « a été arrêté pour distribution de tracts. Continue son activité ». Lors de la « révision trimestrielle » de son dossier (elles ont lieu à partir de février 1941, le 26 février pour Maurice Lechevalier), le commissaire Andrey, directeur du camp émet un avis négatif sur une éventuelle libération. Les internés administratifs à Aincourt en 1940 n’ont en effet pas été condamnés : la révision trimestrielle de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont amendés… Andrey, dont
l’anticommunisme est connu,  a émis très peu d’avis favorables. Pour Maurice Lechevalier, Andrey a écrit : « communiste certain, suit les consignes
du Parti communiste » tout en lui reconnaissant une « attitude correcte ».
Maurice Lechevalier, soucieux que sa compagne et son fils puissent bénéficier des secours afférents aux conjoints et enfants d’internés administratifs, sollicite l’autorisation de se marier. Avec un autre prisonnier, il effectue le 6 novembre les démarches administratives à la mairie d’Aincourt sous la surveillance d’un inspecteur. Le 22 novembre 1941 il épouse Marie Ernestine Farque à la Mairie d’Aincourt.
Le 5 mai 1942, il est transféré au camp de Voves (Eure et Loir) avec 148 autres  internés d’Aincourt, dont 12 futurs « 45000 ». Il y reçoit le matricule « 375 ». Lire dans le site : Le camp de Voves.
Le 10 mai 1942 Maurice Lechevalier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Il est transféré en vue de sa déportation comme otage. avec 80 autres internés de Voves au camp allemand (Frontstallag 122) de Royallieu à Compiègne à la demande du MBF (Militärbefehlshaber in Frankreich), commandement militaire en France jusqu’en juin 1942 – installé à Paris (hôtel Majestic). Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Maurice Lechevalier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Maurice Lechevalier meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 selon les registres du camp (une lettre d’Arolsen à la mairie d’Aincourt, indique la même date). L’état-civil de Puteaux porte la date du 15 septembre 1942 comme date de décès. Elle est fictive. En effet, pour établir les pensions aux familles et dans l’ignorance des dates précises, les services français d’Etat Civil ou les ACVG ont souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre (le jour du départ, le 1° du mois,le 15, le 30, le 31).

Maurice Lechevalier est homologué (GR 16 P 349184) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme
appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Son nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance, érigé à Puteaux en mai 1970.

Sources

  • Plaquette mai 1981, « La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944« . Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, (février 1991) « Le P.C.F. à Puteaux à la Libération : des hommes pour un pouvoir », Maîtrise d’histoire, Université de Paris X Nanterre, 1984 (Dir. René Rémond), 189 p.
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des « 45000 » de Puteaux, juillet 72.
  • Archives du camp d’Aincourt. Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin,
    juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université
    de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le
  • immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Recherches aux archives de Cherbourg (état civil, registre matricule) par Marc Leguérinel.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2016,  2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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