Matricule « 45.323 » à Auschwitz

Pierre Cadiou le 8 juillet 1942

Pierre Cadiou : né en 1901 à Pont-Kerjean-en-Pleyben (Finistère) ; domicilié à Equeurdreville (Manche) ; paveur à l’Arsenal de Cherbourg ; militant Cgt, candidat communiste ; arrêté le 22 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942, où il meurt le 24 août 1942.

Pierre Cadiou est né le 29 mai 1901 à Pont-Kerjean-en-Pleyben (Finistère).  Il habite au lieu-dit du « Champ des oiseaux », rue Guerry à Equeurdreville (Manche), commune limitrophe de Cherbourg, avec sa mère et son frère cadet au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne, Marguerite Grannec, 21 ans, cultivatrice, née à Pleyben le 30 mars 1877 à Plonévez-du Faou près de Pleyben et Carhaix et de Jean Cadiou, 26 ans, maçon, né à Plonévez-du-Faou le 27 avril 1872.  Son cadet, Jean, est né à Pont-Kerjean-en-Pleyben en 1903. Leurs parents se sont mariés le 9 novembre 1898 à Pleyben.
Pierre Cadiou est ouvrier paveur à l’Arsenal de Cherbourg.
Selon sa fiche matricule militaire Pierre Cadiou mesure 1m 64, a les cheveux châtains foncé et les yeux gris bleu, le front et le nez moyens. Il a le visage ovale.
Au moment du conseil de révision, il travaille comme manœuvre, puis comme paveur à Equeurdreville (Manche) où habitent ses parents, rue Guerry. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921 Pierre Cadiou est appelé au service militaire en avril 1921 et incorporé le 6 avril au 43ème Régiment de tirailleurs algériens. Il est envoyé avec l’armée du Rhin en occupation des pays Rhénans. Il « passe » au 42ème bataillon de génie le 16 janvier 1922.  Du 6 avril 1921 au 21 juin il est compté en occupation des pays rhénans. Il « passe dans la disponibilité » le 1er avril 1923, mais il est « maintenu provisoirement sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la Loi du 21 mars 1905 » (1). Il s’agit du maintien sous les drapeaux des libérables dans le cadre de l’occupation de la Ruhr. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 mai 1923, « certificat de bonne conduite accordé ». Du 22 mai 1922 au 22 mai 1923 il est compté ½ campagne.  Il « se retire à Equeurdreville ».

En 1925, il travaille comme ouvrier à la Division des Travaux maritimes de Cherbourg (Arsenal). Cet emploi le fait alors « passer » du 29 mai 1925 au 20 mars 1928 en tant que réserviste de l’armée active, au port militaire de Cherbourg en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). 

Les candidats à Mortain, Le Petit Parisien 29 avril 1932

Ouvrier d’Etat, paveur aux Travaux Maritimes de l’Arsenal de Cherbourg, Pierre Cadiou est un militant communiste.

Trésorier de la Jeunesse communiste, puis du Parti communiste. Il est membre du bureau du Rayon de Cherbourg et candidat aux élections législatives de 1932 dans la circonscription de Mortain (il y obtient 303 voix, soit 3,09 % des exprimés). Initialement choisi en 1935 comme candidat aux élections législatives de l’année suivante, dans la même circonscription, il est en définitive remplacé par Charles Longle. 

Législatives à Mortain 1935

Syndicaliste, il adhère à la CGTU. Il est archiviste du Syndicat unitaire de l’Arsenal en 1933.

Il est rayé de « l’affectation spéciale » à une date inconnue, mais il est vraisemblable qu’il s’agisse de la fin 1939, comme la plupart de ses camarades de l’Arsenal syndicalistes et / ou présumés communistes qui sont également radiés de l’Arsenal. Il redevient alors mobilisable, « inscrit en domicile ». Pierre Cadiou est mobilisé au centre de mobilisation n° 33. Il est « réformé temporaire n°2 » par la commission de réforme de Cherbourg, le 15 mars 1940 pour « troubles pulmonaires avec signes radiologiques suspects d’évolution ». Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 « relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique« , il est révoqué de l’Arsenal.

Cherbourg 1940 : le drapeau à croix gammée sur le fort du Roule (Dr)

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 15e corps d’armée, commandé par le général Hotz investit Saint-Lô le 18 juin et Cherbourg le 19 juin 1940.  Le 21 juin 1940, horloges et montres sont avancées d’une heure. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Il entre dans la lutte clandestine contre l’occupant dès septembre 1940, il participe au regroupement de partisans, assiste aux réunions secrètes, diffuse des publications patriotiques. A l’été 1941 il devient membre du « Front national ». <

Le nom de Pierre Cadiou est mentionné dans l’état des civils français arrêtés par les Allemands dans l’arrondissement de Cherbourg (non daté). Arch. dép. Manche, 4 M 41/3064.

Pierre Cadiou est arrêté le 22 octobre 1941 à son domicile. Léon Lamort, René Longle, Charles Passot à Granville, René Fouquet à Querqueville, Alphonse Doucet et Maurice Fontaine à Equeurdreville, Edouard Lechevalier et Hippolyte Mesnil à Cherbourg, Julien Leterrier à Tourlaville, Gaston Launay à Octeville, Lucien Levaufre (45792) et Pierre Picquenot (45984) sont également arrêtés. Il est incarcéré à la Prison maritime de Cherbourg. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (le Frontstalag 122) à Compiègne.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Pierre Cadiou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.323 ». 

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (2) parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Pierre Cadiou meurt à Auschwitz le 27 juillet 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
André Defrance (1) a multiplié les démarches peu avant son décès survenu en 1952, pour que ses camarades déportés de la Manche, et notamment Pierre Cadiou (en vain), soient homologués comme Combattants Volontaires de la Résistances ou Déportés et Internés Résistants. Lire : « La carte de « Déporté-Résistant ».  

Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l’ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944). Il est également gravé sur le monument aux morts d’Erquedreville, et  sur la stèle commémorative du cimetière Tôt Neuf d’Equedreville. Un possible parent, Jean, Pierre Marie Cadiou, né en 1913 à Plonévez est homologué FFI.

  • Note 1 : André Defrance, arrêté en janvier 1944, déporté à Flossenbürg via Auschwitz et Buchenwald. Homologué capitaine FFI-FTP, il était habilité après la Libération à délivrer des certificats d’appartenance à la Résistance au nom du FN et des FTP dans le département de la Manche. Ainsi, il rédigeait des attestations, constituait des dossiers, qu’il présentait ensuite aux commissions chargées d’attribuer les mentions CVR ou DIR. 
  • Note 2 : La photo de Pierre Cadiou à Auschwitz fait partie des 522 négatifs photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Des tirages papier en ont été remis à André Montagne, rescapé du convoi, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés après le début de mes recherches. 

Sources

  • Les recherches de Renée Siouville (résistante, veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d’Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 « 45000 » de la Manche.
  • « La Résistance dans la Manche  » (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 41.
  • Eugène Kerbaul, 1 640 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1988. p 37.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz » (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 21, page 45. Article de Yves Le Floch.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • AD Finistère, registres matricules militaires, recensement Pleyben 1906 et acte de mariage 1898.

Notice biographique rédigée en avril 2001, complétée en 2016, 2018 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre « De Caen à Auschwitz » (Collège Paul Verlaine d’Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association « Mémoire vive ») juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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