Mendel Kronenfeld, collection Yad Vashem

Matricule « 46.290 » à Auschwitz

Mendel Kronenfeld : né en 1911 à Kutach (Pologne) ; domicilié à Caen (Calvados) ; chimiste ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage Juif ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; décédé à Auschwitz-Birkenau le 14 août 1942. 

Mendel Kronenfeld est né le 21 mars 1911 à Kutach (Pologne) (ex-Kuty en Russie tsariste) selon son acte de mariage, ou selon le Journal Officiel, Kuty (ex Kut, Roumanie).
Il habite au 100, rue Saint Jean à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Esther Zwiebach et de Bers Kronenfeld, son époux.
Chimiste, il a fait ses études à la faculté de Droit et de Sciences de Caen.
En 1937, il est domicilié au 7, rue de Vaucelle.

Signature de Mendel Kronenfeld au mariage de Moritz Scharf

Le 10 avril 1937 il est témoin du mariage de son ami Maurice Scharf avec Denise Hermerel. Maurice Scharf sera arrêté le même jour que lui et déporté à Auschwitz dans le même convoi.
Mendel Kronenfeld est naturalisé français le 21 août 1937 (décret n° 9992-37).
En 1938, il habite rue Neuve Saint-Jean à Caen. Il est commerçant au moment de son mariage.
Le 29 mars 1938, Mendel Kronenfeld épouse Lucie, Colombe, Lia, Clothilde Bréhon. Elle est couturière, âgée de 33 ans, catholique. Elle est née à Lion-sur-Mer (Calvados) le 18 septembre 1903. Elle habite au 100, rue Saint Jean (elle a une fille : Nicole Bréhon, née le 20 mars 1929 à Lisieux). Leurs deux témoins sont ingénieurs (Abraham Erdreich, et Moritz Scharf). Lors du mariage, son père est décédé et sa mère habite en Roumanie.
Mendel Kronenfeld est mobilisé en 1939-1940.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la Basse Normandie est occupée le 19 juin. Les troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent Caen le mardi 20 juin 1940. La Feldkommandantur 723 s’installe à l’hôtel Malherbe, place Foch. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.
A la suite de la première ordonnance allemande prescrivant le recensement des Juifs en zone occupée, un fichier des Juifs est établi dans chaque préfecture et un premier « Statut des Juifs » est édicté le 3 octobre 1940 par gouvernement de Vichy. Il est beaucoup plus draconien que l’ordonnance allemande (pour les Allemands, le Juif est défini par son appartenance à une religion, pour Vichy par son appartenance à une race). Les Juifs de nationalité française perdent, par ce décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyens à part entière : à partir du 3 octobre 1940, la police française fait appliquer les ordonnances allemandes concernant l’obligation pour les Juifs de zone occupée d’avoir une carte d’identité portant la mention « Juif » : ils doivent se faire recenser dans les commissariats proches de leur domicile. Dans certains départements les préfets ont transmis à la commission nationale de révision des naturalisations des listes d’étrangers naturalisés (et parmi eux de nombreux Juifs). Cela n’a pas été le cas dans le Calvados pour les Juifs déportés le 6 juillet 1942. Seul Jacques Grynberg est dénaturalisé en mai 1944, mais directement au plan national, la commission n’ayant pas connu son parcours depuis le Bas-Rhin à Paris puis à Caen.
En 1942, Mendel Kronenfeld travaille comme comptable (mention sur une liste d’arrestations).
Son nom est cité dans une correspondance datée du 27 février 1942, entre le SS-Obersturmführer Theodor Dannecker et le SS-Hauptsturmführer Heinrich Müller, relative à l’arrestation prévue d’hommes juifs dans les régions de la Manche et du Calvados, suivie d’une liste des Juifs concernés par la rafle prévue pour les mois à venir (note 1).  

Arrêté le 1er mai 1942 comme otage Juif, il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du
43ème RI.  Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos des deux sabotages de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard.
Son ami Moritz Scharf, ingénieur, domicilié 41, rue Ecuyère à Caen est également arrêté. 

Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 et remis Autorités allemandes et « remis » le 3 mai.

Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres Juifs de Caen et des militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  A la demande de la Feldkommandantur 723, Mendel Kronenfeld et les autres otages juifs sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen.
Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Mendel Kronenfeld y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Son épouse engage des démarches auprès de la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention au SHD / Caen, « dossier Brinon » : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation).

Depuis le camp de Compiègne, Mendel Kronenfeld est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 46.290 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Mendel Kronenfeld meurt à Auschwitz le 14 août 1942 d’après les registres du camp.

Une plaque commémorative a été apposée le 26 août 1987 à la demande de David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom de Mendel Kronenfeld est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens
arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l’initiative de l’association « Mémoire Vive », de la municipalité de Caen et de l’atelier patrimoine du collège d’Evrecy. Elle est honorée chaque année.
Son nom est inscrit le « Mur des Noms » au Mémorial de la Shoah : dalle n° 61, colonne n° 21, rangée n° 1.
Un arrêté du 13 mars 1995 porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès.

  • Note 1 : Dans sa lettre du 25 février 1942, le SS-Obersturmführer Dannecker demande la liste des détenus et souligne que les Juifs turcs, bulgares et hongrois ne peuvent pas encore être arrêtés. Il aimerait savoir par ailleurs où les épouses des hommes juifs arrêtés doivent être internées. Le SS-Hauptsturmführer Müller répond par une brève note le 27 février et joint une liste de 34 Juifs domiciliés dans la région du Calvados et de la Manche. Il dit qu’il est prévu d’arrêter 100 hommes juifs âgés entre 18 et 65 ans aux alentours de Caen et qu’il est question de les interner. – Le camp d’internement n’est pas mentionné, ni la date d’arrestation. La liste comprend également des femmes juives, des Juifs de nationalité française, roumaine, hongroise, polonaise et turque (fonds Gestapo / CDJC / Mémorial de la Shoah).

Sources

  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve. N° 5466.
  • LA 10565 / LA 15765 (liste arrestation Calvados / ministère de l’Intérieur).
  • Témoins possibles de son sort à Auschwitz cités par son épouse : trois caennais rescapés André Montagne, David Badache et Charles Lelandais.
  • Archives de Brinon (AN).
  • Liste des Juifs à arrêter le 1er mai 1942 (CDJC).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Recherches généalogiques (Mariages 1938, Mémorial de la Shoah, recensement 1936) effectuées par Pierre Cardon.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2016, 2017 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ». Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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