Alphonse Mérot © Mme Sylvie Muller et plaquette éditée par le PCF de Saône-et-Loire.

Matricule « 45.875 » à Auschwitz

Alphonse Mérot : né en 1905 à Simard (Saône-et-Loire) ; domicilié à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) ; maçon ; secrétaire de la Bourse du travail ; communiste ; arrêté le 23 juillet 1941 ; prisons de Chalon et Dijon ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.  

Alphonse Mérot est né le 1er mars 1905 à Simard (Saône-et-Loire).
Il habite 4 avenue Victor Hugo à Chalon sur Saône (Saône-et-Loire) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Mérot, manouvrière.
Il est d’abord agriculteur, puis maçon (1), employé chez Taillandier et Vallot, rue de La Trémouille à Chalon en 1936, puis en 1937 chez J. Varennes, constructeur de fours, rue de Lyon à Mâcon (Saône et Loire) – fiches de cotisations aux Assurances sociales.
Conscrit de la classe 1925, (matricule 515) Alphonse Mérot effectue un service militaire d’un an au 134e RI à Macon.

Le 25 mai 1929 à Chalon-sur-Saône, Alphonse Mérot épouse Jeanne Thibert, née en 1908 à Saint-Martin-en-Bresse (Saône-et-Loire). Le couple a deux filles Geneviève née en 1930 et Andrée née en 1932, toutes deux à Chalon.
Adhérent du Parti communiste depuis 1930, il devient secrétaire adjoint du rayon de Chalon en 1932.
Alphonse Mérot est secrétaire de l’Union locale unitaire (CGTU) de Chalon en 1933, il est l’un des artisans de la réunification syndicale (CGT-CGTU) comme secrétaire adjoint de la commission exécutive mise en place en 1935 et présentée au congrès de réunification du 12 janvier 1936 (Le Maitron) . Il devient permanent syndical en novembre 1937. Il est secrétaire de la Bourse du Travail de Chalon en 1938.
Alphonse Mérot est mobilisé à la déclaration de guerre le 4 septembre 1939.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Après l’armistice du 22 juin 1940, la Saône-et-Loire est coupée en deux par la ligne de démarcation et fait passer sous contrôle allemand toute la partie industrielle du département. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Très tôt l’hostilité au gouvernement de Pétain et à l’occupant s’y manifeste par des distributions de tracts, graffitis, sabotages. De lourdes amendes sont appliquées aux villes où ces actes sont constatés.

Alphonse Mérot est démobilisé en juillet 1940. Il participe à la Résistance aux côtés de Marcel Chauville. Dès fin 1940, il collabore à la rédaction, confection et distribution de tracts et à la constitution du premier groupe armé (Organisation Spéciale, futurs FTP) de la région chalonnaise (attestations de Marcel Chauville et Pierre Vendroux).

Il est arrêté le 23 juillet 1941 et est mis au secret dans une cellule de la prison de Chalon. Le 2 août 1941, il est conduit à la prison départementale de Dijon.

Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Pendant le trajet, en gare de Laroche, il jette une lettre sur le ballast, qui sera remise à son épouse. Les Allemands l’internent au camp allemand de Royallieu (le Frontstalag 122) à Compiègne.
Arrivé le lundi 4 août au soir à Compiègne, il est enregistré sous le matricule « 1499 » avec Claude Chassepot de St Vallier, Paul
Girard
de Montchanin, Charles Renaud de Montceau-les-Mines  avec lesquels il constitue un groupe de partage des colis (chambrée A5).
Il y retrouve également son ami Jean Damichel.  Claude Chassepot parle d’eux dans son journal : Lire dans le site le Journal de Claude Chassepot .

Dans cette période, Alphonse Mérot a tenu un petit carnet, dans lequel « au milieu de cours d’algèbre, il décrit la vie si difficile au camp de Compiègne : le froid, la malnutrition, les otages fusillés, l’attente, l’espoir, le découragement, mais aussi la camaraderie, l’entraide, le soutien, l’idéal qui animait ces hommes courageux » (Sylvie Muller, sa petite fille).
On retrouvera le détail de ce carnet in 
www.memoirevive.org/alphonse-merot-45-875/

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Alphonse Mérot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45.875 » selon la liste par matricules du convoi établie en
1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Le 12 août 1942 il est affecté au Block 16 du camp principal.

Registre des décès à Auschwitz en date du 29 septembre 1942 :  Le Maçon Alphonse Mérot, catholique, adresse,  décédé le 19 septembre 1942 à 7 heures

Alphonse Mérot meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 801). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 18 février 1994.
Un hommage lui a été rendu dans la plaquette éditée par le PCF de Saône-et-Loire pour le 40ème anniversaire de la Libération.

  • Note 1 : « Le Maitron », indique cheminot comme profession. Mais dans les documents de famille, sa petite fille n’a trouvé trace que de la profession de maçon, profession qu’il a d’ailleurs indiquée lors de l’immatriculation à Auschwitz.

Sources

 

  • Documents de famille et portrait d’Alphonse Mérot fournis par sa petite-fille, Mme Sylvie Muller (courriers de mars 2006).
  • Registres des décès d’Auschwitz (ci dessus, agrandissement du haut de la fiche).
  • Liste des déportés de France morts entre le 18 septembre au 29 septembre 1942 (archives des ACVG).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom (Sources : Arch. Nat. F7/13130, 13256. Arch. Dép. Saône-et-Loire, série M, police politique. La Voix du peuple, janvier 1936. Notes de H. Louis).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Site Legifrance.gouv.fr

 

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en avril 2006, réinstallée en 2014, complétée en 2018 et  2021 ; Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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