Liste d’otages de Caen (montage photo P. Cardon)
Moïse Novak : né en 1887 à Tcherkass (Russie) ; domicilié à Grainville-sur-Odon Calvados) ; casquetier, épicier ; arrêté comme otage juif le 1er mai 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Moïse Novak est né le 23 août1887 à Tcherkass (Russie). Il habite chez ses beaux-parents à Grainville-sur-Odon Calvados) au moment de son arrestation. Il est le fils de Lüba Weber et de Jacob Novak, son époux.
En 1914, il habite au 98, rue Ordener, à Paris 18ème. Il exerce alors le métier de chapelier-casquettier. Son père est décédé.
Le 21 août 1914, il s’engage au Premier régiment étranger pour défendre son pays d’adoption. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m66, qu’il a les cheveux châtains et les yeux marrons et possède un niveau d’éducation n°3 (pour l’armée, « sait lire, écrire et compter »).
Le 16 août 1915, il est affecté au 13ème Régiment d’artillerie, puis au 82ème. En juillet 1917, il est transféré à la batterie d’artillerie de

Médaille d’argent de Saint-Stanislas

la division d’Orient Russe. Il est démobilisé le 25 janvier 1919 avec le grade de brigadier.
Il est décoré de la médaille d’argent de Saint-Stanislas de Russie.
Moïse Novak est naturalisé français le 19 mai 1920 (BB/34/466, en tant qu’étranger engagé volontaire).
Le 25 septembre 1919, à Paris 3ème, il épouse Lucienne Savignac. Elle est sténo-dactylo, née le 25 avril 1897 à Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure / Charente-Maritime), et habite au 13, rue des Beaux-Arts
(Paris 6e). Le couple habite au 98, rue Ordener. Elle est réintégrée dans la nationalité française qu’elle avait perdu par son mariage (décret de réintégration de femmes d’étrangers naturalisés), le 19 mai 1920. De ce mariage naît un fils Jean, Robert (1), le 13 juin 1920.Mais son épouse décède le 15 juillet 1920, à l’hôpital Cochin.
En 1920, Moïse Novak habite Paris 3ème, au 100, rue de Turenne et travaille comme casquettier.
Après son veuvage, le 4 mars 1922, Moïse Novak épouse à la mairie de Choisy-le-Roi (Seine / Val-de-Marne), Jeanne, Françoise, Adolphine Bonifaci. Mécanicienne, elle est née le 28 janvier 1901 à Paris 18ème, et habite chez ses parents, passage Bertrand à Choisy.
Le couple donne naissance à Albert (1) le 27 juin 1929 à Boissy-Saint-Léger (Seine et Oise). A cette date ses beaux parents habitent la commune de Boissy-St-Léger depuis 1924. En 1925, le couple Novak habite au 30, avenue des Bois clairs à Boissy-St-Léger.
En 1930, ils sont venus s’installer en banlieue caennaise à Evrecy. Puis en mai 1931 à Gournay-sur-Odon (Calvados).
En 1932, le couple s’installe à Caen au 36, rue Ecuyère. En 1933 ils se sont installés à Cambes-en-Plaine, où les deux époux sont patrons épiciers-débitants, au 22 rue principale. Jean Novak, le fils aîné, âgé de 16 ans, vit avec eux.
Les parents de son épouse viennent s’installer à Grainville-sur-Odon, au sud ouest de Caen, à 20 km de Cambes-en-Plaine, où Eugène Bonifaci travaille comme emballeur.
En 1936, au n° 1 du hameau dit Le Haut de Grainville, ils hébergent leur petit-fils, Albert Novak.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la Basse Normandie est occupée le 19 juin. Les troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent Caen le mardi 20 juin 1940. La Feldkommandantur 723 s’installe à l’hôtel Malherbe, place Foch. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.
Quand paraît le premier Statut des Juifs promulgué par Pétain en octobre 1940, il ne peut plus exercer son métier de commerçant et part se cacher à la campagne chez ses beaux-parents. C’est pourquoi, lors de son arrestation, il déclare être ouvrier agricole.
A la suite de la première ordonnance allemande prescrivant le recensement des Juifs en zone occupée, un fichier des Juifs est établi dans chaque préfecture et un premier « Statut des Juifs » est édicté le 3 octobre 1940 par gouvernement de Vichy. Il est beaucoup plus draconien que l’ordonnance allemande (pour les Allemands, le Juif est défini par son appartenance à une religion, pour Vichy par son appartenance à une race). Les Juifs de nationalité française perdent, par ce décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyens à part entière : à partir du 3 octobre 1940, la police française fait appliquer les ordonnances allemandes concernant l’obligation pour les Juifs de zone occupée d’avoir une carte d’identité portant la mention « Juif » : ils doivent se faire recenser dans les commissariats proches de leur domicile.

Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er mai sur l’indication des Autorités allemandes et « remis » le 3 mai 1942. (document CDJC, montage P. Cardon).

Moïse Novak est arrêté comme otage juif le premier mai 1942 (lire l’article du site en cliquant sur ce lien) dans la nuit à son domicile par la gendarmerie française.
En effet son nom figure sur la liste des Juifs arrêtés le 1er mai 1942 (120 otages « communistes et Juifs ») établie par les autorités allemandes en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du 43ème RI.
Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos des deux sabotages de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Moïse Novak est emmené de nuit à la Maison centrale de laMaladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec
d’autres Juifs de Caen et des militants communistes caennais arrêtés le mêmejour, au sous-sol dans des cellules exiguës.
A la demande de la Feldkommandantur 723, Moïse Nowak et les autres otages juifs sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Moïse Nowak y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage . A Compiègne, il reçoit le matricule n° 5450.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Moïse Novak est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46303 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de décès exacte de Moïse Novak à Auschwitz-Birkenau. La date de décès retenue par le Ministère de la défense est le 24 juillet 1942.
Sa petite fille a obtenu que son nom soit inscrit sur le mur des noms du Mémorial de la Shoah, où il n’apparaissait pas.

  • Note 1 : Jean Novak est requis pour le STO et part pour l’Allemagne. Mais à l’occasion d’une permission, il se cache jusqu’à la fin de la guerre. Quant à Albert, prévenu qu’une rafle est organisée le 16 juillet 1942, il se cache à son tour et échappe, comme son demi-frère, à la déportation.

Lire : Une famille décimée (présentation des résistants de la famille Novak avec photos)

Agathe Novak-Lechevalier, petite fille de Moïse Nowak m’écrit (juin 2014) : « Je tiens surtout à vous dire, même si cela
peut paraître ainsi un peu abstrait, combien je vous suis reconnaissante de votre travail. Ma famille a été décimée pendant la guerre : Moïse Novak, que vous connaissez, a donc été déporté ; et du côté de ma grand-mère Simone Lelièvre, la femme de Jean Novak, beaucoup d’hommes ont aussi disparu : son père, Louis Lelièvre, secrétaire de mairie de Douvres la Délivrande, qui distribuait des faux papiers, a été lui aussi déporté ; le frère de Simone, Alexis Lelièvre, ainsi que son oncle, Anatole Lelièvre, qui étaient eux aussi
résistants, visiblement très engagés, ont tous les deux été arrêtés, détenus à la prison de Caen, et fusillés le jour même du débarquement – ainsi que l’a été aussi mon arrière-grand-père paternel, Louis Lechevalier. C’est à la suite des dernières commémorations du 6 juin que j’ai éprouvé le besoin de chercher les noms de chacun sur internet pour trouver des informations – le deuil a été si lourd dans toute ma famille que le silence a longtemps prévalu, et que, même si je suis chaque année depuis mon enfance présente aux cérémonies qui concernent les déportés ou les fusillés de la prison, je n’avais que peu de renseignements (en dehors de ceux que j’avais obtenus sur Moïse, justement, parce que je m’étais battue il y a quelques années pour qu’il soit inscrit sur le mur du Mémorial de la Shoah, où il n’apparaissait pas). Et vous ne pouvez pas imaginer quel soulagement intérieur a pu être le mien – je ne peux pas parler de joie, parce
que tout cela est trop dramatique, mais vraiment d’un soulagement très profond – lorsque j’ai vu, pour chacun, apparaître quelques lignes où leur histoire était racontée ; et sur votre site en particulier la biographie de Moïse Novak ». 

Sources

  • Fiche FNDIRP (Renseignements fournis par sa veuve (N° 5450 / 8279).
  • Correspondance d’Albert Novak, son fils, avec André Montagne.
  • Entretien téléphonique de Claudine Cardon-Hamet avec Albert Novak en juin 2014.
  • Archives départementales du Calvados (renseignements fournis par Jean Quelllien).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, octobre 1993, Caen février 1992.
  • « Death Books from Auschwitz« , basé essentiellement sur les registres de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 12 novembre 1942 le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz
    (1946). 
  • Recherches généalogiques (état civil épouses, recensements 1931-1936 à Cambes, Grainville sur Odon, registres matricules militaires de Moïse Novak et d’Eugène Bonifaci) effectuées par Pierre Cardon.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2014, 2016, 2017, 2020 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ». Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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