Matricule « 45979 » à Auschwitz

Henri Philippard est né le 22 mars 1909 à Lisieux (Calvados). Il habite au 49 rue Albert Fracasse à Deauville (Calvados) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Célestine, Albertine Lefrançois, 20 ans, chemisière et d’Alfred, Eléonor Philippart, 31 ans, dresseur de chevaux à Lisieux, son époux. Is habitent 28 place Victor Hugo à Lisieux.
Henri Philippart est marié, père de deux enfants. 

Il travaille comme terrassier puis comme jardinier. En 1934, il est condamné à 8 jours de prison et 35 F d’amende pour coups et blessures (c’est la période des affrontements avec les Croix de feu).
Militant communiste, il est arrêté le 1er mai 1942 par la police française.Son nom figure en effet sur la
liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités
allemandes. Son arrestation a lieu en représailles aux déraillements de deux
trains les 16 et 30 avril 1942, de permissionnaires allemands à Airan près de
la gare de Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de
la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, de la voie
ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands.
Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30
avril à la caserne du 43èrégiment d’artillerie de Caen occupé par
laWerhmarcht. 28 communistes sont
fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois
détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1ermai
pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du
43e. Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.

Lire dans le blog : 14
– Calvados Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados
(avril-mai 1942)
.

Liste d’arrestation n°2 des communistes
arrêtés sur désignation de l’autorité allemande (Feldkommandantur 723) 

et remis
à celle-ci le 3 mai 1942 (montage photo à partir du document de la Préfecture
de Caen / CDJC).

D’abord retenu à la prison de Lisieux, Henri Philippart est conduit le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados, à  la demande des autorités
allemandes. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite,
un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés
mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars
et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30
pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André
Montagne
). Philippart y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation
comme otage. 

Depuis ce camp, il va être
déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant
qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La
politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
 et «une
déportation d’otages
».

Cf Article du
blog : Les wagons de la Déportation

Henri Philippard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit
des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45979 ».

Sa photo d’immatriculation à
Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la
Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la
destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Lire dans le blog le récit
de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942.
et 8
juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Après l’enregistrement, il passe
la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux
pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau,
situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est
interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs
ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement
la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement
et à la construction des Blocks.

Henri Philippard meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il est homologué au titre de la Résistance
intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de
Résistance dont les services justifient une pension militaire.

Il a été déclaré « Mort pour la France ».

Sources

  • Fiche de renseignements FNDIRP établie par sa veuve (N° 21470 : 8356).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division
    des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la
    Défense, Caen.

Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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