Georges Poulard pendant son service militaire sur le torpilleur Mazaré © Marc Denis
Georges Poulard le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 46.004 » à Auschwitz

Georges Poulard : né en 1903 à Croisilles (Calvados) ; domicilié. à Rocquancourt (Calvados) ; mécanicien, mineur ; communiste ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 août 1942.

Georges Poulard est né le 20 mars 1903 à Croisilles (Calvados).  Il  habite rue de l’Eglise à Rocquancourt (Calvados) au moment de son arrestation.  Il est le fils d’Eugénie, Augustine, Ernestine Mullois,25 ans, journalière et d’Arsène, Albert Poulard, 26 ans, journalier, né à Barbery en 1877, son époux.
Il est l’aîné d’une fratrie de six enfants (Marcel, né en 1905, Jules, né en 1907, Eugène, né en 1908, Lucienne, née en 1909 et Georgina). Georges Poulard est pupille de la nation (son père a été condamné à un mois de prison avec sursis pour « abandon de soins et d’aliments envers des enfants de moins de 15 ans » : il a quitté le domicile familial dès 1911. In registre matricule du père) et Georges Poulard va habiter Potigny dès 1920. 
Conscrit de la classe 1923, Georges Poulard effectue un service militaire de 18 mois dans la Marine nationale, sur le contre-torpilleur « Mazaré » (1).

Signatures des mariés

Le 7 février 1928, à Saint-Germain le Vasson (Calvados), il épouse Marguerite, Louise,
Juliette, Aimée Debaize (née le 26 septembre 1901 à Bons-Tassilly, elle est décédée le 15 janvier 1977 à Saint-Germain Langot). Elle habite route de Tour à Falaise et y travaille comme domestique. Au moment du mariage, Georges Poulard travaille comme journalier et habite à Saint-Germain le Vasson.  

La mine de Soumont-Potigny

Le couple va ensuite, de 1931 à 1934, habiter la cité minière de Potigny (Calvados) dite « la petite Varsovie » à cause de la très nombreuses population polonaise, employée dans les mines de fer. Ils logent au 147, cité de  la Sente aux ânes. La cité est composée de petites maisons en brique à deux logements.
Au n° 147, habite également le père de Georges Poulard, Arsène, qui est, comme son fils manœuvre à la SMN (Société des Mines de Soumont) et Berthe Debaize, sa concubine… et mère de son épouse. Georges Poulard est chasseur, comme son père (il est contrôlé par un garde-chasse à Ouilly-le-Tesson en 1934, mais n’est pas verbalisé, comme le sont deux de ses amis, in Ouest Eclair du 20/9/1934). En 1936, le couple a quitté Potigny, où leurs parents respectifs vivent toujours, mais au n° 144.
Georges Poulard travaille ensuite comme mécanicien, puis comme mineur à Roquencourt, au puits ULV (Urbain Le Verrier) en 1938. Fin juillet 1938, il est accroché par une voiture alors qu’il roulait à bicyclette rue Saint-Jean à Caen. Il est blessé aux genoux (Ouest Eclair du 27 juillet 1938).
Georges Poulard est membre du Parti communiste selon les services de la Préfecture.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la Basse Normandie est occupée le 19 juin. Les troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent Caen le mardi 20 juin 1940. La Feldkommandantur 723 s’installe à l’hôtel Malherbe, place Foch. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.  Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus ou militants communistes « notoires », et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.

Georges Poullard est arrêté dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 par la police française.
Son nom figure en effet sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes.

Son arrestation est ordonnée en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du
43ème RI.  Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos des deux sabotages de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres militants communistes calvadosiens arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.

Liste de militants arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942  (montage photo à partir des listes originales © Pierre Cardon).

A la demande des autorités allemandes, Georges Poulard et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés
mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen.
Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Georges Poulard y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Georges Poulard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 46.004 ».
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Georges Poulard meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après les registres du camp.

En septembre 1945, son épouse a écrit une lettre à André Montagne pour lui demander s’il pouvait lui dire comment était mort son mari « je vous demande de ne rien me cacher de ce que vous pouvez savoir« .  Georges Poulard est homologué comme Résistant, au titre des Forces Françaises combattantes (FFC) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 488282.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

Une plaque commémorative a été apposée le 26 août 1987 à la demande de  David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom de Georges Poulard est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l’initiative de l’association « Mémoire Vive », de la municipalité de Caen et de l’atelier patrimoine du collège d’Evrecy. Elle est honorée chaque année. 

  • Note 1 : Le « Mazaré », ex S 135, est l’un des quatre contre-torpilleurs
    cédés à la France en juillet 1920 au titre des dommages de guerre (il appartient à la classe S 131 des destroyers de la Kaiserliche Marine à la
    fin de la guerre). Entré en service au début de l’année 1918, il est presque
    neuf. Comme les quatre autres, il porte le nom d’un capitaine de corvette disparu pendant la guerre. Il sera en appui des campagnes françaises au Moyen-Orient. Il sera « ferraillé » en 1935. Pendant son service militaire, Georges Poulard se fait faire plusieurs tatouages, comme c’était la tradition dans Marine.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Lettre de sa veuve à André Montagne (1945). Elle mentionne Roger Pourvendier et Henri Jamet que connaissait son mari.
  • Liste des « communistes arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai sur désignation de l’Autorité Allemande (Feldkommandantur 723) et remis à celle-ci le 3 mai 1942
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.
  • Courriel de Marc Denis (novembre 2017. Georges Poulard était le beau-frère de son grand-père). La photo en uniforme de marin a été communiquée par le frère de Marc Denis.
  • Le « Mazaré » http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/Mazare ex S135.
  • Recherches généalogiques (état civil, recensements, registres matricules militaires) effectuées par Pierre Cardon

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2017, 2020 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ». Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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