Louis Gangloff © FNDIRP

Matricule « 45.569 » à Auschwitz

Louis Gangloff : né en 1897 en Moselle occupée ; Domicilié à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) ; mobilisé en Allemagne en 1917 ; prisonnier en Angleterre et en France ; recouvre la nationalité française ; pontier ; arrêté le 10 août 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 30 octobre 1942

Louis Gangloff est né le 11 avril 1897 à Kerprich-lès-Dieuze en Moselle occupée.
Il habite au 25, rue du Maréchal Joffre à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Rose Durant, née le 21 mai 1859 à Crévic ((Meurthe-et-Moselle) et de Louis Gangloff son époux, né le 16 mats 1844 à Belle-forêts (Moselle). Ses parents se sont mariés le 17 juin 1884 à Belle-forêts.
Il a huit sœurs et frères : Rose, née en 1885, Louis-Nicolas, né en 1887, Joséphine née en 1889, Arthur, né en 1890, Paul, né en 1892, Marcel, né en 1893, Louise née en 1896 et Martin, né en 1900. Il a également cinq demi-sœurs et frères, nés d’un premier mariage de son père avec Christine Brion, décédée en 1884  (Louis (1873-1882), Nicolas (1875-1882), Joseph (1877), Marie (1881-1958), Marie (1883).
Conscrit de la classe 1917, Louis Gangloff, mosellan, est mobilisé dans l’armée allemande le 19 juin 1917 au 570ème régiment d’artillerie de barrage, comme 2ème canonnier. Il est fait prisonnier par l’armée anglaise. Il est emprisonné en Angleterre, puis en France. Ses états de service dans l’armée allemande sont comptabilisés jusqu’au 10 janvier 1919, date à laquelle il est vraisemblablement libéré.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Hayange (Moselle) au moment de l’établissement du livret matricule français, et
qu’il exerce alors le métier d’ouvrier machiniste.
Alsacien-Lorrain réintégré de plein droit dans la nationalité française (article 1er de la section V du traité de Paix de Versailles), il est classé « service auxiliaire » par l’armée française.

Il s’est marié avec Anna, Georgina, Marie Doucet, ménagère. Le couple a deux filles, et Marie-Louise, née le 13 février 1921 à Marspich (Hayange-Moselle) et Marie-Rose, née à Aisseau (Belgique) le 21 novembre 1925.
En avril 1922, ils habitent en Belgique à Aisseau (commune de Charleroi) au 219, rue Saint-Roch.
Père de famille de deux enfants vivants, l’armée le rattache de ce fait à la classe 1913 en mai 1935 en cas de mobilisation générale.
En 1933, la commission de réforme de Strasbourg le classe en invalidité à 20% pour « sclérose légère du sommet droit. Très léger souffle à la pointe du cœur. Névralgie sciatique ».

Les aciéries Micheville à Villerupt

En mai 1935, la famille Gangloff habite au 26, rue Carnot à Villerupt (Meurthe-et-Moselle).
Louis Gangloff est pontier aux aciéries Micheville de Villerupt (le métier de pontier consiste à soulever et déplacer des charges, souvent très lourdes et volumineuses, d’un point à l’autre à l’aide d’un engin mécanisé, le « pont roulant »).
Le 20 mai 1940, Louis Gangloff est domicilié cités des fonderies à Foug (Meurthe-et-Moselle). Il habite au 25 rue du Maréchal Joffre à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Louis Gangloff est arrêté le 10 août 1941, à son domicile, par des policiers français du commissariat de Villerupt, « sur dénonciation pour activités antinazie » (Henry Pilarczyk), en même temps que Victor Bieber, Marcel Durand et Henri Peiffer.
Il est écroué à la prison Charles III de Nancy.
Louis Gangloff est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 12 août 1941 (Henri Peiffer) au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Front stalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Louis Gangloff est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45569 ». 

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Louis Gangloff meurt à Auschwitz le 30 octobre 1942 d’après les registres du camp. Dans les années d’après-guerre, le ministère des ACVG n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé le décès au 15 octobre 1942 à Auschwitz. Sur les dates de décès, lire l’article du blog Les dates de décès à AuschwitzLe titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré « Mort pour la France« .

Hommage à la Libération / FNDIRP

Son nom figure sur le monument aux morts de Villerupt et sur une plaque apposée sur le mur du four crématoire du camp de concentration de Thil, voisin de Villerupt, dans la crypte de la Nécropole Nationale – « Déportés de Villerupt – 

Plaque à la nécropole nationale de Thil

Thil décédés ou disparus de 1940 à 1944 dans les bagnes nazis, Pour la France ».
Hommage lui a été rendu comme à tous les déportés de Villerupt à la Libération.

  • Note 1: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz.
    Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen
    (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz-Bikenau, qui me les a confiés.

Sources

  • Documents fournis par ses filles, mesdames Marie-Louise Bernard et Marie-Rose Morizot, (brochure sur l’historique du crématoire de Thil (camp à 4 km de Villerupt), où le nom des déportés de la région est honoré).
  • Martyrologie de la déportation à Villerupt, feuilles communiquées par Mme Marie-Louise Bernard, fille de Louis Gangloff
  • Documents envoyés par M. Alain Casoni, maire et conseiller général de Villerupt (avril 1989) : acte de décès et documents concernant les déportés de Villerupt, fournis par M. Henry Pilarczyk, président de la section FNDIRP de Villerupt, juin 1991, ainsi qu’une photo d’avant guerre (juin 1989).
  • Numéro matricule confirmé par identification entre la photo d’immatriculation à Auschwitz et une photo d’avant-guerre.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de Moselle.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

 

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