Matricule « 45219 » à Auschwitz



Rescapé

Robert (Rob) Beckman vient au monde à Kupang (Timor, Indonésie) le 16 octobre 1923. Avec son aîné Hans, il réside au sein de la famille, 18 a, Acacialaan, à Zeist, province d’Utrecht (Pays Bas) au moment de son arrestation. Leur père est un major à la retraite de l’armée royale des Indes néerlandaises. Rob est étudiant et se destine, comme son père et son frère au métier des armes.
A l’invasion des Pays Bas par l’armée allemande (le 10 mai 1940), Rob et son frère avec leur père, leur famille et leurs amis font partie d’un groupe de Résistance : l’« Orangewacht » (Garde Orange). Les deux frères Beckmann établissent des contacts avec d’autres groupes anti-nazis, diffusent des photos des membres de la famille royale et volent des armes.

Photo du père et de la sœur
 de Rob et Hans

Mais leur père est arrêté, déporté à Sachsenhausen où il sera tué en décembre 1944. Les deux frères Beckmann coupent tous les liens avec « Orangewacht » pour ne pas mette la Gestapo sur la piste d’autres résistants.
Au printemps 1941, Hans Beckmann dessine un plan de l’aéroport militaire allemand à Soesterberg pour un groupe en contact avec l’Angleterre.
A l’été 1941, les deux frères décident de passer en Grande-Bretagne. Les deux premières tentatives par bateau échouent.
Le 29 octobre 1941, troisième tentative à partir de Zeist. Elle échoue également.
Le 30 octobre 1941, quatrième tentative par Zundert, près de Breda. Echec.
Le 31 octobre 1941, les deux frères passent en Belgique, à Anvers.
Le 1er novembre 1941, ils passent en France à Maubeuge, le 2 ils sont à St Quentin, le 3 à Charleville-Mézières, le 4 à Parcey, le 5 à St-Hyppolite : ils sont à vingt cinq kilomètres de la Suisse.
Le 6 novembre 1941, ils sont arrêtés près de la frontière par des douaniers allemands à Vaufrey, sur le pont qui enjambe le Doubs. Ils sont détenus à Saint-Hippolyte (Geheim feldPolizei, gruppe 7), puis à la maison d’arrêt de Montbéliard où un seul prisonnier est détenu (un gaulliste, Henri Bergoënd, garagiste à Voujeaucourt).
Le 8 novembre, ils sont conduits à la caserne Seydlitz de Belfort, et de là, à la prison de Besançon, le 7 janvier 1942.
Les services de renseignements de la Werhrmacht (Geheime Feldpolizei (GFP) veulent leur extorquer l’aveu qu’ils ont tenté de rejoindre les forces armées néerlandaises (soit en Angleterre, soit aux Indes néerlandaises), ce qui est la vérité… Mais compte tenu de leur « couverture » ils n’ont pas avoué. Hans écrit « pour ne pas mettre en danger nos hôtes pendant notre voyage, nous disions que nous cherchions du travail à la campagne en France : dans les journaux néerlandais il était écrit que la récolte en France était menacée parce qu’un grand nombre de français était encore prisonniers de guerre en Allemagne). Au commencement ils étaient très aimables pour nous faire avouer en disant que notre offense n’était pas grave, mais après ils devenaient très méchants. Après la guerre j’ai appris qu’existait en ce temps un « Keitel erlass » et que chaque tentative d’aller en Angleterre était favoriser les buts de l’ennemi avec une seule condamnation : la mort ».
Ils sont jugés à Besançon, le 17 mars 1942, par la cour martiale allemande (kriegsgericht) de Dijon. Ils sont condamnés à 4 mois de prison. Ils sont ensuite transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 6 avril 1942. Robert y est immatriculé avec le numéro 3647. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages.

Cf Article du blog : Les
wagons de la Déportation

Depuis le camp de Compiègne,

les frères Beckman sont déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Ce
convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages
communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus
du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel
d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants –
de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits
communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées
à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables,
aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste
clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le
récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet
1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet
1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros
« 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des
45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce
matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute
demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans
le blog : Le
KL Aushwitz-Birkenau
.

A leur arrivée à Auschwitz, ils constatent que seulement quelques français comprennent les ordres qui sont donnés. Pour leur éviter les coups de pied et de poing, Rob et son frère commencent à les traduire en français. Au milieu de ce que Hans appelle la «cérémonie protocolaire » « déshabillage, douche, désinfection, rhabillage, se mettre par ordre alphabétique, réception d’un papier avec le numéro, photo… ». Un SS demande si quelqu’un parle allemand. «Quand nous nous sommes présentés nous sommes emmenés vers le Kommandoführer SS Usha Hans Stark, qui nous déclare « Dolmetscher » (interprètes) au bureau d’enregistrement (Aufnahme Abteilung, Block 25). Nous sommes emmenés au block 24 ». Ils restent au Block 24 pendant la première moitié d’août. Puis ils sont internés à Birkenau pendant deux ou trois semaines.
Rob connaît d’autres affectations : au block 24a (Politische abteilung), il est ensuite Blockschreiber au Block 7. Plus tard Schweinstall (porcherie), Flusakies Raisko und bauhof.
Rob et Hans sont alors mis en quarantaine au block 10 (ils n’ont pas été placés en quarantaine au Block onze en 1943 comme la quasi-totalité des «45.000»).

Liste écrite par Hans Beckmann à Gross Rosen

Le 7 septembre 1944, ils font partie du groupe transféré à Gross Rosen dans deux baraques. Ils reçoivent les matricules 40973 et 40974 et travaillent aux usines Siemens kamp; Halske (block 21 B). Hans en est le Vorarbeiter (contremaître ou chef d’équipe) : il a conservé les listes et le matricule de ses compagnons (document ci-contre).

Le 10 février 1945, Hans et Rob sont évacués vers Leitmeritz en face de Théresienstadt. « Le transport commence à pied jusqu’au Sriegau ». Puis c’est dans un train de transport de charbon (wagons ouvert). Les frères Beckmann sont
transférés de Gross-Rosen à Leitmeritz le 10 février
1945 avec Richard Girardi et René Aondetto. René Aondetto
écrit :  « lors du transfert de Gross-Rosen à Leitmeritz dans les wagons tombereaux
– avec Richard Girardi et les deux jeunes hollandais – c’est dans cette même
position insoutenable – nous accroupir et nous encastrer entre les genoux du
camarade arrivé précédemment – que nous devrons nous installer, mais avec un
contrôle constant des SS installés à chaque extrémité des wagons : celui
qui se redressait avait droit à une balle dans la tête
 ».

A Leitmeritz ils travaillent dans les anciennes mines pour y construire des usines souterraines pour moteurs de blindés. Avec eux se trouve René Aondetto, le seul français de leur transport de Compiègne. Le 28 avril, Leitmeritz est évacué à son tour vers Mauthausen. Le 30 avril le train s’arrête à Prague. Les deux frères s’évadent et se cachent dans les baraques des malades atteints de typhus de l’hôpital de Prague. Le 5 mai, commence la libération de Prague. Son frère participe aux combats de la libération, sur un barricade. Ils sont libérés par les soviétiques. A la mi-mai ils partent pour Pilzen (où sont les troupes américaines). Ils partent pour la Hollande, via Bayreuth (19 mai), Bamberg (22 mai), et la France. Ils arrivent à Cissey (Belgique) le 26 mai) puis à Zeist (province d’Utrecht) le 2 juin 1945. Lire dans le blog , « les itinéraires suivis par les survivants ».

Leur père

Aux Pays Bas, il apprennent la mort de leur père à Sachsenhausen, celle de leur sœur, tuée dans le bombardement de leur maison, l’emprisonnement de leur frère cadet en 1943 et 1944, et que leur mère a hébergé et transporté des Juifs durant toute l’occupation.

Les deux frères accomplissent leur service militaire aux Pays Bas en juin 1945 pour « continuer la lutte contre le Japon », dans les Indes Néerlandaises, le pays où ils sont nés. Ils y arrivent en janvier 1946. 

Les deux frères ont fait une carrière militaire en Indonésie, et sont rentrés aux Pays-Bas après l’indépendance (1950).

Robert Beckman a reçu des décorations : hollandaises et polonaises, tchèques.

En 1947, il est membre de l’association des anciens prisonniers politiques néerlandais.

En 1978, il est membre des anciens combattants de la Résistance hollandaise.

Rob Beckman est mort en août 2009 (site de l’association « Mémoire Vive »).

Sources

  • Robert Beckman a rempli le questionnaire de la FNDIRP (4 janvier 1993).
  • Site Internet du « Nederlands Auschwitz comité ».
  • Photos du site Nederlands Auschwitz comité, portfolio de Pieter Boersma.
  • Archives du N.I.O.D.

Notice biographiquee rédigée en septembre 2010, complétée en 2020 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).

Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.

Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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