Roger Pinault : né en janvier 1919 à Saint-Denis-en-Val (Loiret) ; domicilié au Bourg-Neuf d’Ormes (Loiret) au moment de son arrestation ; boulanger, puis cimentier ; arrêté le 21 février 1941 pour "propagande communiste" ; interné à Châteaubriand et Compiègne ; déporté et mort à Auschwitz.

Roger Pinault est né le 28 janvier 1919 à Saint-Denis-en-Val (Loiret). Il habite au Bourg-neuf d’Ormes (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils de  Maria Bouffault et de Léon Pinault, son époux, mariés le 27 novembre 1906 à Saint-Jean-le-blanc (Loiret).
Il est ouvrier boulanger (C.f sa fiche d’otage ci-dessous) puis employé communal (cimentier) par la suite (selon la liste du camp de Chateaubriant).
Célibataire, il est adhérent à la jeunesse communiste (André Gaullier).

Orléans après les bombardements allemands de juin 1940

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 16 juin 1940 Orléans est occupée après d’intenses bombardements.  Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Roger Pinault travaille alors avec André Gaullier en tant que manœuvre au camp d’aviation d’Orléans-Bricy, réquisitionné par la Luftwaffe.
Il est vraisemblable qu’André Gaullier, entré dans la lutte clandestine en 1941 (il a été sollicité par Louis Lebreton à la demande de Marcel Boubou et Robert Dubois, responsables avec Lebreton du triangle de direction de son groupe) et habitant le même village, ait fait participer Marcel Pinault à des distributions de tracts.
Le 17 avril 1941, la gendarmerie mène une enquête à la suite de distributions de tracts communistes. Le 19 avril, le Préfet du Loiret prend un arrêté d’internement administratif à l’encontre de Roger Pinault et d’André Gaullier, habitant également à Ormes.
Le 21 avril 1941, Roger Pinault est arrêté pour « propagande communiste » par deux gendarmes de la brigade de Cercottes (Loiret), ainsi qu’André Gaullier.

D’abord écroué à la prison d’Orléans, Roger Pinault est interné avec eux deux (selon le témoignage d’André Bolze), au camp de Choisel à Chateaubriant, le 14 mai 1941 où il reçoit le matricule n° 719.

 

Bordereau du camp de Choisel d’André Gaullier, Maurice Graffin et Roger Pinault, indiquant leur transfert à Compiègne

Lire dans le site les deux articles :
Du camp de Choisel de Chateaubriant à Auschvitz, via Compiègne et Camp de Choisel, les photos de Maurice Guy et l’hommage aux fusillés de Châteaubriant

Le camp de Choisel à Chateaubriant

Dans le premier article on lira un texte caché dans les « Maximes de La Rochefoucault » qui nous est parvenu :
7 avril 1942 : Aujourd’hui encore, trois de nos meilleurs camarades nous sont enlevés, trois jeunes gars de vingt ans, originaires d’Orléans. Nous apprenons quelques jours plus tard qu’ils n’ont pas été fusillés, mais ce sursis durera-t-il ? Voilà les noms de ces trois petits copains GAULLIER André, PINAULT Roger, GRAFFIN Maurice. Ils avaient été convoqués au bureau pour 8 h. 30 avec leur nécessaire de toilette et les Allemands sont venus prendre cette livraison de chair fraiche et leur mirent les menottes dans le dos.
Roger Pinault est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 18 avril 1942 en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Pinault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Cf Article du site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro «45993 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore sa date de décès à Auschwitz. Le 13 novembre 1945, André Gaullier, rescapé, signe une attestation déclarant qu’il a connu Roger Pinault  au camp, et indiquant la date du 25 novembre 1942 pour son décès. Toutefois André Gaullier a également dit oralement à Roger Arnould, que Roger Pinault avait été pendu au début 1943. Maisla date retenue dans les années d’après guerre par l’état civil français est bien « décédé le 25 novembre 1942 à Auschwitz« , date que maintient l’arrêté du 31 juillet 1997 paru au J.O, qui porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le 26 janvier 1954, le ministère des ACVG décide d’attribuer à Roger Pinault le titre de Déporté politique à titre posthume ; le 12 février, sa carte de DP (n° 1110.09232) est envoyée à son père, Léon Pinault, comme « ayant cause ».
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Une plaque à sa mémoire se trouve au cimetière communal d’Ormes et son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, place de la Mairie.

Sources

  • Témoignage d’André Gaullier, rescapé du convoi (15 mai 1973).
  • Echange de courriers avec Louis Oury, écrivain, à la suite de ses recherches aux archives de Nantes et
    celles du camp de Châteaubriant (dossiers, bordereaux), en avril et mai 1991.
  • Bureau de la Division (ou pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en décembre 1992).
  • Fiche d’otage, CDJC XLIV – 62.
  • André Bolze. Récit : De la Seine à l’Elbe (MRN Champigny).
  • Archives départementales du Loiret, Orléans : Internements administratifs, listes, dossiers individuels.
    Amicale Chateaubriant-Voves-Rouillé.

Notice biographique rédigée en 2007, complétée en 2019, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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