Pierre Voillemin : né à Troyes (Aube) ; domicilié à Joinville (Haute-Marne) ; employé de commerce ; communiste ; arrêté le 23 juin 1941 ; interné au camp de Chaumont puis de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 20 mars 1943.
Pierre, Marius Voillemin est né le 16 décembre 1918 à Troyes (Aube).
Il habite quai des Ursulines à Joinville (Haute-Marne), au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Devilliers, sans profession, 28 ans et de Marius, Valentin, Auguste, Voillemin, né le 26 juin 1886 à Beauvoisin (Jura), âgé de 32 ans, tailleur de pierres, puis stucateur.
Ses parents habitent au 30, rue des Terrasses à Troyes. Ils ont quatre enfants.
En 1936, la famille Voillemin est domiciliée au 2 bis, rue des Ursulines. Marius Voillemin père, travaille comme tailleur de pierre chez un entrepreneur de maçonnerie de la rue du Poncelet. Pierre Voillemin, âge de 17 ans, est employé chez un marchand de journaux. Pierre Voillemin est considéré comme communiste par la police et travaille comme employé de commerce au moment de son arrestation.
Le 10 mai 1940, la Luftwaffe bombarde le terrain d’aviation de Saint-Dizier et la ville de Joinville. Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Saint-Dizier. Le 14 juin, les troupes allemandes défilent à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 15 tout le département de la Haute-Marne est occupé. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy.
La Haute-Marne est coupée en deux : l’est devient « zone interdite », destinée au repeuplement allemand comme le veulent les nazis, ou à la création d’un Pays Thiois ou Grande Flamande (comme le revendiquait le mouvement irrédentiste flamand), l’ouest se transforme en territoire de stationnement des troupes de la Wehrmacht. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Le 10 septembre 1941, c’est le début de la « politique des otages ». Lire dans le site : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942).
La prison cellulaire de Chaumont0
Pierre Voillemin est arrêté avec son père (1) le 23 juin 1941 à Joinville, (LA 2668) par la police française, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
Après interrogatoire à la Kommandantur de Joinville, une soixantaine de militants syndicalistes et / ou communistes sont détenus dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison cellulaire du Val-Barizien à Chaumont pour la Haute-Marne).
Ils sont envoyés, à partir du 26 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich” (le Frontstalag 122). Pierre Voillemin est interné à Compiègne à la demande des autorités allemandes et y arrive le 27 juin.
Pierre Voillemin figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne (nés entre 1912 et 1922), aptes à être déportés « à l’Est », (Kommunistischer Häftlinge des Interniertenlagers) en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV-198).
Il reçoit le numéro matricule « 604 » à Compiègne.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne . Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi.
Le train s’ébranle à 9 heures trente.
Depuis le camp de Compiègne, PierreVoilllemainest déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. A six heures du matin, ce 6 juillet, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé comme eux dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. « Les soldats comptent les hommes par cinquante et les poussent vers les wagons. (…). Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l’inscription : 40 hommes – 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l’odeur déjà les incommode ». In « Triangles rouges à Auschwitz » prologue, p.11).
Le train s’ébranle à 9 heures trente.
Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks, responsables aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous lenuméro matricule « 46 200 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le 8 décembre 1942, Pierre Voillemin entre à « l’infirmerie » du camp (le Revier).
Pierre Voillemin meurt à Auschwitz le 20 mars 1943 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1279). Son acte de décès civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «mort en mars 1943 à Auschwitz». Ilest regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 1er septembre 2001). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le site :Les dates de décès à Auschwitz.
Pierre Voillemin a été homologué « Déporté politique ». Un autre Voillemin, Robert, figure également sur cette plaque (victime civile).
Note 1 : Il existe au DAVCC de Caen une fiche au nom de Marius Voillemin, né le 26 juin 1986 à Beauvoisin (Jura), arrêté à Joinville le 23 juin 1941. Agé de plus de 55 ans, âge limite retenu par les Allemands pour les convois de déportés politiques (il a 56 ans en 1942), il n’a pas été déporté.
Sources
Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en février et décembre 1992).
Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp, ce qui est le cas pour Pierre Voillemin.
Site internet Mémorial «GenWeb » (fiche complétée par Jacquot Raymond le 20-12-2004).
Notice biographique rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, complétée en 2015, 2018, 2021, 2024, 2025 et 2026 avec Pierre Cardon. Claudine Cardon-Hamet est docteur en Histoire, auteure des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice.
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