Matricule « 45.601 » à Auschwitz  Rescapé

Gérard Gillot : né à Saint-Eliph (Eure-et-Loir) en 1921 ; domicilié à Chartres (Eure-et-Loir) ; ouvrier d’usine ; communiste ; arrêté en 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Gross-Rosen, Hersbrück, Dachau ; il meurt le 30 janvier 1988.

Les citations en italique bistre sont du plus jeune de ses fils, Hervé Gillot (avril 2013).

Gérard Gillot est né à Saint-Eliph (Eure-et-Loir) le 17 juillet 1921.
Au moment de son arrestation, il est arrêté dans sa chambre à Chartres, 59, rue des grandes Filles-Dieu. Il est ouvrier d’usine.
Il est le fils de Thérèse, Adrienne, Espérance Gouyer, 20 ans, née en 1900 à La Loupe, sans profession et deLucien, Célestin Gillot, 24 ans, né en 1897 à Marolles, aide de culture, son époux. Il a une sœur cadette, Lucette, née en 1926, et deux cadets, Paul, né en 1929 et Jean en 1932, tous trois nés à à Meaucé.
De 1921 à 1926, la famille habite à Saint-Eliph. De 1926 à 1931 il habite avec ses parents à l’ouest du bourg de La Loupe, au lieu-dit La Sauvagère, commune de Meaucé. En 1931 son père et sa mère sont journaliers chez M. Boulay, et son oncle paternel André vit avec eux. En 1936, il n’y est plus domicilié. A cette date, on trouve mention de deux Gillot (Gabrielle et Régine, mère et fille) au n° 78, rue des Grandes filles Dieu à Chartres.
Gérard Gillot est adhérent à la Jeunesse communiste, à La Loupe.
Conscrit de la classe 1941, il n’est pas mobilisable à la déclaration de guerre. Son père est par contre rappelé au CMA 404 à Chartres jusqu’au 29 octobre 1939.

Juin 1940 : la Wehrmacht défile à Blois

Les 14 et 15 juin de violents bombardements allemands ravagent Montrichard, Vendôme et Voves. A Chartres, le 17 juin 1940 au soir, les troupes françaises laissent la
place à la Werhmacht qui occupent la ville. De violents combats ont lieu le long du Cher jusqu’à l’armistice. Le 25 juin la « ligne de démarcation » passe par la vallée du Cher.Dès le mois d’août 8 divisions allemandes cantonnent en Basse Normandie, soient 130 000 hommes.

Au début de l’occupation, il est requis par l’armée allemande avec d’autres jeunes, pour creuser des
tranchées coupe-feu autour d’un dépôt de carburant aménagé dans le parc du château de La Loupe, réquisitionné par les Allemands.
Le 4 novembre 1940, il est embauché comme manœuvre à la Base aérienne 122 de Chartres-Champhol, réquisitionnée par la Luftwaffe.
Début janvier 1941, Henri Berton, militant communiste retraité de la SNCF, qui habite 4, rue des Grandes Filles Dieu à Chartres, met en place des groupes de deux militants pour distribuer des tracts communistes clandestins. La répartition se fait au café où Gérard Gillot prend ses repas, café tenu par Marguerite Maréchal (née en 1891 à Versailles) et ses deux filles, Renée (1917) et Jeanne (1933), au 10, rue des Grandes Filles Dieu.
Gérard Gillot est arrêté début février 1941 par la police française, à Chartres. Il est domicilié alors au 59, rue des Grandes Filles-Dieu. Concernant la période de son arrestation, nous avons repris en la condensant la notice du site « Mémoire Vive » rédigée à partir des recherches de madame Ginette Petiot et de l’ARMREL, « les sentinelles de la Mémoire », Association de Recherche pour la Mémoire de la Résistance en Eure-et-Loir.
Henri Berton, a recruté Gérard Gillot qui fait partie d’un des groupes de distribution de la propagande clandestine avec Roger Rebière. Ils distribuent des tracts les 22, 23 et 24 janvier. Le  commissaire de police de Chartres, prévenu de ces distributions, fait procéder « à une rafle » au café Maréchal qu’il soupçonne d’être un rendez-vous des anciens communistes : trente personnes sont contrôlées. Dès le 30 janvier 1941 et pendant trois jours, tous ceux raflés au café Maréchal sont interrogés au commissariat. Sept personnes, dont Gérard Gillot sont mises à la disposition du Procureur de la République sous l’inculpation d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Le 8 février 1941, Gérard Gillot est écroué à la Maison d’arrêt de Chartres pour distribution de tracts et possession de matériel du Parti communiste. Il est jugé à Chartres, et il est condamné à 6 mois de prison qu’il effectue (selon son témoignage recueilli par Georges Dudal, condamnation non référencée dans les archives de la Préfecture de Chartres). Il est libéré de la prison de Chartres en août 1941, selon sa fiche au DAVCC (1).

Il est arrêté de nouveau par la police française (1) « dans sa chambre à Chartres en possession d’une arme qu’il avait dissimulé sous un oreiller » (Hervé Gillot).
Il est i
ncarcéré brièvement à la prison de Chartres, puis à la demande des autorités allemandes, interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (leFrontstalag122) le 21 juillet 1941 (1).
Il y reçoit le matricule n° « 1353 » selon le relevé effectué par un des internés, Georges Prévoteau de Paris 18ème (1), numéro identique à celui inscrit en décembre 1941 sur la liste allemande dactylographiée recensant les jeunes communistes du camp de Compiègne « aptes » à être déportés « à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJCn, cote IV-198).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gérard Gillot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45601 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié
du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il est affecté au Kommando DAW (usine d’armement). Il est dans les mêmes « Blocks » (22 et 23) que « Mickey », Marcel Guilbert.
« J’ai retrouvé le surnom de la personne qui était au centre des nombreux récits de mon père : Mickey (Marcel Guilbert) qui, peut-être sans s’en rendre compte, a contribué à un énorme mouvement de solidarité au milieu de cette horreur. Par exemple, je me souviens très bien de mon père me dire « un jour avec Mickey on est passé devant les chiens et là Mickey m’a dit « cours et crie ».  Alors j’ai fait ce que Mickey m’a dit et là les regards se sont tournés vers moi et pendant ce temps Mickey a pris une gamelle de chien et l’a emporté un peu plus loin ». Il m’a retrouvé avec d’autres camarade de notre block et là Mickey et mon père ont partagé cette gamelle qui n’était pas un
festin, mais qui leur a permis de manger !
Mon père essayait de mettre une pointe d’humour au passage des tragédies pour ne pas trop me choquer, mais il ne pouvait pas
dissimuler ses émotions et les scènes d’horreur étaient dans tous ses récits » 
(Hervé Gillot).

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des détenus politiques français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944, il fait partie des trente « 45 000 » qui sont transférés d’Auschwitz pour Gross-Rosen. Il y reçoit le matricule n° 41000.

Les « 45000 » de Gross Rosen, cahier de Johann Beckmann

Entre le 8 et le 11 février 1945, dix-huit de ces trente « 45 000 » sont transférés dans des conditions terribles à Hersbrück où ils sont enregistrés : Gérard Gillot y reçoit le matricule « 84 656 ».
Le 8 avril 1945, les dix-sept « 45 000 » restants partent à pied de Hersbrück pour Dachau où ils arrivent, le 24 avril 1945. Gérard Gillot et ses camarades y sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines. Lire dans le blog , « les itinéraires suivis par les survivants ».
Il regagne la France le 19 mai (la date du 27 mai 1945 est apposée sur sa carte de déporté).
Gérard Gillot se marie à La Loupe (Eure-et-Loir) le 24 octobre 1945 avec Denise, Henriette Gardahaut.
Elle est née le 28 décembre 1921 à Saint-Pierre sur Dives (Calvados (elle est décédée en 2011).
Le couple aura six enfants (Géraldine, Dominique, Chantal, Michel, Yveline, Jean-Claude), mais divorcera le 25 février 1958 (jugement du tribunal de Nogent-le-Rotrou).
Gérard Gillot se remarie à Cherreau (Sarthe), le 2 mai 1966 avec Solange Cipoire. Elle est née le 14 avril 1937 à La Ferté Bernard (décédée en 2017).
Le couple a trois enfants : Alain, né le 8 août 1966, Marlène, née le 30 mai 1960 et Hervé, né le 19 août 1969, tous trois nés à la Ferté-Bernard. Ils vivent avec leur demi-sœur, Michèlle née le 7 mai 1955 du premier mariage de Solange Gillot.
Marcel (« Mickey ») Guilbert cherche en vain à le retrouver en 1972.
Gérard Gillot a été profondément traumatisé par sa déportation et n’avait pas fait les démarches nécessaires pour obtenir le statut de « Déporté politique » lorsque Georges Dudal le retrouve en 1980.
Une chaine de solidarité est mise en place et il a été très heureux de l’aide de Jojo Dudal et de Roger Arnould (mars-avril 1980). Les démarches entreprises avec l’aide de son épouse, aboutiront à l’obtention de sa carte de Déporté politique.
Georges Dudal écrit à Roger Arnould qu’il l’a convaincu de venir à la rencontre des « 45.000 » au Havre du 13 avril 1980, et qu’ils se cotiseront pour lui offrir l’hébergement (Eudier, qui organise la rencontre à été prévenu).
En 1981, il travaille toujours, et Jojo Dudal écrit « mais il aimerait bien arrêter« .
« Gérard Gillot décède le 30 janvier 1988 à son domicile, 19, rue de la Bissonnière à La Rouge (61), dans mes bras » (Hervé Gillot).

  • Note 1 : La date d’arrestation mentionnée au DAVCC est le 22 septembre 1941. Mais comme son numéro matricule à Compiègne est le n°1353 (figurant à la fois sur une liste allemande dactylographiée et relevé manuellement par un des internés, Georges Prévoteau) cela signifie, comme l’a d’ailleurs relevé le petit-fils d’Eugène Gilles, qu’il arrive le 21 juillet 1941 à Compiègne, en même temps qu’Eugène Gilles (matricule n°1352) et que Germain Houard tous deux de Chartres (matricule n° 1358) et non en septembre 1941. Il est possible qu’il s’agisse d’une erreur de transcription au DAVCC ou du questionnaire rempli par Gérard Gillot avec l’aide de Georges Dudal en 1987.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Démarches de Maurice Olivier (FNDIRP d’Eure et Loir) auprès des mairies de La Loupe et du Theil, (novembre- décembre 1972) pour le retrouver.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Gérard Gillot avec l’aide de Georges Dudal (29 mars 1987).
  • Marcel (« Mickey ») Guilbert avait cherché à le retrouver en 1972 (cassette enregistrée)
  • Lettres de Georges Dudal (8, I7 , 31 mars 1980).
  • Démarches auprès de l’état civil de la mairie de Saint-Eliph, 11 mars 1994.
  • Cahier de Johann Beckmann (qui est Vorarbeiter à Gross-Rosen) où il a noté les matricules de ses camarades.
  • Courriels d’Iveline Gillot, fille de Denise et Gérard Gilot, née en 1952 (mars 2013) et de Barbara Le Saulnier (mars 2013), Hervé Gillot (janvier 2012).
  • Photo de mariage 1945 : © famille Gillot, in site « Mémoire vive ».
  • Courrier de M. Laurent Francin, petit fils d’Eugène Gilles, 10 janvier 2014.
  • Photo : la Wehrmacht défile à Blois © AD 28 /11F1 04210

Notice biographique rédigée en décembre 2010 (complétée en 2013, 2017 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

3 Commentaires

  1. Je suis très heureux de voir que la mémoire de mon père n'est pas éteinte. Je tiens à remercier tout particulièrement les personnes qui ont relaté ces tragiques moments de son existence. A vous encore un très grand merci.

  2. Je découvre le parcours de cet homme, dont j'ignorais tout. Je mets enfin un visage sur son nom (même si la photo n'est pas de celle que l'on aime regarder)…celui de mon grand-père

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