Ernest Neveux le 8 juillet 1942

Matricule « 45.921 » à Auschwitz



Ernest Neveux : né en 1906 à Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne) où il est domicilié ; ajusteur ; militant CGT, communiste ; arrêté le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 15 octobre 1942.

Ernest Neveux est né le 9 mai 1906 à Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne) où il habite au 33 rue Pasteur au moment de son arrestation. Il est le fils de Lucie, Marie Bourdon, 26 ans, ménagère, née le 4 mai 1880 à Gavray (Nord) et de Jules, Désiré, Neveux, 35 ans, manœuvre, son époux, né le 27 novembre 1870 à Mareuil. Ernest Neveux a deux sœurs (Espérance née en 1902 et Renée née en 1911) et un frère cadet, Lucien, né en 1908, ainsi qu’une demi-sœur Yvonne, née en 1894 d’un précédent mariage de son père.
Conscrit de la classe 1926, il effectue son service militaire au 182ème régiment d’artillerie au Fort Neuf de Vincennes (Paris 12ème), régiment formé en 1924.

Lettre de Germaine Neveu 13/08/1992

Il épouse Germaine, Emilienne Frère le 15 mars 1930 à Mareuil-lès-Meaux. Le couple aura un enfant qui a 12 mois au moment de l’arrestation de son père.
Ernest Neveux est ajusteur. Adhérent du Parti communiste à la cellule de Meaux, qui tient des réunions à Mareuil-lès-Meaux, c’est un militant CGT. Sportif, il est capitaine de l’équipe de football de Quincy-Voisins (informations communiquées par son épouse.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

En 1941, il travaille au Gaz de France à Meaux, au service entretien, « simplement pour un meilleur salaire » écrit Germaine Neveux.
Ernest Neveux est arrêté le 19 octobre à son domicile de Mareuil par la Felgendarmerie. Les gendarmes Allemands fouillent tout son appartement.
Le même jour trois autres militants de
Mareuil-lès-Meaux sont arrêtés : Renard, Ancelin et Andrieux. Les 19 et 20 octobre, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Ernest Neveux et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 19 octobre 1941. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Ernest Neveux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Il est immatriculé le 8 juillet 1942

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45921″. Son matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Fiche de déclaration de décès (3307, chiffre de décès, n° matricule, Block 24 et nom du prisonnier ayant déclaré le décès

Ernest Neveux meurt à Auschwitz le 15 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 860).

Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 1er septembre 1942, à Auschwitz». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 4 avril 1995), ceci étant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Ernest Neveux a été déclaré « Mort pour la France ». Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. Une plaque portant son nom figure au Gaz de France à Meaux. Une plaque a été apposée sur son domicile au 33 rue Pasteur à Mareuil-lès-Meaux « mais depuis elle a disparu » écrit Madame Neveux en 1992, qui tient à signaler (13 août 1992) « mon mari était un enfant de Mareuil : cette commune m’a toujours été moralement solidaire »

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Germaine Neveux son épouse, âgée de 83 ans (le 24 août 1992).
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fiche de déclaration de décès, Musée d’Auschwitz.
  • Archives en ligne de Seine-et-Marne.

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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