27 juin 1941, l’Echo de Nancy

Matricule « 46.266 » à Auschwitz   Rescapé

Marius Zanzi : né en 1906 à Anould, (Vosges) ; domicilié à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) ; cafetier-restaurateur ; communiste ; arrêté le 26 février 1941, condamné à un an de prison ; prison Charles III de Nancy, puis interné aux camps d'Ecrouves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Lublin-Maïdanek , Auschwitz, Flossenbürg, Dachau ; rescapé ; décédé au Canet le 8 août 1971.

Marius (Paul) Zanzi est né le 6 avril 1906 à Anould, arrondissement de Saint-Dié (Vosges), le 5 avril 1906. Il habite à Saint-Dié, au 7, rue Dauphine, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Lucie, Combeau, 25 ans, papetière et de Paul, Jean, Zanzi, 25 ans, maçon, son époux (né le 30 mai 1880 à San*Ambrogio-Olona (Italie). Il a un frère cadet, Louis, né en 1908 (un autre frère, Marcel, né en 1907 est décédé à l’âge de 14 mois).
En 1926, il effectue son service militaire dans la marine (il est nommé quartier-maître, équivalent de caporal ou brigadier dans l’armée de terre). Son père est naturalisé français en 1927 (J.O du 18 décembre).
Marius Zanzi est hôtelier-cafetier-restaurateur (chef-cuisinier) à Saint-Dié au 7, rue Dauphine.
Il épouse Irène, Marie, Boucher le 9 septembre 1929 à Longeville (Haute-Marne). Elle est née le 22 novembre en 1902 à Ville-en-Blaisois (Haute-Marne). Elle est décédée le 1 décembre 1982 à Reims. Marius Zanzi est membre du Parti communiste.

Publicité dans l’Humanité du 27 juin 1939

Son établissement, ancien siège social des « amis de l’URSS« , est fréquenté par tous les militants communistes de Saint-Dié et de la région, et continuera de l’être au début de l’Occupation.

Soldats allemands à Saint-Dié

La « drôle de guerre » prend fin le 10 mai 1940 avec l’attaque allemande aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique. Après la percée allemande à Sedan, les troupes allemandes envahissent la Lorraine. Au mois de juin 1940, le génie fait sauter les ponts d’Épinal défendus par les troupes Françaises en retraite. Le 11 juin 1940, les Allemands bombardent le viaduc de Bertraménil. Le 20, Saint-Dié est occupé. Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. Le département des Vosges se trouve désormais dans la « zone interdite » allemande qui s’étend de la mer du Nord à la frontière suisse, sans qu’aucune mention spécifique n’en ait été faite dans les conventions d’armistice. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’occupation, « engagé volontaire dans la lutte contre l’occupant » (le 1er octobre 1940 selon le certificat de Marcel Roge, sous-lieutenant FFI de St Dié), il héberge une cinquantaine de prisonniers de guerre, timbre de fausses cartes établies par un agent de police, organise des réunions clandestines dans une salle de sa brasserie.

L’Echo de Nancy 27 juin 1941

Le 26 février 1941, des policiers français l’arrêtent « sur ordre de la Gestapo, pour activités politiques« .Il est jugé avec 23 autres inculpés (2 autres en fuite) à Saint-Dié le 15 mai 1941 pour « reconstitution de ligue dissoute« .  « L’accusation estime que Marius Zanzi, 34 ans, tenancier du café-restaurant « Le Zanzi-Bar », rue Dauphine, joua un rôle premier plan dans la reconstitution du mouvement communiste dans la région.Son établissement qui était l’ancien siège social des « amis de l’URSS », continuait d’être fréquenté par tous les militants communistes de Saint-Dié et de la région. Sous couvert de son activité professionnelle, Zanzi servait en réalité d’intermédiaire entre les dirigeants des associations dissoutes. Appelé communément « Marius » par les familiers du Zanzi-Bar », il accréditait auprès des responsables de Saint-Dié les délégués de l’extérieur. Il n’a cependant cessé d’opposer des dénégations énergiques aux accusations portées contre lui« . (Marius Zanzi donnera à nouveau le nom de « Zanzi-bar » à son hôtel de Romilly en 1949)

Condamnation à 1 an de prison et 100 f d’amende

Condamné en première instance à 1 an de prison et 200 F d’amende, il interjette le jugement en appel. Il est condamné le 13 juin 1941 à un an de prison et 100 F d’amende (comme Raymond Ruffet (1) etMaurice Marchal, qui sera déporté avec lui à Auschwitz).

Marius Zanzi est écroué à la prison de Saint-Dié, puis à celle de Nancy-Charles III en juin. Il est ensuite transféré au camp d’Ecrouves près de Toul.

Le camp d’Ecrouves in Rossolini

« La veille de Pâques 1942, avec les Déodatiens (habitants de Saint-Dié) se trouvant en Meurthe-et-Moselle et d’autres résistants de cette région, des F.T.P. de l’Ormont, avec Clauvelin et Klufts notamment, se livraient à une tentative de libération des prisonniers du camp d’Écrouves. Certains de ceux- ci dont Jean Gravelin, Maurice Marchal et Marius Zanzi de Saint-Dié, ainsi que Paul Durand et Joseph Dutreux de Plainfaing, étaient prévenus. Mais I’équipe chargée d’ouvrir une brèche dans la clôture du camp devait être repérée par les gardiens armés de fusils de chasse. L’un d’eux ayant ouvert le feu l’alerte générale fut déclenchée. Les résistants parvinrent à se retirer sans pertes, mais la tentative avait échoué. Cet échec était d’autant plus regrettable que de nombreux prisonniers de ce camp étaient destinés à la déportation« . Paul Durand, qui par la suite réussira à s’évader d’Écrouves, a noté au sujet de cette tentative de libération « Prévenus que les camarades devaient nous libérer nous sommes tous prêts – sauf les mouchards qui ne savent rien – et nous nous couchons tout habillé, les couvertures remontées jusqu’au cou afin que les gardiens ne se doutent de rien. Tout à coup, nous entendons un coup de feu. L’alerte est aussitôt donnée et nous sommes étroitement surveillés par une partie des gardiens. Dans une chambrée les détenus sont repérés habillés sous leurs couvertures ; ils seront tous mis en cellule. Il y eut perquisition générale et chacun fut fouillé. Les Allemands vinrent par la suite, Gestapo en tête, pour mener leur enquête. Les fils de fer barbelés avaient été coupés sur une largeur de deux mètres et les fils du téléphone avaient été rompus. Il y eut des sanctions disciplinaires ».  Extraits de « Résistance, engagement d’une cité ouvrière » de Alfred Rossolini et Extrait du livre « Résistance et collaboration » de André Sester dÉpinal.
Marius Zanzi est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent en mars 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule « 5818 ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Lettre jetée depuis  le train

Le 6 juillet 1942, Marius Zanzi lance une lettre depuis le wagon qui l’emporte vers l’Allemagne…
Le contenu en est bref « quelques mots… j’écris dans un wagon à bestiaux, nous partons pour l’Allemagne. Inutile de m’envoyer quelque chose à Compiègne« . Suivent des mots de tendresse.

Lettre d’Irène Zanzi au Patriote résistant 12 avril 1972

« Cette lettre griffonnée dans un wagon, mise dans une enveloppe portant mon adresse assez lisible, fut jetée sur les rails. Timbrée de Bar-le-Duc-Nancy le 7 juillet 1942, me fut parvenue à mon domicile de Saint-Dié : ainsi j’ai su que mon mari partait pour l’Allemagne. Je fus un an sans nouvelle, puis pendant un an j’ai reçu des lettres d’Auschwitz et de Lublin » (lettre de son épouse au « Patriote Résistant, 12 avril 1972).

Depuis le camp de Compiègne, Marius Zanzi est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 46.266 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

David Badache raconte « J’étais à Birkenau avec Aimé Obeuf, Henri Hannhart et Marius Zanzi, en train de décharger des sacs de ciment venus de Belgique (…). Nous devions porter les sacs de ciment jusqu’au sixième étage et à chaque tournant de l’escalier des Polonais nous matraquaient ».
A Auschwitz, entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.

Fiche de Flossenbürg
Fiche de Flossenbürg

Au début d’octobre 1943, il est hospitalisé avec Roger Pourvendier à cause de la malaria qu’ils viennent de contracter. Ils sont transférés en décembre 1943 à Lublin-Maïdanek pour cause de malaria (témoignages de Gabriel Lejard et Charles Lelandais. Madame Zanzi a reçu une lettre de son mari provenant du camp de Lublin).
L’ordre d’établir la liste des déportés convalescents des suites de malaria et de les transférer à Lublin-Maidanek date du 25 novembre 1943. Roger Pourvendier meurt à Maidanek.
Devant l’avancée des troupes soviétiques, Marius Zanzi est ramené à Auschwitz. Lire dans le site l’article : « Itinéraires des survivants du convoi à partir d’Auschwitz (1944-1945) »
Le 15 août 1944, Marius Zanzi est transféré à Flossenbürg (Bavière). Il y reçoit le matricule 17 342. Il est placé au Block des contagieux. Maurice Rideau l’y a vu « très malade, en quarantaine, dans une baraque de mourants » et précise que Marius Zanzi « était soigné par le docteur Berjonneau » (un médecin français que Maurice Rideau connaissait bien, puisqu’il soignait sa mère, naguère).
Roger Pélissou et Maurice Rideau lui font parvenir du pain. Grâce à cette solidarité, Marius Zanzi survivra à l’évacuation du camp, au cours d’une terrible « marche de la mort » qui s’achève à Dachau, en avril 1945. « en quittant Flossenbürg quelques heures après votre colonne – écrit-il à son ami Roger Debarre – nous sommes arrivés à Dachau quelques jours plus tard, dans un triste état et beaucoup de camarades furent tués le long des routes »

1949 : Lettre de Marius Zanzi à Roger Debarre

Marius Zanzi est libéré le 4 mai 1945 par les troupes américaines deux jours après son arrivée à Dachau.

Il est rapatrié le 17 mai, par Strasbourg et arrive à Saint-Dié le 19 mai 1945. 

Il écrit en 1949 à Roger Debarre : « J’ai retrouvé la ville complètement incendiée, j’ai retrouvé les miens en bonne santé, cela est le principal.
Pour le moment j’ai un hôtel à Romilly-sur Seine (Aube) en attendant la reconstruction de l’hôtel de Saint Dié »
(il s’appelle en 2018 Brasserie de la Paix)
« Pendant son long séjour à Auschwitz, il a aidé beaucoup de jeunes détenus à survivre… Mais hélas, ayant promis, il a eu le triste devoir à son retour, d’apprendre leur mort à plusieurs mamans et épouses » (Madame Irène Zanzi).

Marius Zanzi a reçu de nombreux certificats concernant sa conduite sous l’Occupation : celle de Thibert, attestant de son attitude de bon français, celle du docteur Hirsh « a aidé de nombreux prisonniers de guerre« , un certificat de Marcel Roge, sous-lieutenant FFI) « engagé volontaire dans la lutte contre l’occupant le 1er octobre 1940« .
Dans son dossier au DAVCC on peut lire « son hôtel, lieu de réunion et d’entrepôt de matériel« , et souligné en rouge « action de résistance » et « appartenance au Parti communiste« .
Compte tenu de sa date d’arrestation la commission départementale demande une enquête au Préfet des Vosges. Réponse du cabinet du Préfet (classé confidentiel) le 23 mars 1951. « rapport de la SRG. Cote 147. « a hébergé une cinquantaine de PG de passage à Saint Dié. Timbrait de fausses cartes établies par un agent de police« . « A aidé à l’évasion de Marcel Roge« . Rappel de son arrestation et de sa condamnation.

Au vu du rapport la commission départementale donne un avis favorable. La commission régionale de la IVème région également, le 11 juillet 1951. « Bien qu’il ait appartenu à un parti politique et qu’il ait été arrêté en raison de son affiliation, il n’en reste pas moins que l’intéressé a accompli des actes caractérisés de résistance, qui doivent être sanctionnés« . Marius Zanzi est déclaré « Déporté politique » le 12 janvier 1953. Cet avis aurait dû normalement lui valoir l’attribution du titre de « Déporté Résistant » : mais il lui est refusé en 1954. C’est la guerre froide ! Lire dans le site l’article « La carte de « Déporté-Résistant »

Sa santé demeure fragile, et il souffre toujours de paludisme. Marius Zanzi est mort le 8 août 1971 au Cannet-Rocheville, où il s’était retiré avec son épouse au 34, avenue Mont-Joli.

  • A la Libération, le cercle de l’UJRF de Saint Dié porte le nom de Raymond Ruffet

    Note 1 : Raymond Ruffet est fusillé à La Malpierre. A la libération, le cercle de l’UJRF de Saint Dié porte son nom. Sur la photo, à l’extrême droite, Jean Gravelin, arrêté en 1942 et emprisonné à Ecrouves (envoi de Michel Savoy, photo prise par son père).

Sources

  • Son épouse Irène a communiqué au « PR » la lettre du convoi, timbrée à Bar-le-Duc, le 7 juillet 1942 (12 avril 1972)
  • Lettre de Marius Zanzi à Roger Debarre (27 octobre 1949).
  • Attestations du Docteur Hirsch et du sous-lieutenant Roche sur les activités résistantes
  • Rapport de police de 1951.
  • Témoignages de David Badache, Maurice Rideau et Roger Pélissou.
  • Lettre de monsieur Thallman, président de la section de l’ADIRP de St Dié, (15 novembre 1991).
  • Journal local : « Propagande communiste dans la région de St Dié« .
  • Mairie de Saint-Dié.
  • Extrait de naissance d’Anould (1994).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en novembre 1993).
  • Recensement de Saint Dié 1936.
  • Echange de mails avec M. Michel Combeau.

Notice biographique rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en 2011 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour compléter ou corriger cette notice, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com.

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